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Entre autres choses, vous trouverez ici les chroniques personnelles de Denis Marion. porte-parole de TBBW.
Ses chroniques sont également lisibles sur Blog à part, des chroniqueurs réunis autour de Vincent Engel.
Voyez ci-dessous.

Chroniques d’été : le diable se cache dans les détails.

Une série de chroniques construites sur des propos recueillis ces derniers mois..

[Si peu chronique d’été, j’ai dû arracher la plus grosse partie de mes tomates à l’extérieur. Le trop plein de pluie a eu raison de mes soins. Suivez les aventures du potager sur www.grainesdevie-grez-doiceau.be ]

Une table qui a vécu au nombre d’entailles qui la balafrent. Une théière qui a connu des jours meilleurs.

Une petite blonde, potelée, soupire en reposant sa gazette : « Il ne saurait rien sortir de bon de ces négociations.

-          Que veux-tu dire ? lui demande sa voisine, greluche de « compète ».

-          Les négociations gouvernementales, lui dit la blonde. Des gens préoccupés par les détails quand le monde se meurt.

-          Tu vises la dépression, ironise un jeune clampin, qui semble trop bien mis, comme la greluche, pour être assis à cette table.

-          Elle a raison, bougrement raison,  s’énerve un second clampin, mais l’habit ne fait pas le moine. Les priorités sont mal, très mal définies. Certes, l’identité des gens a son importance et est respectable. Mais cela est vrai à tous les niveaux, pour un quartier comme pour un pays, pour un petit groupe comme pour une communauté. Mais tout cela ne doit pas prendre le pas sur les urgences : climat, pollution, changement de mode de pensée.

-          Il n’empêche que toutes ces négociations sont importantes pour l’avenir de Bruxelles par exemple, rétorque le premier clampin.

-          Peut-être, dit la blonde, mais si la ville ne se réforme pas, les problèmes linguistiques ou les problèmes budgétaires passeront au second plan. Ce sera le fonctionnement même de la ville qui sera remis en question, donc la manière de penser de ses habitants et de ceux qui l’entourent.

-          Je suis assez d’accord, dit en se levant un gars un peu plus âgé. »

En tournant autour de la table, il continue : « Il y a un certain nombre d’éléments, probants ou probables, qui justifient une remise en question de nos manières de fonctionner. Il y a des théories plausibles, se basant sur ces éléments, qui proposent des changements de route.

-          D’accord, mais vouloir tout remettre en question, c’est la révolution, s’indigne la greluche. C’est laisser des gens souffrir de la violence. Trouvez-vous cela acceptable ?

-          Qui vous a dit que c’était une révolution ? La révolution n’est qu’un mouvement en courbe fermée dont le point de retour coïncide avec le point de départ. Il s’agit d’une évolution vers une vie portée plus sur la qualité que la quantité.

-          Ha oui, le fameux « moins de bien, plus de lien » siffle-t-elle. Un truc de bobos… ose-t-elle.

-          Il est de notoriété que le matériel ne vient souvent que suppléer au manque d’affectif, soutient le second clampin.

-          Vous, vous voudriez remettre en question notre confort de vie, remarque le premier.

-          Le problème est là et dans nos têtes. C’est quoi le confort de vie ? Jusqu’où cela va-t-il ? L’éducation, la santé sont des éléments sur lesquels tout le monde s’accorde, mais le reste ?» dit le vieux gars en se rasseyant.

La petite blonde dépose sur la table le journal qu’elle était en traine de lire, boit quelques gorgées de tisane et reprend la parole : « Je viens de lire deux articles intéressants. Tout d’abord, sur les Roms et cette obsession en France de renvoyer chez eux des citoyens européens pourtant libres d’aller et venir sans contrainte, ni contrôle. Tout cela, moins par conviction que par jeu politique, pour empêtrer l’opposition dans un débat soit-disant difficile et détourner l’attention des turpitudes de la majorité.

-          Mais il faut pourtant s’inquiéter de l’insécurité, s’insurge la greluche.

-          Je crois que les patrons des grands groupes cigarettiers ont plus de morts sur la conscience que les assassins que pourraient compter la « communauté » rom, lui assène la blonde

-          Peut-être, mais chacun est libre de fumer ou non.

-          La liberté est relative au vu des trésors d’ingéniosité marketing dont font preuve ces fabricants. N’a-t-il pas fallu supprimer la pub pour leurs produits pour qu’ils se calment. D’ailleurs, si vous voulez un autre exemple, prenons le patron de BP.

-          Discours facile, se moque alors le premier clampin. Les coups pour les patrons, pour ceux qui entreprennent.

-          Ai-je dit cela ?

-          Non.

-          D’ailleurs, votre réflexion cadre parfaitement avec le second article sur le mouvement des « tea parties »[1]. Ces gens combattent aux Etats-Unis soi-disant pour la liberté, contre la loi sur l’assurance-maladie, contre les réglementations sur le CO², pour le conservatisme.

-          C’est quand même bien leur droit, réplique la greluche.

-          Certes, concède la blonde, mais dans quelle mesure ces combats sont-ils humanistement légitimes ? Dans quelles mesures ne sont-ils pas le résultat d’une information manipulée pour servir uniquement des intérêts financiers ? On cite dans cet article des milliardaires texans, investis dans le pétrole, qui ont tout intérêt que la réglementation leur soit favorable. Obama, pourtant déjà assez laxiste, ne l’est pas suffisamment à leurs yeux. Mais j’aime beaucoup ce que répondent les gens quand on en parle. Je cite « Les frères Koch financent tant d'organisations et campagnes diverses qu’on appelle leur réseau « Kochtopus », rapporte le New Yorker. Au total, ils ont déjà donné plus de 100 millions de dollars aux causes de droite… qui sont aussi souvent celles de leurs entreprises, résume le magazine. Parmi les opposants aux Tea Parties, cela commence à se savoir : « Glenn Beck et tous les simples gens qui le suivent ne font que servir les intérêts de la grande industrie » nous disaient de nombreux critiques, écœurés ce week-end à Washington. Mais les « simples gens » en question refusent obstinément de voir cette évidence : « Ceux qui nous manipulent, c’est le gouvernement, avec Obama à sa tête, répondent-ils. Et s’il y a des riches qui nous soutiennent, tant mieux. C’est la grandeur de l’Amérique que de permettre à chacun de faire fortune… » 

-          C’est la grandeur de l’Amérique que de permettre à chacun de faire fortune… Je trouve cela une belle phrase, pense tout haut le premier clampin.

