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Auteurs

Entre autres choses, vous trouverez ici des textes du "collectif Calvin & Hobbes" plus inspiré par les personnages de Bill Watterson  que par les homonymes philosophes. Ce collectif d'écriture et de réflexion aux participations fluctuantes regroupe auteurs, apporteurs et correcteurs selon les saisons et les envies. D'autres y publient occasionnellement. Toutes ces chroniques sont également lisibles sur Blog à part, des chroniqueurs réunis autour de Vincent Engel.

Les chroniques de Barkas : le pouvoir du dogme et des valeurs (2)

Lire la première partie Les chroniques de Barkas : le pouvoir du dogme et des valeurs (1)

Le collectif accueille , une vieille connaissance, pour ses  chroniques.

Chronique écrite en collaboration avec des membres du collectif. Merci à eux pour les propositions de liens. Signé :

« La mort publique est une mort particulière »

Robert Mc Liam Wilson[i] à propos de Belfast.

Il est des questions par trop provocantes et la valeur d’une victime ou le dégoût que peut provoquer un crime sont de celles-là.

Trouvée sur les réseaux sociaux, cette demande :

« Classez dans l'ordre croissant du nombre de morts, de blessés ou de malades  les personnes suivantes.... »

·         le terroriste (présumé) Salah Abdelslam

·         les patrons d'Eternit Italie ( Casale Monferrato, Cavagnolo, Bagnoli et Rubiera)

·         le patron du laboratoire Servier, Jacques Servier

·         le ministre Edmond Hervé,...

Si vous ne connaissez pas ces gens, Wikipedia peut vous aider...  C'est un exercice qui permet de comprendre beaucoup de choses...

Cette demande peut sembler incongrue, mais elle est en fait fondamentale pour mieux comprendre notre approche des problèmes actuels. Sans méconnaître le caractère barbare des attentats perpétrés, ni leurs liens avec des mouvances religieuses extrêmes, nous pouvons nous demander légitimement pourquoi pour le premier de la liste, d’aucuns réclament la peine de mort, alors que cela ne viendrait à l’idée de personne (ou presque) de la réclamer pour les suivants, alors qu’ils sont responsables de bien des drames, par leur mutisme au mieux, par leurs actions au pire. Le résultat est que des gens sont morts à cause d’eux… et qu’ils savaient que des gens allaient mourir.

On peut arguer du fait, pour le premier de la liste, qu’il désirait massacrer du monde et que pour les autres, le massacre n’était qu’une conséquence de leur avidité. On peut considérer aussi que le premier est sans doute un jeune voyou, attiré par la violence, stupide, embrigadé dans des mouvements sectaires, alors que les autres sont des hommes (r)assis, intelligents, réprouvant certainement toute violence qui pourrait porter ombrage à leurs affaires ou leur carrière.

Cela renvoie d’abord à la valeur que l’on donne à un mort comme l’évoque Robin Cornet dans une chronique… La loi du mort-km[ii].

Par ailleurs, l’impact d’un acte terroriste ne saurait être nié par sa symbolique et son influence sur les valeurs de la société, quand bien même on ne « compterait » qu’une victime pour treize d’homicide « classique ».

Les répercussions de ces actes terroristes dévastateurs en Europe (et aux États-Unis) sont telles que certains principes ont été remis en cause, à l’image de la libre circulation ou du caractère confidentiel des communications. Le terrorisme alourdit également les dépenses publiques et rend plus difficiles les voyages, la cohabitation entre différentes communautés ainsi que l’intégration au sein des pays et entre eux.

Sous d’autres latitudes, les groupes terroristes parviennent à menacer la stabilité de certains pays et influent sur les rapports de force géopolitiques. En Espagne, par exemple, l’ETA a «seulement» fait quelque mille morts en cinq décennies, mais le pays continue de payer aujourd’hui les conséquences politiques et sociales de ces actes terroristes.

Contre la menace terroriste, il n’y a pas de recette miracle. Ce phénomène présente un certain nombre d’aspects et ne saurait être combattu par un moyen unique. Mais au milieu de cette complexité, une statistique retient l’attention: en 2014, le taux moyen d’homicides dans le monde entier était de 6,24 morts pour 100.000 habitants, tandis que le nombre de personnes tuées par le terrorisme n’était que de 0,47 pour 100.000. Autrement dit, cette année-là, pour chaque victime d’un acte terroriste, on a dénombré 13 homicides.

Ainsi, les chiffres du terrorisme sont relativement peu élevés par rapport à d’autres causes de décès. Mais ses conséquences sont sans commune mesure. Le terrorisme n’est donc pas la menace la plus meurtrière du XXIe siècle, mais elle a indéniablement pour effet de changer le monde.[iii]

Et dans le même temps, les états diminuent leurs investissements en matière de contrôle sanitaires par exemple (ou pire se laissent mener par les lobbies). L’affaire Depakine en est un bel exemple récent[iv]. Avec à la clé, des morts comme avec le Mediator ou des handicapés avec la Depakine.

Alors pourquoi donc ces différences de considération pour les de crimes évoqués plus haut et la valeur de leurs victimes.

Une des causes est notre capacité à comprendre des situations et à éprouver de l’empathie ou du rejet. Il s’agit de parties clairement identifiables, avec des enjeux symboliques, voire des fantasmes C’est le « eux différents » contre le « nous si semblables ». Et si ce n’est pas si faux, ce n’est totalement vrai.  Il est vrai que si je peux m’identifier facilement à l’innocence de l’usager du métro, j’ai plus de mal à me mettre dans la peau de la victime d’une asbestose ou d’un hémophile, tout aussi innocent. Par ailleurs, pour certains, le dérapage n’est pas loin, la chute vers le même inhumanisme dans des actes ou des volontés de représailles plus ou moins fortes. On pourrait penser également aux images et aux discours : la guerre avec ses batailles, ses représentations guerrières, sa violence… que l’on a plus de difficulté à attribuer au monde soi-disant feutré de l’économie. Economie qui ne saurait être le paravent d’ignominies. Une autre cause tient du marketing politique pour qui les enjeux de sécurité sont finalement plus faciles à faire comprendre que des normes sanitaires ou des principes de précaution. Pour certains partis, c’est idéologiquement plus porteur… et moins agressif pour le monde des affaires.

Robert Wilson a raison de dire que la mort publique est une mort particulière, mais cette particularité ne devrait pas altérer notre jugement. Parce que finalement, entre un jeune con déboussolé, très violent certes, mais aussi certainement manipulé et un ministre de la République, lequel des deux est le plus cynique, fondamentalement mauvais, lâche même. C’est une question, comme l’inégalité de la valeur des victimes, qui mérite un minimum d’intérêt.

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• Jeudi 01/09/2016 • Version imprimable

Les chroniques de Barkas : le pouvoir du dogme et des valeurs (1)

Le collectif accueille , une vieille connaissance, pour ses  chroniques.

Chronique écrite en collaboration avec des membres du collectif. Merci à eux pour les propositions de liens. (Signé : )

Il est des sujets qui sont à ce point sensibles que les aborder de manière rationnelle vous conduit à vous perdre lentement dans les méandres de l’Histoire ou de la bêtise humaine, ce qui dans bien des cas pourrait être la même chose.

Parler de l’état de la Palestine ou de son Etat vous entraîne dans de vieux conflits devenus dogmatiques dont vous vous voulez sortir en vous abreuvant de connaissances pour étayer votre raisonnement et tenir un discours objectif. Traiter du burkini ou de la place de l’Islam, de la religion ou des valeurs d’un peuple, pour que cela soit fait de manière intelligente exige du temps, beaucoup de temps… Envisager d’écrire une chronique sur ces sujets demande déjà un effort considérable, mais essayer d’y prendre du recul et accoucher d’un résultat ne donnerait presque qu’une gageüre.

Le Coran est-il plus violent que la Bible ou la Thora, par exemple ? Et bien allez lire les articles repris en liens ci-dessous…[i]

 

Ce qui est clair, est que, se basant ou non sur des textes, de tous temps et de tous les bords des illuminés ont pratiqué la violence lato sensu : l’exclusion, le conservatisme, le mépris…[ii]. Même les chéris du Bouddhisme font leurs petits extrémistes, avec les Rohingya qui se font massacrer par les bons Birmans à l’instigation de moines aussi néfastes que l’agent orange. [iii] Tiens, au fait, ces Rohingya sont des musulmans qui ont peut-être mérité leur sort par leur provocation, comme les femmes qui se font violer … « 27% des Français pensent que les victimes de viol sont plus responsables de leur sort que leurs agresseurs, si elles portent une tenue sexy. Un résultat surprenant qui relance le débat sur le manque d’éducation concernant cet acte ignoble… »[iv]. Cette comparaison n’est pas gratuite, puisqu’elle nous renvoie d’une part à la culture machiste de nos sociétés et au burkini évoqué plus haut.

