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Respect à l’huile de moteur.

• Mercredi 19/11/2008 • Version imprimable

Une association bruxelloise réclame le droit de rouler et de parquer. Son président en développait les principes dans une récente carte blanche. « En respectant le « droit de rouler et de parquer », on respecte les citoyens ». Considérant que les automobilistes désirent rouler, il est antidémocratique de les en empêcher.
Peut-être faudrait-il comprendre pourquoi tous ces gens doivent se déplacer en voiture[1]. Est-ce donc toujours un besoin objectif qui pousse les gens à faire tous ces trajets ?[2] Emportent-ils à chaque fois marchandises, appareils de travail et lourds dossiers ce qui « justifierait » le recours au véhicule individuel ? 
 
Ce que beaucoup oublie est qu’ils aiment la voiture quand l’autoroute ne passe pas au fond de leur jardin ou que l’on roule lentement devant chez eux[3]. Et même quand le discours se teinte d’un peu de vert, il n’en reste pas moins un discours passéiste, confirmé par les attitudes des consommateurs. Il est avant tout marqué par l’idée que la technologie permettra de résoudre les problèmes de pollution, ce qui n’est pas sûr à court ou moyen terme. De plus, en ce domaine, on s’arrête généralement aux émissions des véhicules. Rarement, on parle de l’énergie grise nécessaire à leur fabrication ou à leur recyclage.
Ensuite, et ce n’est pas innocent, la voiture reste le symbole du dynamisme. « L'abondance de voitures reflète aussi la prospérité et le dynamisme professionnel ou privé ». Comme si encore et toujours, pour prouver son existence, il était nécessaire de le démontrer avec une voiture, peut-être avec un de ces SUV hybrides à rendre vert de jalousie ceux que l’on croise.[4]
Parce que c’est peut-être cela la voiture, l’expression de l’individualisme le plus poussé ? Symbole de puissance et cocon protecteur. Ne pas, surtout pas, se mêler aux autres avec lesquels nous n’avons rien à faire.
 
Je suis convaincu que le recours et surtout la défense de la voiture est avant tout idéologique. 
« Ou bien on rêve d'un espace inspiré surtout d'une vision esthétique et idéologique : un lieu de "respiration", de "flânerie", inamicale aux investissements productifs et aux infrastructures publiques ou privées, devenant pauvre, même volontairement pauvre. Ou bien on veut une grande capitale internationale, accueillante envers ses voisins de la périphérie, visant au développement économique et social»[5]. Ce manichéisme constant, propre à certains, oppose les tenants de la paresse et les hérauts du dynamisme. Le piéton ne fait rien dans la vie et l’automobiliste est utile à la société. Comme si un lieu où il faisait bon vivre était à l’opposé du bien-être commun.
 
Ouvrons un boulevard à la voiture… ou en fait continuons à en ouvrir de nouveaux pour la plus grande joie de quelques-uns pour quelques temps seulement[6]. Une façon de sortir de la crise, les grands travaux inutiles.[7] Et surtout, ne limitons rien ou le moins possible. Dans Roulez plus vite que tout le monde en profite, j’évoquais la volonté de relever les limitations de vitesse sur autoroutes. Dans la carte blanche déjà citée, ce sont les zones 30 abusives qui sont fustigées ou la limitation du nombre de bandes de circulation.
Et pourtant, « La vitesse en agglomération est un élément qui génère de nombreuses nuisances : qu’il s’agisse de l’insécurité routière, des conflits entre les divers usagers, du bruit, … Penser « modération de la vitesse » comporte beaucoup d’avantages et n’est pas si incompatible que cela avec les besoins de circulation, pour autant qu’un certain nombre de paramètres soient bien pris en compte […] De nombreux arguments plaident en faveur d’une limitation de la vitesse en agglomération. Ils sont de différents ordres : la sécurité routière, la capacité de la voirie, le bruit, les émissions atmosphériques, la consommation d’énergie, sans oublier bien sûr, et ce n’est pas le moindre des intérêts, la convivialité retrouvée dans un partage de l’espace public beaucoup plus équitable.»[8]
Mais peut-être est-ce trop demandé à ces chevaliers de la route, solitaires dans leur engin terne d’avoir un peu d’empathie pour ceux dont ils traversent les quartiers ou qu’ils croisent ou écrasent. En ont-ils des problèmes avec le monde qui les entourent ou avec leur égo pour chérir à ce point leur automobile.  Et pour défendre leur maîtresse de métal, tous les arguments sont bons. « Le transport public " gratuit " est une formule trompeuse car nos taxes le paient ! [9]» Comme si le réseau routier était lui gratuit.[10] Il coûte à la construction. Son entretien épuise les budgets. Les conséquences de circulation se font sentir également en matière de sécurité sociale. Sans compter tous les incitants fiscaux souhaités pour nous amener à rouler dans des véhicules plus propres.
 