-          A quel prix ? observe le second. Je serais curieux de connaître l’avis des Inuits ou des habitants de Tuvalu, ou de leurs employés

-          Mais il faut créer de la richesse, avant de redistribuer, s’énerve le premier, paraphrasant Dominique Strauss-Kahn.

-          Peut-être, mais tout dépend ce que vous mettez dedans.

-          Et nous voilà revenu au point de départ, rigole la petite blonde potelée. La richesse de certains et la pauvreté des autres, de la planète aussi. »

 

Moi pendant ce temps-là, je me disais que s’il y a des têtes bien faites, il y en a encore plus qui sont bien pleines et que beaucoup de ceux qui prétendent défendre la liberté ne le font que pour justifier leurs excès.

 
Denis Marion
Entrepreneur sans but lucratif.
 

Par chercheinfo • Jeudi 02/09/2010 • Version imprimable

La décroissance, une idée qui chemine sous la récession

Avec la crise écologique s’impose peu à peu la nécessité de définir le progrès humain autrement que par le productivisme et la confiance aveugle dans l’avancée des sciences et des techniques. En France, les penseurs et militants de la décroissance, qui prônent un mode de vie plus simple et plus riche de sens, voient ainsi croître leur audience, tant auprès des partis de la gauche antilibérale que parmi le grand public. Ils représentent pourtant des sensibilités politiques et philosophiques très diverses.

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Par chercheinfo • Lundi 30/08/2010 • Version imprimable

Chroniques d’été : un ringard, remueur de choses.

Une série de chroniques construites sur des propos recueillis ces derniers mois..
 
Un champ de bleuets (faux) et de coquelicots (vrais), une brise douce et l’ombre d’un pommier sauvage, une légère odeur de tabac douceâtre…
 
Une jeune femme en pantalon bouffant, arc-en-ciel, dit en pouffant « Je viens de signer une pétition pour sauver la chronique quotidienne de Paul Hermant sur la RTBF. Moi aussi, répond sa voisine plus courtement mais sobrement vêtue. »
-          Pourquoi faut-il toujours que ces moments de poésie disparaissent, reprend la première.
-          Parce que c’est ringard, s’exprime le petit gros
-          Ringard, s’étonnent les deux femmes.
-          Ringard, selon une journaliste du Soir, je précise.
-          Merde, je suis une ringarde, s’inquiète faussement la courtement vêtue en tirant un taf.
-          Selon ce que j’ai lu, elle, ou ses amis, lui reproche d’être arriviste, poujadiste, donneur de leçons, poursuit le gros en reprenant le pétard.
-          C’est quoi ce délire, s’étonne sans pouffer le pantalon bouffant. J’aime donner des leçons. Quand une bobonne sort son gosse côté rue quand je passe en vélo, je ne m’interdis pas de la traiter d’idiote, poliment. Je ne dis pas grosse conne.
-          Poujadiste aussi, dit la seconde. Mais il n’est pas politique. Arriviste, avec son discours ? Purée. Il y en a qui sont frustrés.
-          En fait, reprend le gros, elle voudrait que Matin Première devienne moins institutionnelle, moins politique, moins « ronflante ».
-          Peut-être qu’elle ne comprend pas tous les mots ? demande l’humoriste de service.
-          Elle fait aussi le parallèle avec Blabla.
-          Blabla, comme blablater ?
-          Blabla, comme l’émission enfantine, interviens-je dans le débat. Et qu’est-ce qu’elle en dit ?
-          Que les gosses trouvent cela soi-disant nul.
-          Et quelle daube, ils aiment ? demande l’humoriste. Perso, je trouve qu’une télévision n’est pas là pour bourrer les mômes avec des conneries, mais avec des programmes un minimum de sens.
-          T’as raison. Merde, je ne suis pas une mère la pudeur, mais les trucs véhiculés par certaines émissions pour gosses m’énervent. En plus, pour Blabla, j’ai lu que c’était pour foutre de la pub en plus. Faut-il au nom de je ne sais quel principe toujours suivre les penchants des "gens"? Les gosses n'aiment plus marcher, faut-il accepter qu'ils deviennent culs de jatte? Ils préfèrent bouffer Quick. Donnons-leur cela à bouffer jusqu’à ce que couic s’en suive, s’énerve, en croisant ses jolies cuisses, courtement vêtue, élevée au bio végétarien.
-          Tout cela me laisse perplexe, dis-je. Je revendique cette ringardise... J'aime ces chroniques soi-disant nulles, vieillottes, ... Elles sont, à tout le moins, bien écrites, bien dites et bien pensées. Que l'on donne des leçons, mais oui. Le monde a besoin de coup de pieds au cul, fussent-ils feutrés et administrés avec politesse. Je les donne avec moins de talent et de délicatesse dans mes chroniques personnelles, mais j'estime avoir le droit de les donner. Accusez-moi de ringardise. Je m'en délecte.
-          Je suis d’accord avec toi, dit le gros en riant. Elle permet un tant soit peu de rester hors du moule que nous impose le formatage médiatique. Virez la pub. Donnez à penser. « Rendre la tranche moins institutionnelle, moins politique, moins ronflante ». Au nom de quoi? Du penchant du citoyen à se désintéresser de son état. Fourguons-lui des jeux et du pain, mais certainement pas de quoi alimenter son cerveau. C’est ça ?
-          Cela me fait penser à une collègue, s’exclame la première fille. Elle refuse tout contrôle social, estimant que personne n’a à lui dire que faire, que seul un flic, peut-être, mais en même temps, elle se plaint de l’évolution de la société.
-          Je suis d’accord avec elle, répond la seconde, si le contrôle s’exerce sur mes mœurs ou ma manière de vivre. Mais il y a des sujets où l’on peut ou doit dire ce que l’on pense si on désapprouve. Tiens, le gus qui hier virait son cendrier sur le parking, je l’ai quand même traité de salopiau.
-          Ha, oui, se marre le gros. Il en chiait des barres. Surtout qu’il bavait devant toi.
-          Il peut aller se faire voir. Porsche, ça commence comme porcherie. Mais je ne suis pas la seule ici à interpeller mes concitoyens qui s’asseye sur les principes.
-          Peut-être, dis-je, mais tu es quand même la seule qui as voulu ramener une bobonne à son 4x4 pour qu’elle le gare correctement. Et tu n’oublies quand même pas quand tu as voulu passer au-dessus d’une voiture parce qu’elle était garée sur un passage pour piétons.
-          Hé, c’est des vieilles histoires. N’empêche que je me souviens encore de la tête du conducteur qui s’est énervé, surtout que tout le monde s’est mis avec moi.
-          Moi, je trouve, estime pantalon bouffant, qu’à force de fermer sa bouche, on laisse passer des choses qui témoignent d’un irrespect certain pour autrui ou d’une indifférence totale pour sa communauté.
-          En conclusion, rigole le gros, certains d’entre nous sont des anarchistes ringards qui voudraient que le monde se respecte et qui sont prêts à la violence verbale.
-          Violence verbale, quand même pas toujours, lui répond courtement vêtue. Hier, j’ai quand même demandé poliment à monsieur porcherie si sa seigneurie voulait bien ramasser ses détritus. Salopiau n’est venu que plus tard.
-          Alors, pour toi, ce sera double dose de Paul Hermant, conseille l’humoriste. Histoire d’affiner ton vocabulaire.
-          Ho, oui !
 