Dans une publication, un internaute français écrit (en parlant du burkini) qu’« Il est urgent de se débarrasser de ces intégristes [fussent-ils français ?] qui pourrissent la France, et dont les partis extrêmes se nourrissent pendant que la gauche tourne la tête, refusant de voir la réalité, refusant de voir la situation explosive en France suite à tous ces renoncements en termes de laïcité, d'égalité, de justice sociale.[…] Alors soyons fermes sur nos valeurs »[v]

S'il faut se débarrasser des intégristes, jetez donc aussi dehors les tenants d'une droite extrême, les partisans d'un conservatisme, certains s'avançant avec un faux nez, d'autres pas, ceux d'un consumérisme qui impose des canons de beauté... etc....  Jouez donc le jeu, coupez les ponts avec les Saoudiens qui achètent vos rafales ou qui privatisent vos plages[vi], avec les Qatari qui financent vos footeux... Virez donc tous les Tartuffes....  tout comme les politiques ramasseurs de voix à tout prix[vii]. Virez aussi ceux qui s'indignent du sort des femmes en jouant au petit macho... Virez les dirigeants polonais pour qui la femme est une annexe de la cuisine[viii].

Bien entendu, les valeurs comme les droits de l’homme, la justice sociale sont à défendre. Mais s’il s’agit du port du string, cela rentre-t-il dans la notion de valeurs partagées dans l’Europe chrétienne ? Puisque l’Europe a obligatoirement (hum) des racines chrétiennes. (Comme des racines païennes, qui ont inspiré certains régimes extrêmes ou musulmanes si l’on considère l’histoire et l’architecture espagnole, mais bon, hein…). En matière de droits de l’homme, avec un petit h parfois, la flexibilité est extraordinaire… « Ainsi, plus d’une [personne sondée] sur deux (54%) [ en France] considère comme «pouvant se justifier» le recours à des décharges électriques sur une personne soupçonnée d’avoir posé une bombe prête à exploser[ix] ».

Les valeurs d’un peuple sont hétérogènes, comme celles des pratiquants d’une religion ou les tenants d’une idéologie. Monseigneur Vingt-Trois a l’air d’avoir beaucoup plus de points communs avec un mollah iranien qu’avec moi.

En tous les cas, résoudre les conflits par des exclusions ne tient qu'un temps. Si la fermeté peut ou doit être de mise parfois ou souvent, nous devons en user à bon escient en se basant sur la meilleure compréhension d’un problème.

J’essayerai de développer dans de prochaines chroniques certains éléments… Soyez donc patient avant de dégainer.

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PS. A propos du burkini dont je ne suis pas défenseur, consultez ci-dessous ces différents articles[x].



[vii] https://app.box.com/s/8hjq1d0c7agnur64ee9p3ypn6snfr1ab Le Canard enchainé - 2016.08.10 - Une mosquée intégriste construite à coups de piston.pdf

 



• Jeudi 25/08/2016 • Version imprimable

Les chroniques de Barkas: Réfléchir à froid…

Le collectif accueille , une vieille connaissance, pour ses  chroniques. 

La question est peut-être trop simple : l’électeur d’un parti d’extrême droite ou populiste extrême est-il une victime ou un gros con ? Ou les deux ? Qu’il est donc difficile de se faire une saine idée de la question. Et pourtant la réponse est importante, pour que ces dérives soient combattues. Nombreux sont ceux qui considèrent par exemple l’électeur FN comme un oublié de la république, un perdu de l’économie.  Et certes, il y a des zones sinistrées qui votent pour ce parti sans se boucher les narines. Nous pouvons nous demander ce qui a engendré le FN en France et convenir par exemple avec Jacques Rancière que ce parti est le produit d’un système existant, essentiellement la cinquième république.

(À regarder, cette émission)

Nous pouvons aussi faire le procès de François Mitterrand qui aurait « favorisé » l’extrême-droite pour contrecarrer les ambitions de la droite.  Nous pouvons également considérer que la montée du FN est de la responsabilité des Allemands. Mais est-ce tout cela nous avance,

Si nous partons du principe, que ces idées sont contraires à nos valeurs éthiques, qu’elles choquent notre humanisme, qu’elles sont une menace pour nos sociétés démocratiques, il nous faut les combattre. Nous devons faire en sorte qu’un minimum de gens y adhère.

Mais plus fondamentalement, désirons-nous avoir des électeurs abrutis ou des personnes capables de réfléchir, de débattre, d’empathie ?  Bref, des citoyens informés et actifs. Nous pouvons par exemple criminaliser les propos racistes et d’incitation à la haine, mais celui qui les profère les taira peut-être, mais continuera sans doute à les penser. Alors, il faut agir. Ne pas considérer que ce qui a déjà été dit ait déjà été fait et n’est plus à répéter. Il en est de la responsabilité de chacun, individus ou institutions, de permettre, de favoriser l’émergence d’une nouvelle culture dans la société.

Mais

Le personnel politique (au sens large) préfère le discours clivant ou la symbolique inutile. Quand François Hollande se lance sur la déchéance de nationalité, il brise, détruit plus qu’il ne construit. Réduire toutes les situations à une équation simple est non seulement un mensonge, mais aussi un piège. Quand Bart de Wever désigne des coupables ou propose des solutions, il ne résout en fait rien. Ce n’est d’ailleurs pas la divergence d’opinions qui est un problème, mais la manière de l’amener.

Le monde des médias n’est pas innocent dans sa manière d’aborder les sujets ou dans le choix de ses interlocuteurs. Le poids de mots et le choc des photos induisent une responsabilité dont de nombreux organes de presse s’exonèrent. Mettre côte à côte certains sujets sur la même page par exemple n’est pas innocent et tient de la ligne éditoriale. D’autant plus préoccupant que les réseaux sociaux (ou les forums des journaux) amplifient le phénomène des informations tronquées, voire fausses. Ainsi la générosité posthume de David Bowie en faveur de la lutte contre le cancer en est un bel exemple. « Le lendemain de la mort de David Bowie, un réseau de disquaires annonçait le versement des bénéfices des ventes d'albums de l'artiste en janvier à la recherche contre le cancer. Un beau mais petit geste, que certains médias français ont amplifié puis transformé en initiative du chanteur lui-même. ». Cela l’est encore plus avec des sujets polémiques comme les événements récents à Cologne comme l’ont relevé la bloggeuse Anne Lowenthal en matière de chiffres ou le journal Le Monde en matière de photos.  L’absence de remise en perspective est également source de problème  affirme Zohra Othman, Echevine du District de Borgerhout et avocate quand elle aborde la « culturisation » de l’intimidation sexuelle.

L’enseignement n’est pas en reste, et certainement l’enseignement supérieur, qui semble préférer l’employabilité à l’université, des têtes bien pleines plutôt que bien faites. Il ne nous faut pas des gens qui pensent, mais qui exécutent ce qui n’a pas été pensé. N’entendons-nous pas des politiques allant en ce sens.

Et le citoyen lui reste amorphe ou devient revanchard, résigné ou « complotiste »,  mais a toutes les difficultés à exercer un (certain) sens critique, et certainement pas dans une perspective constructive. Est-ce dû à sa paresse, aux conditionnements médiatico-politiques, à une culture évanescente. Mais ce n’est sans doute pas sans déplaire à certains.

Alors

Faut-il remettre tous les jours l’ouvrage sur le métier ou considérer le combat comme perdu ?

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PS. L’électeur d’extrême droite peut être un gros con et aussi une victime.

 

 



• Vendredi 05/02/2016 • Version imprimable

Des choses dont on parle pour l’instant (3)

Nous écrivons moins vite que l’actualité ne change. On parlait en France ce week-end de la vraie/fausse  défaite/victoire du FN et d’un « accord historique » à la COP21.

Etait-il  encore temps de sortir le dernier volet « Des choses dont on parle pour l’instant », balayé par cette actualité toujours mouvante, changeante, prenante ? En fait, oui. Parce que c’est peut-être là l’essentiel. Une nouvelle en chasse une autre et nous fait encore plus vite oublier les précédentes. Cette vitesse, cette incohérence qui nous empêchent presque physiquement de prendre possession, position, parce qu’on nous lance en pâtures toujours du nouveau du plus futile au plus grave, sans en fait de réelle explication, de mise en perspective.

Et donc ce dernier volet portera sur l’état d’urgence en France à la suite des tragiques événements de Paris ? Qui oserait critiquer cette recherche d’efficacité et de rapidité quand il s’agit de combattre l’abominable ?

Et bien laissez-nous au moins le droit de nous interroger sur cet Etat d’urgence qui déploie un zèle extraordinaire après le crime, alors qu’Il avait déjà les moyens de le faire avant s’Il le désirait.