« En respectant le « droit de rouler et de parquer », on respecte les citoyens ». On respecte surtout les obsédés du pommeau et du volant, les partisans de l’individualisme crasse, ceux qui croient rondeur et séduction veut dire carrosserie, ceux qui n’existent pas sans quatre roues, ceux pour qui la formule 1 fait avancer le monde. Tous ces horribles pour qui leur voiture est une forteresse, pour mettre à l’abri leurs fesses.
« En respectant le « droit de rouler et de parquer », on respecte les citoyens ». Un coup de pied au c…, oui ! Je suis d’une génération bagnole, j’ai rêvé d’anglaises et d’italiennes (pas longtemps heureusement), mais maintenant, cela suffit. Plus de piédestal.
 
Je les invite ces pourfendeurs des zones trente, ces obsédés d’un dynamisme stérile à s’asseoir sur un banc, à regarder passer les filles et jouer les enfants, à converser avec les petits vieux et avec leur épicier, à écouter la douceur du temps et le chant des oiseaux. Denis Papin a inventé la machine à vapeur en rêvant devant un couvercle qui se soulevait et la loi de la gravitation devrait tout à une pomme. Je présume que tous les produits foireux qu’ont inventés ces dernières années des financiers l’ont été en partie dans l’univers aseptisé de leurs boîtes à roulettes.
  
Denis MARION
 
PS. Allez vous replonger dans mon automania :


[1] Peut-être faudrait-il comprendre pourquoi doivent-ils simplement autant se déplacer ?
[2]En Wallonie, quelle est la proportion de trajets de moins d’un kilomètre effectués en voiture ?
22% (source : IWEPS (OWM), GRT, MET)
[3] Les zones 30 ont leur intérêt non seulement pour la sécurité, mais aussi pour la convivialité et la réduction du bruit.
[4] Je sais, je l’ai déjà sorti, mais cette publicité pour la L…S me sort par les trous de nez.
[6] Chacun sait qu’une nouvelle voirie est rapidement saturée.
[8] Zone 30, zone résidentielle et zone de rencontre collection la
[10] Notre réseau routier est le second d’Europe en termes de densité.

Commentaires

par l'épine dans le pied le Vendredi 21/11/2008 à 10:56

Charité bien ordonnée commence par soi-même selon l'adage.
Il ne serait donc que normal que les acharnés opposants à ce mode de transport individuel donnent eux-mêmes l'exemple d'un non-usage total de la voiture.
Possédez deux voitures pour un couple sans enfants (Je reconnais partager cette "qualité" avec l'auteur de ce billet d'humeur) est-il le meilleur moyen de justifier la condamnation des autres automobilistes ?
Mon bon Denis, ton combat est bien sûr juste et justifié je te l'accorde, mais il peut être indécent de critiquer chez les autres ce dont on a du mal à se passer soi-même.
Sans rancune ;-)


Re: par chercheinfo le Jeudi 27/11/2008 à 15:04

Ha, Ma chère Bergère, ma chère Epine,

Ai-je écrit quelque part qu'il fallait supprimer la voiture? Ou n'était-ce pas plutôt dans la balance tout ce que l'on y met? Ce cocon, ces images, ce besoin de puissance, de se déplacer sans cesse?

L'automobile est à juger comme beaucoup d'autres instruments à l'usage que l'on en fait. En quoi donc est-ce indécent de demander de la retenue aux automobilistes, à ses pairs? Prôner une utilisation raisonnable et raisonnée est-il d'office incompatible avec la qualité de chauffeur?
Il ne me dérange pas de respecter les zones "trente" ou de ne pas trouver de place de parking à côté de l'endroit que je veux atteindre. Arriverons-nous un moment à supprimer la voiture dans les villes? Ce sera un élément nouveau auquel je me plierai volontiers.
Devrons-nous lever le pied parce que dans nos quartiers, les zones "trente" seront d'application? Et bien tant mieux. Je n'y vois aucun inconvénient.
Faudrait-il trouver d'autres arguments pour justifier la démarche?

Mais bon, il existe une habitude de critiquer une pensée parce que son auteur ne n'applique pas à la perfection. Combien n'ai-je pas entendu "vous êtes contre les avions, mais vous prenez bien votre voiture". Une démarche n'est jamais qu'une manière de marcher vers un but. Faut-il abandonner l'idée d'aller vers un mieux parce que l'on n'est pas parfait?

Le Berger....



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    • Trop de Bruit en Brabant wallon, l'Observatoire indépendant de l'environnement en Brabant wallon. (TBBW ASBL), actif particulièrement sur le territoire de la province du Brabant wallon, a changé de nom en 2013 pour s’appeler EPURES, Ensemble Pour Une Réflexion Environnementale Solidaire et ainsi mieux rendre compte de ses activités. En effet, créé en 2004, ce groupement de citoyens et son comité a mis dans un premier temps l'accent sur les nuisances aériennes provoquées par Bruxelles-National mais s'est, depuis, ouvert à d'autres problématiques environnementales, liées ou non au territoire de la province.