Pendant ce temps-là, le soleil se couchait sur Nethen. On entendait au loin le son d’une guitare. Sans doute, près d’un feu. Cela doit être ringard cela aussi.
 
Cinq rigolos, autour d’un brasero
Ecoutaient à la radio
Des pubs, le mortel ennui
Et de leur plaisir, un véritable déni.
 
Denis Marion
Entrepreneur sans but lucratif.
 
Ringard: (Métallurgie) Barre de fer qui sert à remuer le charbon ardent, le métal en fusion ou les scories.
On perce avec un ringard le trou du creuset… et le métal s’écoule. — (Gaspard Monge, Description de l’art de fabriquer des canons 1793/94)
 

Par chercheinfo • Jeudi 26/08/2010 • Version imprimable

Chroniques d’été : de l’utilité de la tomate carrée.

Une série de chroniques construites sur des propos recueillis ces derniers mois..
 
« Avez-vous lu cet article dans « L’Avenir » sur les OGM ? » demande la jeune femme à ses voisins de table dans une brasserie bon chic, bon genre.
-          Quel article ? s’enquiert le gros.
-          Celui sur les faucheurs volontaires de vignes OGM.
-          Pourquoi ? Ils n’aiment pas le vin ? s’exclame un quinqua grisonnant, amateur de Bordeaux.
-          Attendez, je vous en lis quelques phases… "Nous avons agi dans la non-violence, à visage découvert. L'argent public finance les OGM, ces essais s'effectuent en plein champs et nous n'en voulons pas", avait déclaré à l'aube Olivier Florent, l'un des faucheurs volontaires. Jean Masson, le président de l'unité de Colmar de l'Inra, a porté plainte. "C'est gravissime pour la recherche. On travaille pour un établissement public et ces malades viennent tout détruire. Ils empêchent la connaissance d'avancer, c'est tout ce qu'ils font", a-t-il dit, atterré. "Ils se prétendent bio mais ils ouvrent tout grand la porte à ce qu'ils rejettent, aux grandes multinationales qui imposent l'utilisation des OGM", a-t-il ajouté
-          Personnellement, je comprends la position du directeur, s’enflamme une femme, genre asparagus citrus. Ils se sont attaqués à son outil de travail.
-          Je trouve aussi, poursuit le quinqua, faisant les yeux doux à l’asparagus. Nous avons besoin de cette recherche pour rester dans le top.
-          Je comprends ce besoin de faire avancer la connaissance, convient la jeune femme. Mais ces essais en plein air sont-ils inoffensifs. Je ne suis pas une spécialiste, mais n’y a-t-il pas un risque ?
Le gros ne dit rien, mais il semble tomber dans un effarement manifeste.
-          Vous avez raison, conférence doctement l’asparagus. Il y a trop de gens qui ne sont pas spécialistes qui se mêlent de ce genre de débat. Il faut faire confiance aux scientifiques et à leur neutralité.
-          il est peut-être temps de vivre avec son temps. Nous ne sommes plus au temps des diligences. L'obscurantisme a encore de belles années devant lui, renforce le quinqua requinqué dans un élan amical.
-          Je ne suis pas d’accord, s’exclame alors un petit monsieur qui jusqu’alors s’était tu. Nous savons bien que l’objectivité est vite balayée par l’argent.
-          Ne seriez-vous pas insultant pour ces scientifiques ?
-          Du tout. Je prends un seul exemple : la grippe H1N1 et les relations entre les conseillers et les firmes pharmaceutiques. Je ne dis pas par là que tous les scientifiques sont malhonnêtes, loin de là, mais des conflits d’intérêts existent bien souvent. Votre directeur a peut-être tout simplement besoin de ces études pour faire fonctionner sa boîte. Ne soyez pas naïve.
-          Je suis certainement moins naïve que tous écolos faucheurs et glandeurs qui refusent le progrès, s’enflamme asparagus.
-          Glandeurs peut-être, lui répond le petit vieux, mais nombreux sont ceux qui ont des études de haut niveau. J’en connais plus d’un qui sont agronomes ou ingénieurs, médecin…
-          Ils se font payer des études, mais le rendent bien mal à la société, s’indigne Mister Quinqua.
-          Je ne crois pas, intervient enfin le gros. Ils exercent à mon sens une vigilance nécessaire.
-          Une vigilance ?
-          Prenez le colza. Les opposants à ces variétés OGM ont régulièrement insisté sur la dissémination dans la nature. Les firmes productrices, certains états, des gens leur ont ri au nez. Mais voilà, ils avaient mille fois raisons. 86 % des plants de colza collectés au bord des routes du Dakota du Nord se sont révélés être porteurs d'au moins un gène conférant une capacité de résistance à un herbicide total. Deux de ces plants revenus à l'état "sauvage" portaient chacun deux gènes de protection contre le Roundup commercialisé par Monsanto, mais aussi contre le glufosinate, un herbicide produit notamment par Bayer. Or un tel colza "double résistance" n'existe pas dans le commerce. Cela signifie que des croisements dans la nature ont "inventé" un nouvel OGM.[1]
-          Allons. Pourquoi s’alarmer ? L’hybridation a toujours été une chose naturelle.
-          Naturelle à un certain point. Le colza peut s'hybrider naturellement avec une dizaine de mauvaises herbes présentes sur le sol américain. Il paraît inévitable que des croisements confèrent à ces indésirables une protection contre les herbicides et le contrôle de ces mauvaises herbes demandera l'utilisation d'une combinaison d'herbicides.
-          Mais c’est aux Etats-Unis, rétorque asparagus.
-          Ben tiens, la reprend le petit monsieur. Cela ne peut pas arriver chez nous peut-être ? Comme naïve, vous vous posez un peu là. Vous devez sans doute être convaincue que les agrocarburants vont remplir le réservoir de votre voiture.
-          Je trouve, intervient la jeune femme, qu’il faut être prudent en ces matières. Ces recherches doivent se tenir en laboratoire, pas en plein champs.
-          Pourquoi croyez-vous que les Haïtiens ont refusé le cadeau de Monsanto de tonnes de semences transgéniques ? Ils ne veulent se faire emporter dans ce tourbillon, continue le gros sur sa lancée.
-          Bien ingrats, je trouve, estime le quinqua.
-          L’expérience d’Indiens ou d’Africains les a amenés à refuser ce cadeau empoisonné, dit le gros
-          Vous avez peur de revenir aux diligences. Mais si vous n’êtes pas vigilants, ce sera un retour à la barbarie ou à une dictature, un monopole sur la nourriture. Respectons le scientifique, mais exerçons notre critique. Ne versons pas dans ce scientisme ou ce techno-scientisme qui devrait nous sauver. Il y a souvent d’autres solutions autres que techniques aux problèmes que nous rencontrons, mais ces solutions vous renverront à vos manières de vivre, à vos égoïsmes, s’énerve maintenant le petit vieux.
-          Calmez-vous, se moque le quinqua. Vous allez nous faire un malaise. Ha, c’est gai, ces conversations avec vous. Toujours dans la sentence ou la morale.
-          Peut-être pour ceux qui n’en ont pas assez.
 