Préoccupant ce recours à l’état d’urgence quand on voit la manière avec laquelle il est exercé.  Ainsi le cas de cette dame dont le domicile est perquisitionné dans des circonstances étranges[1] ou cette petite fille blessée parce que les policiers se sont trompés de porte[2].  (De nombreux cas ont été recensés par la Quadrature du Net[3]).

Un autre exemple :

Aujourd'hui, Nacer répète comme un leitmotiv : "Je n'ai aucun reproche à faire aux forces de l'ordre qui ont fait leur travail." Même ceux qui, casqués, munis de boucliers, ont forcé sa porte le 19 novembre pour une perquisition - quatre jours après son assignation. Ce matin-là, Nacer était déjà parti à son premier pointage de la journée. Son épouse raconte que les policiers ont regardé tous les papiers et se sont arrêtés devant les médailles acquises par Nacer durant son passage dans l'armée française, épinglées avec trois punaises, une bleue, une blanche, une rouge. Ils ont pris une photo du Coran et se sont inquiétés de voir une gravure représentant Léonard de Vinci : "C'est qui ce barbu?" A Septèmes, la solidarité s'est vite mise en place pour regrouper un peu d'argent afin de prendre un avocat et de payer l'assurance de la moto que Nacer a dû sortir du garage. "S'il avait dû aller au commissariat en transports en commun, il lui aurait fallu 8 heures de bus par jour et il n'aurait pas eu le temps de rentrer chez lui entre deux pointages", précise la responsable du Secours catholique. "Le cauchemar" de Nacer n'est pas pour autant près de s'effacer : "Des voisins ne me disent plus bonjour. Ils ont tous vu que les cars de CRS, c'était pour moi. On a détruit ma vie." Il est persuadé qu'il va devoir déménager. Et, "même si les policiers ont été gentils avec eux", ses enfants sont suivis désormais par un psychologue. La nuit, le cauchemar de leur père devient le leur[4].

 

L’exemple du musicien et compositeur Ibrahim Maalouf, fiché par Interpol sans qu’il sache pourquoi[5].

Les actions policières ne touchent pas que les milieux suspectés de radicalisme religieux. L’état d’urgence qui avait été pris dans le but de s’attaquer à de potentiels d’ attentats, a semble-t-il rapidement changé de cible. Alors que les policiers auraient dû se concentrer sur la mouvance islamiste, les préfets les ont lancés sur des cibles environnementalistes, COP 21 oblige sans doute,

Ainsi, un couple de maraîchers bio est perquisitionné[6] sur base d’un document établi par le préfet[7]. Considérant la menace terroriste suite aux attentats de Paris, il lui semblait important d’aller fouiller là-bas. 

« Durant la perquisition, Elodie tente de savoir ce qu'ils cherchent exactement. Les gendarmes évoquent alors la COP21, et une possible manifestation, arguant que tout rassemblement est interdit depuis l'état d'urgence, puis en viennent à parler d'une manifestation à laquelle les deux maraîchers auraient participé il y a trois ans. "Distribution de tracts au péage de Mussidan contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes,  ça vous dit quelque chose ?" auraient demandé l'un des gendarmes au couple un peu sonné. "Distribuer des tracts contre l'aéroport de Notre Dame des Landes, c'est un délit?" s'interroge la maraîchère encore ahurie par le possible motif de la perquisition. »

 Ou cet exemple-là :

« Joël Domenjoud est un citoyen comme les autres. Enfin presque : depuis le 26 novembre 2015, 16h30, il est assigné à résidence au nom de l’état d’urgence. Membre de la legal team de la Coalition climat, ce militant sans casier judiciaire, la petite trentaine échevelée et la voix calme, se retrouve prisonnier de Malakoff, sa commune de résidence, jusqu’à la fin de la COP21, ce samedi 12 décembre. Ce qu’on lui reproche ? Rien, si ce n’est son dissentiment politique. »

Des événements festifs mais liés à l’environnement ont été aussi supprimés, alors que les foires aux boudins ou aux santons restaient autorisées.

Le rire est même interdit.

Une opération de « thérapie par le rire », moquant le décalage entre les discours écolos des entreprises et leurs actes, a été interrompue par la police, jeudi, à Paris. Des clowns et des comédiens ont été parqués pendant plus d’une heure. Un reportage à écouter - et qui prête à rire, ou à pleurer[8].

Pouvons-nous reprocher à un gouvernement de prendre des dispositions pour protéger ses citoyens ? Personne (ou peu) d’entre nous ne s’y hasarderait. Pour autant, ne serait-ce pas « citoyennement » sain de s’interroger sur la pertinence de ses dispositions ou sur leurs applications ?

Beaucoup de commentateurs sur Internet considèrent que c’est peu donné pour sa sécurité. Ils considèrent les bavures sous l’angle de l’omelette qui ne peut se faire sans casser d’œufs. Certains justifient la « violence policière » dans ce climat difficile. D’autres, moins nombreux, se posent des questions sur les méthodes ou les cibles.

Selon certains observateurs, l’arsenal juridique (français en l’occurrence) est théoriquement suffisant pour mener à bien les enquêtes nécessaires.

Alors pourquoi ? Pour rassurer une population ? Pour préparer les esprits ? Faut-il considérer que l’état d’urgence est inévitablement abusif, comme le fait Vanessa Codaccioni, maîtresse de conférence en sciences politiques à l’université Paris-VIII[9] ?

Oui, c’est une disposition d’exception, dérogatoire au droit commun. Il est liberticide, puisque son objectif même est de contrôler une population, un territoire, des idées. Il est en outre discriminant, car il divise la population entre ceux qui sont protégés et ceux qui ne le sont pas. Il est donc par définition abusif.

Elle s’inquiète de ce qui restera après l’Etat d’urgence…

Pascal Eydoux, Président du Conseil National des Barreaux pour la mandature 2015-2017 sur l'état d'urgence. (à voir sur TV5)

Il reste ce que j'appelle des "traces d’exception". Toute disposition utilisée à un moment de crise va laisser des traces. Si une mesure a été considérée comme efficace, elle sera remobilisable et remobilisée. Surtout, une fois sorti de l’état d’urgence, il restera dans notre droit la modification de la loi de 1955, qui a été votée sans débat en même temps que sa prolongation. Avec des dispositions vagues et inquiétantes. Plus grave encore est la volonté de l’exécutif aujourd’hui de constitutionnaliser l’état d’urgence, c’est-à-dire de l’inscrire dans la Constitution avec de nouvelles dispositions. Et il faut attendre les textes bientôt présentés par le gouvernement, mais ce dernier souhaite étendre les conditions de déchéance de la nationalité. On voit donc que cette période va marquer l’histoire politique, policière et judiciaire française. C'est tout ceci qui me préoccupe : que vont devenir toutes ces dispositions? Petit à petit, l'état de droit est rogné de l'intérieur par le recours à l'exception et l'état d'urgence laisse des mesures qui perdureront après sa levée. On ignore qui sera au pouvoir dans dix, vingt ou trente ans, et donc comment et contre qui ces mesures seront utilisées.

Il est particulièrement important en ces temps troublés, tant à cause d’actes sanglants perpétrés un peu partout au nom (abusivement ou non) de la religion (Inde, USA, Birmanie, Europe, Moyen-Orient, etc…) que la montée forte des populistes (Pologne, Hongrie, France, USA, etc…) de réfléchir, de s’interroger, d’agir sur ce sujet : que peut accepter une démocratie pour se donner une certaine sécurité ?

Le collectif «  ».





• Vendredi 18/12/2015 • Version imprimable

Des choses dont on parle pour l’instant (2)

Préambule : Les membres du collectif «  » sont généralement des agnostiques.  Leur positionnement à l’égard des religions est la  neutralité, mais ils ne s’abstiennent pas de considérer, voire de critiquer, le rôle des religions dans la marche du monde. Que nos ami(e)s croyant(e)s n’y voient pas une critique de leur foi… mais de ce qui est fait en son nom.

Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion. (Paul Valery)

Terroriste ou forcené ?

Sont-ce finalement des terroristes ou des forcenés ? Le vocable a son intérêt culturel et politique. Un jeune blanc qui fait un massacre dans une église est-il un forcené ou un terroriste ? Le tueur du planning familial est-il « seulement » un forcené ? Nous pourrions considérer cela comme accessoire au sens où pour les victimes, cela ne change rien. C’est parfaitement vrai. Mais ce n’est sans importance pour ceux qui restent. Et le discours médiatique, politique, orienté n’est pas sans conséquence. Parler de cela n’est pas essayer de relativiser les actes des uns et des autres, mais simplement de recentrer le débat sur les raisons des actes violents[1] et de considérer que personne n’y échappe.

