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Quand Bobonne commence à chicaner

Et entonne « Plus près de toi, mon Dieu ».

• Mardi 01/07/2008 • Version imprimable

Un coup de chaud, j’ai attrapé un coup de chaud ce matin. La c…. ne connait pas de vacances, le besoin de vitesse non plus.

Je vous avais gratifié en septembre passé d’une chronique « C’est la rentrée, planquez vos enfants», je vous en offre une petite pour les départs en vacances « Ce n’est pas le moment de sortir les gosses, c’est les congés ».

J’ai donc attrapé un coup de chaud ce matin dans une rue de village, à Nethen pour ceux qui connaissent. J’ai vu débouler dans mon rétro une auto, qui a ralenti à quelques centimètres de mon pare-choc. Comme le conducteur n’appréciait pas ma volonté de respecter la limitation de vitesse à cinquante à l’heure, il s’est mis en tête de me dépasser, mais comme cette rue de village est une suite de chicanes, faite pour ralentir, il n’en avait guère la place. Là, je ne sais pas ce qui m’a pris, je le confesse, marre des petits Fangio peut-être… j’ai ralenti gentiment, doucement sans  agressivité et je me suis arrêté… dans une chicane. D’où concert de klaxons…

Quelle ne fut pas ma surprise de constater que le Fangio en question était une dame, dans la cinquantaine, style bobonne agressive, dans une Skoda même pas sport. C’est déprimant quand même de voir que même les douairières n’ont plus de retenue sur les routes. J’ai redémarré. La mauvaise dame m’a dépassé. Elle aurait fait sans problème exploser le radar, s’il y en avait eu. Elle n’a même pas ralenti pour la priorité de droite et l’entrée du tunnel, au bout de la ligne droite.

Est-ce le modèle de notre société qui conduit ces gens, qui ne sont pas des exceptions, à conduire comme des fous ? Est-ce parce qu’il est tôt le matin que le respect des règles n’a aucune importance ? Quelles raisons poussent les uns à mettre en danger la vie des autres ? Pour un gain de temps dérisoire.

Coïncidence, je rencontrais hier un cycliste émérite qui avait la même réflexion. Il lui semblait moins dangereux de descendre le Tourmalet en vélo que de faire Grez-Doiceau Wavre. Pour avoir descendu le Tourmalet, je me dis que ce court trajet vers la cité du Maca doit tenir du cauchemar.  

Nombre d’entre nous se plaignent de tous ces dispositifs ralentisseurs, des zones trente ou des radars répressifs. Mais pourquoi sont-ils apparus ?  J’ai souvenir, pour avoir longtemps habité près du ring de Leuven, de boulevards bruyants et dangereux. Depuis l’apparition des radars sur les « vesten » de la cité universitaire, la circulation est plus harmonieuse et l’environnement plus calme. Parce que la vitesse n’est pas seulement source de danger, elle est aussi source de bruit et de pollution.

C’est l’occasion de rappeler que la manière dont nous abordons nos déplacements conditionne non seulement notre manière de vivre personnelle, mais influence aussi physiquement et psychiquement notre société.  Quand j’aborde, par exemple, le problème de la vitesse des véhicules avec des gens, ils évoquent tant la sécurité que les autres nuisances évoquées plus haut. Ils racontent la peur de laisser leurs enfants se déplacer à vélo ou le stress engendré par la circulation, sans avoir pour autant conscience de leurs responsabilités dans le problème. La mobilité façonne nos rapports aux autres et à l’espace public. Quand chacun, et particulièrement les usagers les plus vulnérables, est respecté dans l’espace commun, cela facilite l’harmonie entre les personnes. Bien entendu, la mobilité est elle-même influencée par d'autres éléments comme l'urbanisation, les contingences économiques ou les représentations mentales. La mobilité participe à un réseau d'interactions sur lequel il faut avoir au moins une vue, à défaut de pouvoir agir sur tous les éléments. Mais la vitesse est un de ces éléments sur lesquels nous pouvons agir.

Levez le pied, c’est les vacances…

Denis MARION
 

Addendum d’une fidèle relectrice

Ceci me fait penser au Code de la route revu et humoristiquement interprété par Jean-Louis Fournier, grand ami de Pierre Desproges. Je me rappelle d’une petite sentence du style « Pourquoi dit-on le petit dernier pour la route ? Parce que c’est peut-être vraiment le petit dernier que vous prendrez sur cette terre. » OU « Pourquoi ne faut-il pas foncer dans les bonhommes de neige ? Parce que des enfants peuvent se cacher dedans. »