Moi, pendant ce temps-là, je lisais un article sur les centaines de sortes de tomates. C’est franchement joli, toutes ces formes et ces couleurs. Mais aucune n’est carrée pour la ranger rationnellement.

Denis Marion, Entrepreneur sans but lucratif. 
 
 

[1] Entre autres repris dans Le Monde

Par chercheinfo • Jeudi 19/08/2010 • Version imprimable

Chroniques d'été: la douceur de la rupinité

Une série de chroniques construites sur des propos recueillis ces derniers mois.
 
Le parvis d’une ancienne école communale… Les gens essuient les derniers feux du jour et d’une réunion mouvementée.
« Il est nécessaire de conserver le caractère rural de nos villages, ré assène encore et toujours la même dame chic. C’est pour cela que nous sommes venus nous installer ici.
-          Mais êtes-vous proche du monde rural ? demande perfidement un chevelu.
-          Je ne suis pas agricultrice mais là n’est pas la question. Je peux apprécier la beauté et le calme de la campagne.
-          Donc, pour vous, la campagne est synonyme de calme et de beauté ?
-          Mais bien entendu. Loin du vacarme des villes et de la circulation.
-          Mais, vous vous rendez régulièrement en ville? 
-           Moi pas, mais mon mari tous les jours. Moi, je n’y vais que pour les expositions ou le théâtre.
-          Ha !
-          La campagne offre ce repos dont nous devrions tous jouir.  Et puis, il y a le charme de nos villages. Prenez B…[1], un très bel exemple de village rural, protégé par un RGBSR[2].
-          RGBSR, ha oui ! Le règlement général pour des bâtisses sans réflexion…
-          Mais enfin, ce sont quand même de beaux bâtiments.
-          Oui, des imitations de fermettes pour les bourrins fortunés.
-          Je ne peux pas vous suivre. Il y a encore des fermes, des champs, des prés. Tout cela fait la ruralité.
-          Bien entendu que cela est rural, mais cela ne fait pas la ruralité de votre village. D’abord, on pourrait se poser la question sur le caractère agricole ou industriel de certains élevages, mais surtout, on ne peut constater que les habitants de votre village ont autant de relation avec la terre que j’en ai avec Albert.
-          Albert ?
-          Ben oui, Albert II avec lequel je ne suis guère intime. Comptez les potagers, les vergers. Il n’en reste plus guère. De la pelouse et des conifères, oui, mais pour le reste, rien. D’ailleurs, je suis sûr qu’il y a plus de canassons que de poules pondeuses. Autant de diversité qu’un parking de grande surface.
-          Mais la ruralité, c’est aussi la convivialité.
-          Faut pas croire que tous les culs-terreux sont des amitieux. J’en ai connu des hargneux, bas de plafond. De toute façon, c’est grilles automatiques et chasse aux piétons dans ce bled. Tout au plus sortent-ils les tentes pour la ducasse, pour mieux se disputer entre organisateurs.
-          De toute façon, vous avez beau me contredire. Je suis pour la défense de la ruralité. Calme quiétude et protection des paysages. Il est hors de question d’avoir des corons au fond de mon jardin.
-          Je comprends. Prime au primo arrivant. Vous avez pu faire vos merdes, mais vous l’interdisez aux autres. Belle mentalité.
 
 
Moi, pendant ce temps-là, je compte les 4X4 de luxe qui passent. Je suis sûr qu’ils en passent plus que de vaches… laitières. Ha, l’odeur de la bouse de vache authentique et de fermière accorte comme dirait mon parrain.
 