Ainsi « à la date du 27 novembre, les Etats-Unis ont été le théâtre de 351 fusillades de masse en 2015, soit plus d'une par jour, selon le site Shootingtracker, qui recense tous les incidents de ce type impliquant au moins quatre victimes, qu'elles aient été tuées ou blessées[2]. » Certains de ses actes sont sans doute simplement violents. D’autres sont porteurs d’un message politique plus ou moins clairs.

Croyance mais en croix ?

A un journaliste qui lui demandait, quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001, quel effet cela lui faisait de partager sa religion avec Ben Laden, Mohammed Ali aurait répondu : « Et vous, quel effet cela vous fait-il de partager la vôtre avec Hitler ? »  Il n’y a pas d’unicité.

D’une part, il est impératif de protéger la liberté de pensée (et donc de culte), mais il est tout aussi important de déterminer le rôle des croyances dans le fonctionnement des sociétés.  La violence provoquée au nom de la religion est réelle, qu’elle se traduise par des attentats, des fusillades, des pogroms, aucune n’y échappe. Mais cette violence n’est pas uniquement « spectaculaire » au sens médiatique. Elle se niche dans la « véhiculation » d’idées rétrogrades.  Ainsi par exemple  quand un député UMP assène : « Les enfants d’homos sont des terroristes en puissance[3]. »  Ou quand la jeune Maréchal-Lepen parle de l’avortement[4]. Sur la famille, sur la bonne culture, sur l’homosexualité, sur la place de la femme dans le couple ou la société, sur les autres, des discours durs et rétrogrades sont en lien avec les croyances, les valeurs. « Les religions du livre (et finalement peut-être toutes) ont,  en tous les cas nombres de leurs fidèles, une tendance forte au conservatisme, au sexisme, au patriarcat exacerbé, à l'ostracisme pour les gens et les choses qu'elles ne comprennent pas[5] ». Mais ce n’est bien entendu pas le fait uniquement des gens ayant un sentiment religieux.

Quand se déroulent des événements tragiques, ne serait-ce pas le bon moment de se poser des questions ? Pas spécialement ou uniquement sur la « faillite » de l’appareil de l’état, pour un peu flirter avec le goût de l’ordre ou sur la nocivité de tels ou tels groupes pour assaisonner avec une pointe de racisme. Ce sont des questions intéressantes qui méritent une profonde réflexion. Non, ce serait se poser plus fondamentalement des questions sur l’évolution de notre humanité. Si le progrès technique est bien là, parfois trop là peut-être, ne pourrions-nous avoir des doutes sur le progrès social et culturel et la place qu’a encore le fait « religieux ».

« …Le monde qui nous entoure prouve en permanence les progrès permis par la science et la raison, mais cela n’empêche pas les gens de préférer les pseudo sciences et la superstition. La réponse simple est que les gens croient ce qu’ils veulent croire, ce qu’ils jugent réconfortants, pas ce que les preuves réelles démontrent. En règle générale, les gens ne veulent pas savoir, ils veulent croire. Les facteurs sociaux enfin, jouent aussi un rôle important dans les croyances religieuses. Les religions sont évidemment un facteur de pouvoir et également une façon de gérer une partie des dysfonctionnements de la société. De la rendre supportables et même de les justifier, mais pas forcément de les corriger[6]. »

Dans son livre A Devil's Chaplain, édité en 2003, Richard Dawkins  aborde le problème de la religion : « La religion organisée mérite la plus vive hostilité car, contrairement à la croyance en la théière de Russell, la religion organisée est puissante, influente, exemptée de taxes et systématiquement transmise à des enfants trop jeunes (le catéchisme commence à 7 ans) pour pouvoir s'en défendre. On ne force pas les enfants à passer leurs années de formation en mémorisant des livres farfelus sur les théières. Les écoles publiques n'excluent pas les enfants dont les parents préfèrent la mauvaise forme de théière. Les fidèles de la théière ne lapident pas les non-croyants en la théière, les apostats de la théière, les hérétiques de la théière ou les blasphémateurs de la théière. Les mères n'empêchent pas leurs fils d'épouser des shiksas de la théière sous prétexte que leurs parents croient en trois théières plutôt qu'une seule. Ceux qui versent le lait en premier ne mutilent pas ceux qui préfèrent commencer par verser le thé.[7] »

Si le fait de croire en quelque chose, même en un être supérieur, permet de se construire une vie paisible et respectueuse d’autrui, cela ne saurait être gênant, tant que cette croyance n’interfère pas avec la vie d’autrui de manière disproportionnée. Et ce n’est malheureusement pas le cas, et pas uniquement dans les théocraties. Ainsi « Si vous êtes américain athée et que vous voulez devenir conseiller municipal ou juré dans un tribunal au Maryland, il vaut mieux renoncer. Cet Etat de l’est des Etats-Unis à quelques dizaines de kilomètres de la capitale fédérale Washington et à moins de 200 kilomètres de la ville de New York est l’un des sept Etats des Etats-Unis à interdire l’accès à des fonctions publiques à ceux qui ne croient pas en Dieu... et qui le disent. C’est aussi le cas dans plusieurs Etats du sud et non des moindres: l’Arkansas, le Mississippi, la Caroline du nord, la Caroline du sud, le Tennessee et le Texas. (Lisez la suite de l’article) [8]».

Eluder cela consiste à faire porter le fardeau à quelques-uns, alors que c’est le fait d’une multitude.

(Fin de la seconde partie)

Le collectif ""




• Samedi 12/12/2015 • Version imprimable

Des choses dont on parle pour l’instant (1)

Ne pas s'arrêter aux symptômes

S’interroger sur la survenue d’un événement pour comprendre  son apparition ne fait pas de vous un zélateur.
Critiquer (au sens premier d’apprécier la valeur) les mesures prises pour empêcher le retour de cet événement ne fait toujours pas de vous un zélateur.

Vous avez parfaitement saisi que nous parlions des actes récents de terrorisme.  Il est parfaitement clair qu’aucun d’entre nous n’a envie de faire l’apologie de ces actes. C’est à dessein que nous ne parlons pas de terrorisme. Ou alors, nous devrions écrire que nous n’avons pas envie de faire l’apologie de CE terrorisme.

Ho, terrain glissant… Il se trouverait vite quelqu’un pour nous dire que nous défendons la terreur. Et bien aucunement, mais mettre un même nom sur des situations différentes conduit des choses étranges.
Nelson Mandela a été considéré jusqu’en 2008, par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, comme un terroriste[1]. Pourtant qui considérerait maintenant son combat (et celui de son parti) comme injuste.

Il nous faut donc comme citoyens ne pas nous arrêter à la première explication venue et à la première solution proposée.

Ainsi, prenons les mesures prises par le gouvernement belge. Certains juristes rappellent que « "Tant la Constitution que la Convention européenne des droits de l'homme admettent qu'il y a des exceptions aux libertés et droits fondamentaux, mais stipulent que celles-ci ne peuvent dépasser ce qui est strictement nécessaire dans une société démocratique [2]»  (Nous verrons dans une prochaine livraison l’usage de l’état d’urgence en France). Bien entendu, nous pouvons et devons débattre de ce positionnement. Mais ce qu’il ne faut pas à notre sens, c’est prendre des décisions pour rassurer ou satisfaire une certaine population sans en vérifier la praticité et l’applicabilité, y compris budgétaire.

De manière générale, les actes de police, lato sensu, sont bien entendu nécessaires. Il serait hypocrite de le nier. Nous apprécions tous d’être protégés d’actes malveillants. (Certes, la méthode a son importance). Cependant, il n’en reste pas moins que ce sont des moyens de lutte contre les symptômes et non contre la « maladie ».

Nous pouvons donner une cause « raciste » à cette maladie, mais ce serait erroné tant c’est réducteur. Bien entendu, la culture, la religion, ce genre de choses, ont une influence sur le comportement. Michaël Moore dans son documentaire « Bowling for Colombine »  compare la situation des Etats-Uniens et des Canadiens. A taux de détention d’armes à feu comparable, il y a proportionnellement réellement beaucoup moins de morts par arme à feu au Canada (et certainement de tueries de masse).

Il faudrait, à notre sens, explorer plus avant les mécanismes de dérive sectaire, pour mieux comprendre et prévenir ces actes. D’autant, que dans ce cas précis, si nous devons en croire Dounia Bouzar :  « ... Les filles sont, en général, issues de la classe moyenne, n’ont pas connu l’immigration et sont plutôt, de référence catholique ou athée. Ce sont des filles de professeurs, de fonctionnaires, d’avocats, de médecins…Nous avons aussi des filles d’origine maghrébine mais ce n’est pas la majorité. Nous avons 3% de jeunes filles issues de familles juives. C’est pour cela que le débat liant la radicalité à l’intégration, c’est du n’importe quoi [3]».