 Denis Marion, entrepreneur sans but lucratif.
 

Par chercheinfo • Jeudi 12/08/2010 • Version imprimable

Chroniques d’été : aux petits industrieux.

Une série de chroniques construites sur des propos recueillis ces derniers mois.
Le trottoir est encore un endroit où l’on cause, parfois philosophiquement, des grains à venir et des orages d’hier.

« Hé bien, dit le maigre, je ne suis guère optimiste. Je viens de lire un article qui dit que BP n’est pas la seule pomme pourrie. Ho, ho, répond le gros, pas d’anti-industrie primaire. Cela a été certainement écrit dans un journal écolo.
- Pas du tout, répond le premier, c’est dans un journal financier. Et c’est un professeur de droit qui causait[1].
- Mais vous ne pouvez pas mettre tout le monde dans le même panier.
- Ce professeur disait qu’après la catastrophe de l’Exxon Valdez, La commission d’enquête avait déterminé qu’une culture de «complaisance, négligence et corruption» au sein d’Alyeska avait créé les conditions de l’accident et que rien n’a changé en 20 ans.
- Ouais, facile. Ce n’est pas parce que BP a failli que tous les industriels font de même. De toute façon, t’es bien content d’avoir du carburant pour ta bagnole.
- Peut-être, mais quand même pas à n’importe quel prix.
- De toute façon, on roulera tous bientôt en voiture électrique.
- Je ne sais pas. Il faudra bien produire de l’électricité. Et je ne pense pas que les énergies renouvelables couvriront les besoins.
- Bah, il y a bien le nucléaire. Il y a de l’uranium encore pour des siècles.
- Et des crasses à traiter pour des millénaires.
- Il y aura des progrès techniques.
- Ne me fais pas rire. Tu connais la centrale de Brennilis ?[2]
- C’est quoi. Un truc en Russie?
- Non, une centrale en plein cœur du pays d’Astérix. Elle doit être démantelée et le chantier traîne depuis 1985. Et d’après le Canard Enchainé, cela durera encore et coûtera un pont. Ils ne savent pas trop commenta faire finalement.
- Bah, ils provisionnent des sommes pour cela.
- Placées en bourse sans doute[3]. Fondront comme neige au soleil.
- Il faut avoir plus confiance. Tous ces gens sont des hommes et des femmes responsables qui essayent de rendre notre société plus agréable.
- Et les sables bitumeux pour récupérer le pétrole, c’est bon pour les rivières peut-être ?
- Tu vois tout en noir. Il y a un boom économique en Ontario.
- Oui et des territoires foutus pour des siècles pour un résultat énergétique quasi nul.
- Bon, on ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs. Le monde n’est parfait.
- Peut-être, mais ils ne font pas grand-chose pour y tendre. Tiens, les nanotechnologies…
- Tu ne vas pas commencer avec ça. Quoi ? C’est aussi un truc dangereux pour l’environnement, peut-être ?
- Cela peut être utile pour la médecine, mais maintenant on en fout partout, dans les produits de beauté, les fringues, des tonnes de ces nanotubes. Même pour faire des puces RYFD microscopiques qui permettront de te suivre à la trace.
- Allez, ne sois pas parano. On dirait que tu rejettes tout progrès.
- Non, mais quand je lis que le nanotube sera l’amiante du vingt-et-un nième siècle, je trouve normal de m’inquiéter. Cela ne te fait rien.
- Pas de catastrophisme. Sinon, on arrête de vivre.
- T’inquiète. Au train où cela va, le débat sera vite clos.

Pendant ce temps-là, en les écoutant, je regardais une jolie fille passer avec son bébé.

Propos recueilli par Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif.
 
 
 

[1] Zygmunt Plater, professeur de droit de l’environnement au Boston College, a présidé l’enquête légale suite au naufrage du pétrolier Exxon Valdez en Alaska en 1989. Il ne mâche pas ses mots concernant la catastrophe de Deepwater Horizon... et l’ensemble de l’industrie pétrolière.


Par chercheinfo • Lundi 02/08/2010 • Version imprimable

Chroniques d’été : le gros dégueulasse.

Une série de chroniques construites sur des propos recueillis ces derniers mois.
 
« Dites-moi les petits choux ! demandait mon vieil ami, à froid, sur la terrasse plutôt brûlante d’un café, Que feriez-vous si vous surpreniez un particulier déposer ses détritus en pleine campagne ?
-          Moi, je ne ferais rien. J’aurais trop peur de recevoir un mauvais coup, répondit le courageux de service.
-          Ce ne sont pas mes oignons. A la commune ou à la police de traiter ce genre de délinquance, continua son cousin.
-          Donc, si je vous comprends bien, cela ne vous gêne pas qu’un gros dégueulasse laisse ses crasses au milieu des chemins.
-          Si, si, mais que veux-tu faire ? Ce serait bien que la police soit plus souvent présente pour prévenir ou régler ces incivilités.
-          Parce que tu crois que la police va effectuer des patrouilles sur tous les chemins de campagne pour épingler les jeteurs de détritus ? Tu rêves !
-          En tout état de cause, s’indigne un gars près de ses sous, c’est nous qui payons. Quand il faut nettoyer, c’est avec nos impôts.
-          Bon, tu nous poses la question, mais qu’aurais-tu fait, toi, dans ce cas-là ? demande notre courageux de service.
-          Ben, oui, qu’aurais-tu fait ? enchaine son cousin.
-          Là, dernièrement, j’ai été confronté à cela et je n’ai rien fait.
-          Tu vois bien. Tu n’as rien fait. C’est beau de donner des leçons.
-          Je n’ai rien parce que j’étais à pied. J’étais même trop loin pour lire le numéro de sa bagnole. J’aurais été motorisé, je le bloquais et m’expliquais avec lui.
-          T’as pas les chocottes ?
-          Bah, avec un merlin dans mes mains, j’ai des arguments. Mais bon, ça pas été le cas. Et le soir, la tempête avait emporté tout dans les champs. Tu retrouveras toutes ces merdes dans les récoltes. Enfoiré de gros dégueulasse.
-          Maintenant, faut dire… Ce n’est pas pour prendre sa défense, mais quand même les déchets, c’est quand même une corvée, se plaint l’homme près de ses sous. Les sacs poubelles, ce n’est pas bon marché. Il faut aller au parc à conteneurs pour se débarrasser des tontes de pelouses ou de haies. Il y a des communes qui organisent des broyages à domicile.
-          Je ne vois pourquoi, s’indigne une petite voix, mes impôts payeraient pour vos choix de cultures. Vous n’avez qu’à composter.
-          Oui, mais c’est beaucoup trop.
-          Retournez votre pelouse pour en faire un potager. Faites-en une prairie fleurie. Liquidez vos affreuses haies de thuyas. Vous ne voulez pas que l’administration communale vienne faire votre ménage. C’est fou le nombre de gens comme vous qui s’installent à la campagne, veulent des jardins, puis qui se plaignent. D’ailleurs, je serais partisane d’une taxe sur les pelouses.
-          Mais il y a les personnes âgées et celles sans voiture.
-          Ha oui, les vieux. Ils vous intéressent parfois les vieux, quand il s’agit de justifier des mesures qui pourraient vous être profitables.
-          Je trouve que vous exagérez, s’indigne le courageux de service. Le citoyen fait ce qu’il peut. Il trie ses déchets, va au parc à conteneurs. Je trouve aussi que les autorités et les fabricants devraient faire un effort.
-          Et bien, je ne suis pas d’accord, tonne mon vieil ami. C’est vous qui choisissez ce que vous consommez et donc la masse de crasse que vous devez éliminer. Regardez vos poubelles. Elles sont peut-être triées, mais elles sont pleines, bien pleines. Des tonnes de bouteilles et de canettes, pour vos enfants obèses. Des trucs suremballés. Des barquettes de fruits. Des tonnes de trucs que vous pourriez ne pas acheter ou pas comme ça.
-          Mais avec toi, tout est simple. Et puis les enfants…
-          C’est vous qui les éduquez ou non, vos gosses, ou le marketing de Coca ?
-          Faites vos choix, reprend la petite voix. Vos poubelles sont des témoins de votre façon de vivre. Assumez-les. Allez voir au parc à containers au mois de septembre tous les jouets de plein air jetés, tous ces trucs en plastoc qui n’ont pas tenu deux semaines.
 
Moi, pendant ce temps-là, je comptais les papiers qui jonchaient le sol.
 
Propos recueilli par Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif.

Par chercheinfo • Mercredi 28/07/2010 • Version imprimable

Chroniques d’été : « Nous sommes en guerre »

Une série de chroniques construites sur des propos recueillis ces derniers mois.

« Nous sommes en guerre ! » Voilà ce qu’assenait dernièrement un vieil ami lors d’une réunion dégustative. Interloqués qu’ils étaient les convives, surpris la fourchette à la bouche ou le verre aux lèvres.
-          En guerre contre quoi ? a demandé un premier.
-          Encore contre une pollution quelconque ? » a poursuivi un second.
 
Il est exact que ce pote est de tous les combats, contre les OGM, contre les ondes, contre les centrales nucléaires, contre par principe presque… Cependant, il ne parlait pas de ce genre de guerre. Il parlait d’une « vraie » guerre, pour autant qu’il y en ait de fausses. Il en fût de drôles, c’est vrai. Une vraie guerre menée par la Belgique (et quelques autres) en Afghanistan.
Mais entonnait le chœur des convives, « Nous ne sommes pas en guerre.
-          Mais qu’est-ce d’autre quand on envoie des avions pour lâcher des bombinettes sur la tête des gens, répondit notre vieil ami (guère plus âgé que moi). Un tir aux pipes à la foire du Midi ? 
-          Mais c’est pour lutter contre le terrorisme, lâcha un gars qui depuis le début essayait d’avoir l’air intelligent. C’est une opération de police contre des terroristes.
-          Et puis, ces talibans ont des mœurs affreuses à l’égard des femmes » échotait sa voisine. 
 
Alors une petite voix se leva « Croyez-vous sincèrement que nous sommes là pour les mœurs affreuses de ces religions ? Avec nos ploucs, nous serions alors partout, et aussi chez nous, pour combattre ces habitudes d’un autre âge. Si c’est pour combattre le terrorisme, nous devrions courir le monde pour éradiquer ce mal… selon le point de vue où l’on se place. N’y aurait-il pas des motifs plus géostratégiques ou simplement économiques ? Ne vient-on pas de dire que l'Afghanistan serait assis sur un trésor de minerais ? Pourquoi y trouve-t-on tant d’investisseurs indiens et chinois? C’est bien une guerre, mais sans doute, sans beaucoup de bonne raisons. »
-          « Mais n’apportons-nous pas la démocratie ? » questionna alors un bien pensant.
-          « Démocratie, mon cul » répondit clairement et fortement le compagnon de la petite voix. 
 
Mon vieil ami reprit son discours interrompu « Si demain, des Afghans, que l’on estime si peu réfugiés et bien légitimement expulsables parce que l’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, si demain, donc, ils se mettaient à faire la guerre ici, que diriez-vous ? Que ce n’est pas de jeu ? Que le terrain des affrontements est là-bas, pas ici. Quelle c…. ! «   
-          C’est une idiotie, repris la petite voix, de croire que la violence s’éradique de cette manière. Il y a peu d’exemples où un pouvoir est venu à bout de ces insurrections, surtout un pouvoir corrompu. 
-          Alors, faut-il laisser tout faire ? N’a-t-on pas un devoir d’ingérence ?  s’indigna un fidèle de Kouchner.
-          Ingérence et intérêt commencent avec les mêmes lettres, répondit mon vieil ami. D’ailleurs, de quel droit pouvons-nous considérer ces Talibans comme plus dangereux pour la planète que les dirigeants de BP, de Monsanto ou nous-mêmes ? Les Tuvaluans, les Gilbertins ou les Inuits seraient sans doute en droit de nous demander des comptes sur nos comportements violents ? 
-          Je suis désolée. Je ne vois pas en quoi je suis violente, s’indigna une péronnelle.
-          Deux ou trois voyages en avions pour te faire rôtir les miches te rendent aussi coupable qu’un terroriste endurci… et tes poubelles seront un facteur aggravant ».
-          Mais je les trie.
-          La belle affaire, avant de trier, il t’a fallu piller ! »
 