Olivier Roy explique  ce phénomène d’enrôlement partout dans le monde de cette manière ; « Ce sont des jeunes qui cherchent leur guérilla, comme nous dans les années 60. A l’époque, notre cause était la révolution, maintenant, c’est le jihad mondial. Dans son essai The Terrorist in Search of Humanity (2), l’historien Faisal Devji explique que, mis à part le fait que les terroristes tuent, il n’y a pas de différence fondamentale entre un humanitaire et un gars d’Al-Qaeda. Ce sont des militants d’un monde global, des nomades, souvent déracinés. Mais si on veut vraiment comprendre l’enrôlement des jihadistes, il faut regarder du côté de la fusillade du lycée de Columbine, en 1999, et des jeunes gens qui se perdent dans une même violence autodestructrice. En Orient comme en Occident, il existe une jeunesse fascinée par ce nihilisme suicidaire. L’islam donne une dimension globale, peut-être aussi mystique, un nom à une cause. Aujourd’hui, le jihad est la seule cause sur le marché. Nous ne voulons pas voir les points communs, mais seulement les différences, et préférons nous enfermer dans une lecture monomaniaque du monde musulman. On se réfugie dans le choc des cultures sans voir l’aspect mondialisé du phénomène. Or, ces conflits sont le symptôme d’un même effondrement culturel. [4]»

Ainsi peut-on lire dans Slate que le « Spécialiste des sectes, le Suisse Jean-François Mayer note aussi, dans son blog Religioscope, que le conflit en Syrie, accompagné du départ de volontaires étrangers, souvent très jeunes, pour combattre avec des groupes djihadistes, confirme le modèle explicatif des dérives sectaires. La radicalisation est très rapide et les familles sont sous le choc, écrit-il. Il établit un parallèle avec la stupéfaction des parents et proches des jeunes adhérents d’une secte dans les années 1970 et 1980. «Il n'est pas étonnant, écrit Jean-François Mayer, qu'une grille explicative déjà disponible se trouve reprise et appliquée à ces conversions au djihadisme, qui peuvent être le fait de jeunes issus de milieux musulmans, mais aussi de personnes sans arrière-plan musulman, et embrassant à la fois l'islam et, peu de temps après, le djihadisme. Une nouvelle génération d'aspirants djihadistes émerge, parmi lesquels se trouvent de potentielles recrues très jeunes et pour lesquels les réseaux sociaux jouent un rôle crucial.[5]»

John Hillermann, écrivain américain qui a beaucoup écrit sur la nation Navajo par le biais de romans policiers, évoquait cette notion d’hozho , cet équilibre entre les êtres et ce qui les entourent, qui ferait dire qu’un criminel est le résultat d’une perte d’harmonie au sein du groupe.  Si tout ne renvoie pas à la société, au groupe, il ne serait raisonnable de dire que c’est toujours l’individu seul qui se fait.

(Fin de la première partie)

Collectif «  »

 


• Samedi 05/12/2015 • Version imprimable

Le forum d'empoigne



Faut-il laisser l’espace des forums aux laudateurs de l’extrême bêtise ?

L’expression est libre, particulièrement sur Internet, où un certain anonymat est possible. Il y a les contempteurs de la charité, qui en mots doux disent les pires horreurs. Il y a les bas de plafond qui en mots crûs disent tout ce que l’on veut leur faire croire. Il y a les « Je ne suis pas …. Mais …. ». Il y a ceux qui revisitent l’Histoire pour en faire leurs histoires. Bien entendu, il n’est pas toujours question d’étrangers. Il s’agit parfois de simples travaux routiers. Des choses banales, qui montrent notre façon de penser bancale. Vous trouverez à la suite, trois statuts que j’ai publiés sur Facebook. Dérisoires sans doute.

Etre comme eux

Il y a quelques années, les partis politiques conventionnels avaient organisé, en Brabant wallon, un débat sur "comment s'opposer à l'extrême droite" (et incidemment à ses satellites, comme le racisme, la peur,...). Il est temps de remettre l'ouvrage sur le métier. A lire les commentaires, les réflexions, les propos, du simple citoyen au politique, il y a matière à s'alarmer sur la perte de notre humanité.
J’ose vous dire  quand vous écrivez  "ils ne sont pas comme nous", que moi, je ne suis pas comme vous, commentateurs tristes, revisitant l’histoire, invoquant des traditions qui ne sont plus les vôtres ou dont vous avez oublié la signification, comme Noël et son esprit, appelant à l’aide vos aïeux, résistants, combattants, qui doivent se retourner dans leur tombe d’avoir des descendants aussi petits, mesquins, racistes.
Vous évoquez la lâcheté de ceux qui viennent, la religion que vous ne pratiquez sans doute plus. Vous invoquez tout de sortes de choses. Mais il y a une chose certaine : vous ne réfléchissez pas. Vous avez beau avoir un minimum d’éducation. Vous savez lire puisque que vous savez écrire des commentaires nauséabonds, mais sans doute êtes-vous trop impatients d’arriver à votre conclusion fétiche : « les autres, c’est de la m…., comparez aux bons Belges. ».

Bien entendu que rien n’est simple, mais c’est parce que ce n’est pas simple, que vos réponses sont trop simplistes. 

Que ne lit-on pas ? Pourquoi ne combattent-t-ils pas pour leur pays ? Dans les rangs de l’armée du dictateur ou de celle des zélateurs? Pourquoi surtout des hommes ? Comment se fait-il qu’ils ont tous des smartphones ? Alors que des explications logiques vous sont données, vous n'avez même pas envie de les lire.
Je devrais avoir le courage de vous comprendre, d’appréhender vos angoisses, vos peurs. Mais là, ce soir, c’est trop. Vous êtes peut-être des Belges, mais je doute que vous soyez bons. Vous êtes surtout cons. Je ne vous demande même pas de serrer la main d’un réfugié, mais simplement d’avoir du respect pour un être humain et de réfléchir avant d’afficher et d’accumuler autant d’imbécilités sur le Net ou ailleurs.
Deux choses sont infinies, disait Einstein, l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue."

Etre Franc-Maçon n’est pas un brevet de vertu

Extrait de « Islamophobe, moi oui ! …. »
"Je suis devenu islamophobe progressivement, j'ai bien dit islamophobe, englobant par-là l'ensemble du corpus islamique, comme j'aurais été christianophobe ou judéophobe si ces deux autres religions du livre n'avaient pas fait leur aggiornamento". Ainsi le Christianisme et le Judaïsme se seraient adaptés à la vie moderne, ils auraient été renvoyés dans la sphère privée et ne voudraient pas peser sur la marche de nos sociétés. L'islam reste quant à lui confiné du côté obscur des croyances. Sidérantes positions. C'est vouloir ignorer les évolutions de l'histoire, les particularités géographiques et culturelles de toutes les religions. Qui pourrait penser que les bouddhistes peuvent développer une xénophobie forte et que les Etats-Uniens jurent encore sur la bible.
L'institution du mariage est un bel exemple. Ce n'est que récemment que le mariage civil est reconnu en Israël où les religieux ont un poids considérable. Cet article sur mariage civil et mariage religieux de Wikipedia est également illustratif: 
"Dans de nombreux systèmes juridiques, le mariage civil se déroule en même temps que la cérémonie du mariage religieux, même si les deux sont théoriquement distincts. Ainsi, dans la plupart des États américains, mais aussi au Royaume-Uni, en Irlande et en Pologne, le mariage est célébré par un prêtre, un pasteur, un rabbin ou toute autre autorité religieuse qui officie également comme un agent public. Dans certains pays, comme l'Allemagne, l'Argentine, la Belgique, la France, la Russie, la Suisse ou la Turquie, il est nécessaire que le mariage civil ait été célébré avant que ne se déroule la cérémonie religieuse. Selon Irène Théry, sociologue au CNRS, « le mariage n'est pas un simple outil de gestion du couple mais une institution de l'ordre symbolique dans lequel se différencient les sexes et les générations. ». Certains États admettent un mariage civil dans des circonstances où il est interdit par la religion : un des contractants a eu un divorce prononcé civilement après un premier mariage dans la même religion, union civile, mariage entre personnes de même sexe. Inversement, il existe des cas dans lesquels la cérémonie religieuse n'est pas reconnue par les autorités civiles. Des formes de mariage civil différentes du modèle majoritaire fondé sur l'union d'un homme et d'une femme sont reconnues dans certains États. Au début du XXIe siècle, dix pays occidentaux ainsi que quelques États américains et la ville de Mexico ont reconnu le mariage entre personnes de même sexe ou une « union civile » entre personnes de même sexe donnant les mêmes droits que le mariage. Certains États comme le Sénégal autorisent le mariage civil polygame. Certains États, comme le Yémen, autorisent le mariage entre un homme adulte et une fillette."
Il y a des gens qui pratiquent une religion avec discernement et raison. Il y en a d'autres qui ont plus de difficultés à prendre une distance avec leurs dogmes et à comprendre une réalité sociétale. Le positionnement contre le mariage CIVIL pour tous en France est un bel exemple de ce que l'aggiornamento décrit par l'auteur n'est une réalité. Ne parlons pas de l'euthanasie, en France encore ou de l'avortement en Irlande.
Les religions du livre (et finalement peut-être toutes) ont,  en tous les cas nombres de leurs fidèles, une tendance forte au conservatisme, au sexisme, au patriarcat exacerbé, à l'ostracisme pour les gens et les choses qu'elles ne comprennent pas. Il serait intéressant de remonter l'histoire pour voir comment certains extrémismes religieux se sont installés au proche et moyen orient. Je me souviens d'une vidéo de Nasser moquant cette envie de voiler les femmes. Il y a cette photo (authentique?) de femmes en "mini jupes " dans les rues de Kaboul.
Remonter le temps pour voir le positionnement de l'islam et de ses intellectuels au 19ème ou avant.En fait, donner des leçons est une manie que nous avons tous, moi le premier. Mais qu'elles soient valablement argumentées et qu'elles servent à autres choses que de cache sexe à un racisme ou d'aliment à l’incompréhension. Tiens, au fait, quel est l'accueil des femmes dans les loges maçonniques (ou dans les conseils d'administration des grandes entreprises) ?