« N’exagérez donc pas. Nous ne sommes pas des pilleurs, recommença un des premiers contradicteurs. Et pour revenir aux Talibans, leur mode de vie n’est guère sympathique.
-          J’en conviens, leurs mœurs sont par trop rétrogrades. Mais sont-elles à ce point si éloignées de certains fondamentalismes chrétiens. Ils ont plus de ressemblances avec Sarah Pallin que j’en ai avec elle. La différence réside plus dans leur mode de vie et là, c’est certainement Sarah Pallin qui est la plus dangereuse. »
 
Pendant ces échanges, je regardais dans mon verre de vin la couleur du sang perdu.
 
Propos recueilli par Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif.

Par chercheinfo • Mardi 20/07/2010 • Version imprimable

Les flatulences du sport.

La coupe du monde en Afrique du sud, c’est l’équivalent des émissions de CO² de 200.000 Belges pendant un an.[1] Avec cela, tout est dit.
 
Si je reviens en passant là-dessus, c’est parce qu’un lecteur m’a interpellé sur mon manque de respect pour le Sport et le foot en particulier[2]. Je n’ai rien en particulier contre le sport. C’est comme une religion. Tant qu’il n’exerce aucune influence sur les gens qui n’y adhèrent pas, il n’y a pas de souci. Mais le sport, comme la religion dans une certaine mesure, ne conserve pas cette neutralité. Il y a des gugusses qui souhaiteraient qu’en 2018, les états belges et hollandais consacrent de l’argent à une concentration de fans du ballon rond. No Way. Arrêtons ce cirque.
 
Je peux concevoir que le sport d’équipe soit une école de vie pour des jeunes, comme peuvent l’être des mouvements de jeunesse ou des groupements de découverte de la nature, de la citoyenneté. Pour le reste, le sport n’a pas plus beaucoup de vertus formatrices et ne sert plus à grand chose, si ce n’est à l’étude clinique des injections de substance, pour établir la meilleure manière de dépenser un pognon dingue ou d’être désagréable avec autrui. Et dans ses « grands messes », il serait plutôt néfaste à l’environnement, à la vie sociale et aux budgets des états.
 
Certes, diront certains esprits joyeux, tout cela est peut –être vrai, mais il faut tenir compte de l’impact positif pour le pays organisateur et pour le pays victorieux. J’ai déjà dit tous mes doutes dans une précédente chronique sur les retombées pour la population sud-africaine. Pour l’Espagne, beaucoup sont convaincus que cela fera revenir les investisseurs. (On pourrait douter de la saine gestion d’un entrepreneur pour qui une victoire sportive invaliderait les résultats d’une analyse économique.) Ainsi donc, une manifestation payée par des Africains, financée en partie par la dégradation du climat, profiterait à un seul pays, gagnant d’un gros lot. Je trouverais très sain d’attribuer les 2, 8 millions de CO² émis à l’Espagne. Repartir avec la coupe et les crasses qui vont avec donnerait à réfléchir.
 
Il est donc temps qu’en matière de sport, nous arrêtions de délirer… et que nous devenions cohérents.  La réduction des gaz à effets de serre passe aussi par la suppression des allers-retours des élus  en avion pour un match de foot. J’ai déjà parlé des cyclistes, mais il y a aussi les skieurs et les joueurs de golf[3] et tous les autres. Quand un j’entends un fondu du motocross se plaindre, à la fermeture d’un terrain privé, squatté par ses semblables, du manque d’intérêt des autorités pour leur sport, je dis « Basta, la coupe est pleine ». Mes impôts n’ont pas à financer cette prédation. En fait, la solution serait, comme pour d’autres domaines, la relocalisation. Plutôt les provinciales que la ligue des champions.
 
Repenser les sports comme une industrie polluante[4] permettrait de déterminer l’acceptable en la matière. Et pour ceux qui entreraient dans ces critères d’acceptabilité, penser à les relocaliser serait la seconde étape.
 
Encore un doux rêve.
 
Denis MARION
 
Entrepreneur sans but lucratif.

Par chercheinfo • Mardi 13/07/2010 • Version imprimable

Air chaud et jambes épilées.

A Beauvechain, 60.000 gugusses ont passé leur week-end, à observer des bourrins faire des culbutes plutôt que de s’envoyer en l’air, 40.000 de moins que prévu. Mais même à 100.000, cela ferait un peu trop de CO² lâché dans l’air par tête de pipe. L’Air Show ne se sent pas concerné par sa pollution manifeste et ce n’est pas les ho et les ha de l’assistance qui compensent les émissions de gaz à effet de serre. Le Tour du Flanc, c’est le même. Treize cents bagnoles pour quelques cyclistes, cela fait cher en pollution le coup de pédale[1] et la minute de spectacle. Ne parlons pas des coupes de foot et des championnats de F1. Le pétrole se perd dans les océans et se gaspille dans l’air…
Qu’importe ! Dehors les rabat-joie. Nous nous amusons, c’est bien notre droit. Brulons l’or noir jusqu’à sa dernière goutte.
 