« Facebook n’est pas le lieu de la démocratie ! »

Cela mériterait un réel débat. Les fora/forums comme Facebook sont (devenus) de réels lieux d'expression de pensées, de courants, d'opinions, mais sans pour autant avoir systématiquement absorbé la culture du débat, de la confrontation argumentée. C'est néanmoins une donne qu’il faut considérer dans nos échanges. Des messages, des signaux passent par ces réseaux. Il faut en tenir compte en leur donnant l'importance qu'ils ont à avoir. Mais il est clair que les élus, particulièrement au niveau local, n'ont pas les moyens de gérer tous ces flux (aux parfois anonymes). Et cela ne leur est d'ailleurs pas demandé. Il est généralement possible de les contacter par d’autres voies plus officielles et plus pertinentes. Il y a cependant à mon sens un double enjeu qui justifierait de ne pas négliger ces forums:
  • favoriser la culture du débat et de la citoyenneté
  • intégrer des espaces nouveaux dans l'exercice de la démocratie.
Ce n'est pas pour rien que malgré la répétition, nombreux sont ceux qui pensent qu'il ne faut pas laisser la place aux extrêmes, aux hargneux sur ces réseaux.

 



• Mercredi 14/10/2015 • Version imprimable

Acteur et spectateur du paysage

Une carte blanche de Denis Marion, de l’asbl Epures, publiée dans espace-vie l juin 2015 l n° 252
 

« La modification du paysage est aussi l’affaire des petits détails quotidiens »

« Pour autant que les actes et travaux projetés, soit respectent, soit structurent, soit recomposent les lignes de force du paysage, un permis d’urbanisme peut être octroyé en dérogation aux prescriptions d’un règlement régional d’urbanisme, d’un règlement communal d’urbanisme, d’un plan communal d’aménagement ou aux prescriptions ayant valeur réglementaire d’un permis de lotir, etc. »

Ces principes définis à l’article 113 du Cwatupe moribond se retrouveront, parait-il, dans un de ses avatars à paraitre prochainement au journal officiel. Selon d’éminents experts, respecter, structurer ou recomposer le paysage est finalement tout et son contraire et l’argumentation, la motivation en termes légaux, devra soutenir, justifier les choix posés.

Des gens importants, autour d’une table, entourés de conseillers bien sérieux, discutant du sexe des anges et des lignes de force du paysage, ont rédigé le contenu de ces décrets. D’autres, après la publication de nombreux textes, se lancent dans l’interprétation de ces commandements selon le camp qu’ils défendent. De leur côté, des citoyens se moquent de ces arguties et considèrent que ces lignes doivent rester de force, parce qu’un paysage ne se meut pas, sauf peut-être certaines dunes ou déserts.

Le paysage fait partie de notre vie

Tout cela est extrêmement important, excessivement peut-être, parce que le paysage est partie intégrante de notre vie. Il faut pouvoir « objectiver », verbe fourre-tout, sa situation pour définir son évolution. Il faut l’appréhender « scientifiquement » si tant est que cela soit réellement possible, mais il ne faut pas négliger ses aspects culturel et sensuel.

Les paysages ont évolué de tout temps, et pas seulement du fait de l’être humain. Les incendies de forêt, les inondations, l’évolution naturelle des landes façonnent l’aspect de nos environnements.

L’homme y a mis sa patte, certainement dans nos régions. Un lotissement, une usine, une porcherie vont être directement perçus comme une « atteinte » au paysage. Mais des pratiques culturales peuvent également influencer le ressenti. Des champs de maïs ne sont pas des prairies. En Ardenne, la transformation de bosquets de feuillus en pessières a eu un impact non négligeable sur la représentation culturelle que nous nous faisons de cette région. Pour les générations actuelles, elle est une terre à épicéas alors que cette évolution est somme toute récente.

Mais il nous semble qu’il y a deux écueils sur lesquels ne devraient pas échouer nos réflexions :

- D’une part, limiter le paysage à une portion de territoire. Le paysage n’est pas uniquement cette étendue libre de champs et de prés à la sortie du village. C’est le village également, ses rues et ses ruelles, ses jardins.

- D’autre part, il serait très réducteur de ne considérer que les projets de « grande ampleur » comme facteur de modification. Tout ce qui se trouve dans le paysage le modifie, l’altère ou l’améliore. 

Une responsabilité personnelle

L’habitude de clore nos propriétés avec des palissades crée des rues où l’on se sent enfermé, mal accueilli, alors qu’une haie sauvage ou un vieux mur ne donnerait peut-être pas la même sensation. Nos jardins sont meublés de jeux et jouets de couleurs vives, de chalets suisses. à chacun d’imaginer l’impact visuel. L’état de la voirie joue également un rôle. La présence de déchets, de poubelles trop pleines ou de panneaux publicitaires influencent la perception, comme le ferait aussi un environnement « trop aseptisé » où aucun brin d’herbe ne dépasse.

Tous ces exemples ont la particularité d’être relativement éphémères.

Les voitures peuvent être bannies de la place, les chalets suisses démontés, les papiers balayés et les jeux de jardin terminer leur existence au parc à conteneurs. Mais ils ont aussi comme particularité, par leur constance, d’avoir une influence sur le paysage et d’être de la responsabilité de tout un chacun.

La modification du paysage n’est finalement pas qu’affaire de « grands projets », mais aussi de petits détails quotidiens. Il serait bon de se le rappeler.



• Mercredi 10/06/2015 • Version imprimable

Jusqu’à quel point doit-on protéger les paysages ?

Une carte blanche de Denis Marion, de l’asbl Epures publiée dans espace-vie l octobre 2014 l n° 245
Denis Marion est l’un des fondateurs de l’asbl Epures, Ensemble pour une réflexion environnementale et solidaire
 

Lors de la Semaine du Bien-Vivre à Grez-Doiceau, une promenade cycliste a été organisée pour,  entre-autres, amener une réflexion sur le lien entre l’agriculture, singulièrement les exploitations maraichères, et le paysage.

L’idée de ce thème nous était venue à la suite d’une réflexion d’une consœur qui s’enorgueillissait d’une interdiction de toute construction en zone agricole sur un plateau brabançon.

Figer le paysage est devenu la règle pour certains, partant du principe sans doute que si rien ne bouge, rien ne se perdra. Or, l’isoler de son contexte socio-environnemental  nous  semble une profonde erreur.

Les atteintes au paysage sont souvent un argument pour s’opposer à un projet quel qu’il soit. Pour autant, est-ce toujours légitime ? Et surtout indiqué ?

Quand un groupe de riverains s’inquiète, par exemple, de la création d’un lotissement dans une zone à bâtir et revendique l’interdiction pure et simple de ce projet, il s’oppose au droit du propriétaire à valoriser son bien. Prétendre que la confiscation de la vue sur le paysage est suffisante pour justifier cette interdiction nous semble un peu court. En effet, le paysage est un bien collectif, évolutif dont l’importance doit être parfois mise en balance avec d’autres besoins, fussent-ils à la base privés.

La question des cultures bio

Les pratiques agricoles actuelles privilégient dans nos régions les grands espaces. Pourtant, cette situation est relativement récente et est fortement liée à la concentration des exploitations. Si nous nous référons à des vues datant de quelques dizaines d’années, nous constatons que, si nous ne sommes pas dans une zone bocagère, le morcellement des parcelles, par la variété des formes et des spéculations, offrait un paysage fondamentalement différent, beaucoup plus varié. Nombre de naturalistes considèrent d’ailleurs que cette variété était propice à la biodiversité.

Or, les exploitations maraîchères, essentiellement bio, qui (ré)apparaissent maintenant, de par leur taille, entre un et quatre hectares, et les cultures qui s’y pratiquent, ont un effet bénéfique similaire. Pour autant, il existe régulièrement une opposition à leur établissement à cause de leurs impacts sur le paysage.

D’abord, ces sites sont généralement entourés de haies, ce qui porte « atteinte » au caractère « open fields » de nos régions agricoles. L’agroforesterie (1), par les modifications similaires qu’elle apporte aux paysages, heurte aussi certains passéistes, alors qu’elle a un impact positif sur l’érosion et la biodiversité. Ensuite, la nature de leurs activités impose parfois la création d’un hangar pour pouvoir conditionner les récoltes, voire envisager une transformation in situ.

Enfin,  une  exploitation  maraîchère, pour être viable, ne peut généralement pas faire l’impasse sur le placement de couches ou de serres tunnels. Ces éléments, parfois soutenus par des craintes liées à la mobilité, sont à la base du rejet, par certains, de ces projets quand ils passent à l’enquête publique.

Ne pas gaspiller inutilement

Mais ces modifications du paysage ne sont-elles pas à mettre dans la balance avec, à l’autre bout du fléau, un impact positif sur la biodiversité, un accès à une production locale de nourriture, contrôlable de visu, des créations d’emplois et généralement de la convivialité.

Il faut certes être vigilant pour éviter une situation comme dans la région d’Almeria, en Espagne, avec plusieurs dizaines de milliers d’hectares de serres. Mais le risque reste minime dans nos régions de grandes cultures. Par ailleurs, la création de ces potagers est principalement le fait de nouveaux exploitants. Or l’accès à la terre reste problématique. La multiplication des parcelles maraîchères de ce type n’est sans doute pas pour demain. Les terres agricoles restent à la base de notre alimentation. Elles ne doivent pas être gaspillées pour des infrastructures inutiles, mais leur usage nourricier ne doit pas être exagérément figé à cause de la protection du paysage 

 

(1) L’agroforesterie est un mode d’exploitation des terres agricoles associant des plantations d’arbres et des cultures ou des pâturages



• Jeudi 22/01/2015 • Version imprimable

Charlie : nous avons perdu quelque chose, mais…

2014 a été une mauvaise année. 2015 est déjà pire… Ce qui est en train de se passer est gravissime. Notre démocratie est moribonde ; le terrorisme ne se développe pas sans raisons, ce qui ne veut pas dire, évidemment, qu'il a raison. La complaisance face à la substitution de nos valeurs par les "valeurs" exclusivement économiques, de la liberté par la sécurité, les compromissions géopolitiques dictées par les seuls impératifs d'une économie échappant à tout contrôle, l'impuissance face à la montée des extrémismes (l'islamisme en est un, mais le Front national en est un autre, avec son cortège de séides malsains comme Dieudonné ou Zemmour)… c'est tout cela qui a tué Cabu, Wolinski et les autres.
Vincent Engel
7 janvier 2015 sur Facebook.


Au collectif , tout le monde avait envie d’écrire sur le drame de Charlie Hebdo, nos copains et aussi. Alors, nous avons jeté tous nos Je dans un shaker pour un « Nous sommes Charlie »

Il est sans doute présomptueux de dire que nous avons perdu des amis. Nous n’avions jamais effectivement côtoyé une seule des personnes assassinées hier, mais pourtant ils faisaient partie de notre vie, comme des amis que l’on perd de vue, puis que l’on retrouve pour les perdre définitivement.
Pour les plus âgés d’entre nous, nous nous souvenons de ces recueils de Pilote, à la fin des années soixante dans lesquels Cabu croquait le grand Duduche. Sans doute que nous ne comprenions pas toujours le sel de tous ces dessins, mais c’était un éveil. Certains avaient lu les premières moutures de Hara Kiri, suivi les différents avatars de Charlie.
Ho, bien entendu, il y eut des moments de délaissement. Tout ne peut pas plaire quand on fait vœu d’être « bête et méchant ». Bien entendu, il y eut des controverses et des personnages controversés comme Philippe Val. Il y eut l’affaire Siné.
Mais la liberté de ton et l’intérêt pour la société rendait sa lecture passionnante. D’accord ou pas d’accord, qu’importe. Et si l’on se réfère à la période récente, que de sujets préoccupants, tus souvent par ailleurs, ont été abordés. Cela ne saurait être réduit à une histoire de caricatures sur une religion. D'autant qu'il ne faudrait surtout pas confondre anticléricalisme et racisme.
Une exécution comme celle-là doit bien entendu nous faire réfléchir et c’est pourquoi nous avons mis en exergue la réflexion de notre ami Vincent Engel. Parce que les raccourcis, les amalgames sont rapides, parce que les œillères se portent trop souvent, il nous faut être vigilants, sans complaisance, sans angélisme, mais en étant conscients de nos responsabilités.
Quand le journaliste Ivan Rioufol exige des musulmans français qu’ils manifestent leur désapprobation, il fait à notre sens fausse route…
"Non, je ne dis pas cela, au contraire. Je les somme presque aujourd'hui de bien nous faire comprendre qu'ils n'adhèrent pas" s'est défendu Ivan Rioufol. Dans le studio, cette réponse a fait vivement réagir. Musulmane, Rokhaya Diallo s'est ainsi sentie insultée. "Quand j'entends dire qu'on somme les musulmans de se désolidariser d'un acte qui n'a rien d'humain, oui, effectivement, je me sens visée. J'ai le sentiment que toute ma famille et tous mes amis musulmans sont mis sur le banc des accusés" a-t-elle ainsi répondu. "Parce que vous ne comptez pas vous désolidariser ?" s'est alors indigné Ivan Rioufol. "Non mais vous pensez vraiment que je suis solidaire ? Est-ce que vous osez me dire, ici, que je suis solidaire ? Vous avez vraiment besoin que je verbalise ? Donc, moi, je suis la seule autour de la table à devoir dire que je n'ai rien à voir avec ça" a répondu, "extrêmement choquée", Rokhaya Diallo.
Extrait intéressant à écouter
« Nous sommes effarés, nous sommes hors de nous, mais n’avons pas à nous justifier en tant que musulmans. Pourquoi s’adresser à nous ? Nous sommes comme vous. Qui vous dit que je ne suis pas athée ? D’ascendance musulmane, mais athée ? Il est indécent que nous soyons enjoints à nous désolidariser. Dès que j’ai appris ce qui s’était passé, j’ai téléphoné à mon ami François Gouyette, ambassadeur de la France en Tunisie. Je lui ai fait part de ma sympathie. Mais je l’ai fait au nom de mon humanité. Ça va sans dire que c’est un acte abominable, d’une grande barbarie. Je peux me mettre en faction, par la plume, par les mots, pour que ces actes soient punis. Mais j’aurais pu le dire en tant que Corse, en tant que Français, en tant que Tunisien. Je ne me désolidarise de rien du tout. Nous sommes tous responsables, quelle que soit notre religion : les chrétiens fondamentalistes, les extrémistes juifs, les islamistes radicaux. Et nous sommes contre ces actes parce que nous sommes humains, pas selon nos confessions.
Interview de Youssef Seddik philosophe et anthropologue tunisien spécialiste de la Grèce antique et de l'anthropologie du Coran.

Sommons-nous les bouddhistes pour les exactions en Birmanie, les hindous pour les ratonnades en Inde ou les catholiques pour les pensionnats de la honte ou des actes de pédophilie ?

Il s’agit de choses qui transcendent les croyances, les dogmes, qui touche notre humanité.
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
-Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'agneau ; je tette encor ma mère
-Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point. -C'est donc quelqu'un des tiens :
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
Certains ne voient que les symptômes, sans vouloir connaître les causes du mal.
Parce qu’ils sont déjà là les récupérateurs, à lire les sorties de Bart de Wever, d’Alain Destexhe, de Marine Lepen, prêts, prompts à trouver des coupables, arguant qu’il n’y a qu’un seul remède à toutes les maladies.

Les assassinats de Paris ne sont effectivement que des symptômes d’une maladie, mais qui ne peut se réduire à un agent infectieux, en l’occurrence une communauté, comme voudraient nous le faire croire de pitoyables médecins à la Molière.

La démocratie est malade, de nous-mêmes aussi, de nos discours, de nos préjugés, de nos paresses intellectuelles.

S’il y a quelque chose de rampant actuellement, c’est avant tout la stupidité.

Le collectif « ».


PS. Certains réfutent l’idée que nous soyons des Charlie, arguant du fait que nombre de ceux qui arborent maintenant la phrase culte détestaient Charlie Hebdo. Qu’il y ait des hypocrites dans le lot, mais c’est certain. Que d’aucuns l’arborent avec une arrière-pensée raciste, mais c’est bien sûr. Qu’importe. Il s’agit d’un mouvement qui permet d’ouvrir des yeux… faisons en sorte qu’ils restent ouverts.


• Vendredi 09/01/2015 • Version imprimable

Le marché de la batte.

Un récit de ,
présenté par le collectif
 
-       Cela ne te sera pas facile de marcher avec des béquilles !
-       Pourquoi me dis-tu cela?
-       Parce que j'aime passionnément le base-ball.
-       J’ai peur de comprendre. Tu désirais me faire tâter d’une batte ?

-       Putain, oui. Te flinguer les genoux de gros con vicieux, pourri dans la tête. Pourquoi, cela t’étonne.

-       Heu. Oui, plutôt. Qu’est-ce je t’ai fait ? Et tu voudrais faire cela toute seule ?

-       Toute seule. Sans problème, mon couillon. Depuis que la boîte nous a payé des cours de self-défense, je n’ai plus vraiment peur de connards comme toi. Les blondinettes ne sont pas des klettes.

-       Mais bordel, que me reproches-tu ?

-       Tu es mou, lâche. Tu nous emmerdes ! T’es incapable de nous aider, mais tu dois toujours la ramener. Tu ne comprends rien à notre métier, mais tu n’as même pas l’humilité de le reconnaître pour toi-même. C’est fini la fabrique de sucettes. T’es dans du technologique !

-       Mais tu n’as pas peur que je t’enregistre là-maintenant ?

-       Putain ! T’es même capable d’ouvrir correctement un . Alors un enregistreur.

-       Mais je peux te faire payer cela, me plaindre à la direction.

-       Peut-être que oui, peut-être que non. Mais te voir avec des béquilles me contentera. Et puis, on a beau être dans un monde machiste, je pourrais parler de harcèlement. Tout le monde a remarqué ton envie de baver sur mes nichons. T’es l’exemple type du principe de Peter.

Ce n’est pas mon habitude de parler aussi vulgairement et d’émailler mon discours de « putain ». Mais parfois, l’envie me démange d’exprimer toute cette violence que je ressens dans mon milieu professionnel (mais pas uniquement là).
 
D’abord votre conservatisme machiste qui place les femmes au même rang que des potiches. Pour exprimer votre racisme ordinaire, nous vous entendons à longueur de journée critiquer ces religieux orientaux pour qui la femme est un simple objet, mais aucune religion n’y échappe. Et la vôtre encore moins. Dans vos campagnes de pub, qui sont votre bible, la femme n’est qu’un corps à  prendre. (J’entends déjà les commentaires de mes collègues : elle vient avec ces considérations alors qu’elle se promène tous les jours sur ses hauts talons. Hé, c’est ma liberté, point-barre !)
 
Ensuite votre milieu hiérarchisé où le premier et dernier argument est « Je suis le chef ». Toute cette consommation d’énergie, cette destruction de valeur pour satisfaire de petits potentats (répugnants).
 
Il y a aussi votre monde politique qui croit qu’il faut tout donner à l’entreprise. Elle m’a pris un mari et un amant, des années de jeunesse, pour certes un bon salaire, mais à trente-trois ans, je suis seule.

Je me demande (en fait, j’en suis sûre) si pendant tout ce temps, on ne m’a pas leurrée, lavé le cerveau, me poussant à croire au bonheur d’être consommatrice, de se soumettre aux diktats de l’économie et de vivre individuellement ma carrière.
 
Et à lire les commentaires sur les forums,  je ne suis pas la seule à être leurrée. Critiquant grève et grévistes, combien ne jouent-ils pas leur rôle de larbin en se croyant coupables de tous les péchés de la terre qu’il nous faut expier. Il paraît que je coûte cher. Mais, pour rémunérer les actionnaires de ma boite, il faut, paraît-il, cinq fois plus de temps maintenant qu’en 1984.
 
Et pourtant, je reste. Je suis ingénieure-architecte, je pourrais faire autre chose mais je pratique si peu mon art et certainement pas pour le bien d’autrui. Je suis engluée dans ce monde. Que faudrait-il pour que j’en échappe ? Alors, cette violence que j’ai exprimée au début, elle est aussi tournée vers moi. Je m’en veux de cette inaction. Et puis, serait-ce moral de briser les deux genoux à un être aussi laid, frustré et vil ?
 
 


• Mardi 16/12/2014 • Version imprimable

Ce cochon de consommateur (2)

« Arrêtons de croire que l’entrepreneur est la personne qui fait le bonheur économique à croissance exponentielle de notre société de rêve. Arrêtons de croire que c’est lui le créateur de richesses.  Non, c’est cet imbécile de cochon de payant, de consommateur abruti, prêt à lâcher ses picaillons pour n’importe quelle c…...  pour assouvir des besoins qu’il ne savait même pas avoir qui fait tourner la boutique. ».[i]
Trop provocant ?

Il est aisé de comprendre que le capital est la machine et que le consommateur-travailleur est finalement ce carburant qui la fait tourner. Cette machine n’est rien sans carburant. Elle se meurt. (Pour les aigris et les pisse-vinaigre qui viendraient critiquer cette position, nous voudrions rappeler qu’il s’agit d’une chronique, pas d’un traité d’alchimie économique. Précisons également que de dire que le capital est une machine ne rend pas nécessairement ce machin sympathique).

Bien entendu que notre discours est simpliste, mais il est une réponse simple aux positions sans nuance des grands (et de certains petits) patrons[ii], aux politiques et aux citoyens qui s’auto-flagellent, se sentant coupables de tous les maux du monde.

Ainsi, prenons encore une idée simple : la dégressivité du chômage va conduire (va forcer) ses bénéficiaires  à trouver un emploi. Mais s’il n’y a pas d’emploi[iii] ?

Certes, il y a sans aucun doute des personnes qui « profitent » de la non-dégressivité, mais, comme nous l’écrivions dans l’épisode « un » de cette chronique, cet argent n’ira généralement pas alimenter un bas de laine lointain. D’autant que laisser glisser de plus en plus de gens vers la pauvreté[iv] sera source de dépenses ou de conflits, mais c’est peut-être la société que nous désirons pour éteindre notre jalousie.

Les (grosses) entreprises sont-elles prêtes à prendre la porte, à filer à l’anglaise ? Sans doute que oui, elles le feraient pour un quart de centime, si elles n’avaient pas un quelconque intérêt à rester. Elles restent rarement par patriotisme ou par humanité. Faut-il céder à leur chantage ? Sans doute que non, parce que pour paraphraser ce cher Winston  « Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre ». Parce que nombre d’entre elles se comportent en ogre, dévoreur de ressources naturelles, humaines et pécuniaires.

Il faut donc changer de recettes « dogmatiques », d’angle de vue, tant du point de vue du citoyen-consommateur que du citoyen-politique, pour faire comprendre au citoyen-entrepreneur quelles sont les règles du jeu, au risque sinon et alors inéluctable d’une société fracassée, déséquilibrée, anéantie. Si, si, il y a certainement moyen[v] !

Le collectif «  ».

PS. Ces quelques photos pour réfléchir

 


[ii] Cette réflexion de Jérémie Tojerow, dans son article Honte aux salauds de travailleurs en grève, et gloire aux puissants! qui considère que « la situation de certaines PME et indépendants est plus hybride et complexe à classer. Souvent leur apport consiste en leur propre force de travail, les capitaux émanant de tiers (banques etc.). Ils sont aussi souvent dans un rapport de sujétion avec ces tiers et des donneurs d’ordre (sous-traitants etc.) » est intéressante et relativise ce bloc monolithique patronale.

[iv] 15,1 % le nombre de personnes vivant en Belgique sous le seuil de pauvreté. (Ongelijkheid Armoede, Sociale Uitsluiting en de Stad)

[v] Par exemple ceci ? http://www.courrierinternational.com/article/2014/08/05/jon-gnarr-quatre-ans-d-anarchie-quel-bonheur

• Jeudi 11/12/2014 • Version imprimable
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    Vincent Engel est professeur de littérature contemporaine à l’Université de Louvain et d’histoire contemporaine à l’Ihecs. Outre ses travaux de critique littéraire, il poursuit également une réflexion plus générale sur les implications de la deuxième guerre mondiale. Vincent Engel est aussi écrivain.Il est également chroniqueur. Il a publié différents textes sur l'imbroglio Zaventem et nous soutient dans nos actions.

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