Mais la dernière goutte est peut-être bien plus proche que nous pensons. Même les huiles du Pentagone américain s’inquiètent.
Un rapport préparé par le haut commandement unifié des forces étasuniennes, publié par le Guardian de Londres la semaine dernière, conclut que la planète aura dépassé le «pic pétrolier» d'ici deux ou trois ans, ce qui va engendrer une pression sur les prix. Ceux-ci devraient se stabiliser autour de 100 $ le baril. Selon ce rapport, l'essentiel de la pression sur la demande proviendra de pays comme la Chine et l'Inde.
Le Pentagone estime que le ralentissement de la production mondiale frappera surtout les pays dont l'économie est fragile, ce qui risque d'exacerber les tensions politiques actuelles et de frapper durement l'économie de la Chine et de l'Inde.
L'Agence internationale de l'énergie ne partage pas le point de vue pessimiste des militaires et ne voit poindre aucune pénurie avant 2030. Mais cette évaluation ne ferait pas consensus au sein de cette organisation.
Les militaires étasuniens sont les plus gros consommateurs uniques de pétrole dans le monde. En 2008, ils ont acheté pour 16 milliards de dollars de produits pétroliers. Leur consommation moyenne atteint 300 000 barils par jour, ce qui en fait l'armée la plus énergivore de la planète, au point que certaines études y voient son principal talon d'Achille à moyen terme.[2]
 
Si les militaires s’inquiètent, c’est moins pour la planète que pour leur position. Le constat est néanmoins là.
 
D’aucuns diront que la raréfaction du pétrole conduira à une diminution des émissions de gaz à effets de serre. Tout cela sera alors résolu. Truisme !
Quand nous aurons brûlé les dernières gouttes, le climat sera sans doute cul par-dessus de tête. Et insuffisamment préparé, nous ne pourrons pas faire face aux réalités énergétiques et climatiques.
 
Il faut que la transition vers une société moins polluante et moins énergivore se fasse. A tous les niveaux. Ce n’est pas parce que le Pentagone a obtenu que ses activités, guerre et paix confondues, ne soient pas comptabilisées dans les quotas de CO² attribués aux Etats-Unis[3]n’empêche 22 gars et leurs supporters de bien s’amuser sur une prairie voisine et pour les exhibitionnistes du mollet de se produire sans les relents sonores d’une marque de montre.
 
Ce n’est pas parce que l’on fait autrement que cela n’est pas amusant.
 
Denis Marion
Entrepreneur sans but lucratif.
 
PS. J’ai perdu ma casquette « Rik Van Looy » lors de la flèche wallonne de 1968. Quelqu’un l’aurait-il retrouvée ?     
 

Par chercheinfo • Mercredi 07/07/2010 • Version imprimable

Bobonne, t’attends la pension pour dégager du trottoir ?

Dans la série "Bobonne verse dans la délinquance".

Brussels Studies vient de sortir une intéressante étude[1] dont les conclusions devraient être plus largement diffusées. Cela permettrait à chacun d’entre nous de mieux comprendre la vie de notre société, de moins fantasmer. Cela permettrait de démonter certains discours politiques, mais aussi de nous rappeler notre responsabilité.

 

Mon propos n’est bien entendu pas de nier la réalité d’une insécurité ou d’un sentiment d’insécurité. Même si l’importance qu’il leur est donné est fonction de la mentalité de chacun, il n’en reste pas moins qu’elles nous touchent tous et que nous souhaitons en diminuer la pression. Nous pouvons bien entendu débattre de la manière d’arriver à ce résultat. Est-ce affaire de politique judiciaire, de répression, de prévention, de rapport de société, de politique sociale ? Chacun, selon son courant politique, ses convictions personnelles, aura une approche différente. Cependant, il est des éléments de réflexion qui nous renvoie directement à nos propres comportements.
 Indépendamment d’une estimation de la fréquence des infractions dont eux ou leurs proches auraient été victimes, il a été demandé aux personnes de désigner, parmi une liste de dix-sept, quels comportements ils considéraient comme problématiques dans leur quartier. Ces données reflètent un souci par rapport à une situation, que celle-ci soit quantitativement importante ou non. Huit problèmes recueillent plus de 20% de réponses « tout-à-fait » à Bruxelles. Parmi elles, trois concernent la circulation automobile, deux des vols (cambriolages et vols dans les voitures) et trois la dégradation du quartier (objets qui traînent en rue, murs salis et destruction de mobilier urbain). Sur les huit problèmes, six concernent donc des questions relevant davantage de la qualité de vie que de la délinquance au sens où ce mot est communément entendu. Ces chiffres indiquent à la fois qu’une importante proportion des Bruxellois s’accorde à identifier une série de problèmes qu’ils vivent au quotidien et que ceux-ci ne concernent que peu des questions de délinquance à proprement parler[2].
Ainsi ai-je repris cette liste de comportements et leur pourcentage respectifs. Riche d’enseignement.
  1. Cambriolages (35%)
  2. Vols dans les voitures (35%)
  3. Conduite agressive (33%)
  4. Vitesse non adaptée du trafic (31%)
  5. Objets qui traînent dans la rue (29%)
  6. Murs et/ou bâtiments salis (26%)
  7. Destruction des cabines tél./abribus (24%)
  8. Nuisances sonores dues au trafic (22%)
Hormis les points 1, 2 et 7, qui relèvent de la délinquance « classique », les autres relèveraient d’une délinquance que j’appellerais « citoyenne », de ce que certains nomment un manque de civisme, aussi galvaudé soit le terme, d’un manque de respect. Quand des dames bien mises tiennent salon dans une voiture garée sur un trottoir devant une école, obligeant les piétons à les contourner, ne concourent-elles pas à un sentiment d’insécurité ? Quand un expert-comptable, sur une Harley-Davidson, passe pétaradant, négligeant les limitations, les habitants d’un village sont-ils en droit de parler de sentiment d’insécurité ? Quand un automobiliste qui affirme sur son véhicule défendre les droits des enfants passe en trombe dans une « zone trente », que doit-on penser ? Quand un honnête citoyen utilise son joli coupé pour aller déposer ses déchets verts le long des chemins, qu’est-ce donc ?

Cette délinquance citoyenne n’est pas le fait de la « lie de la société » comme se complaisent à affirmer certains. Les deux dames qui conversaient étaient de bonnes bourgeoises qui ne se troublaient pas de la situation. L’expert-comptable est certainement un homme de rigueur quand il s’agit de ses chiffres. Les droits des enfants sont sans doute avant tout théoriques. Et les déchets verts sont biodégradables invoquera-t-on.

D’aucuns avanceront que c’est le fait d’un nombre limité de personne. Ben tiens… Exonération de responsabilité. Renvoi à autrui. Jamais coupable.

Ce sont pourtant typiquement des problèmes que nous pouvons résoudre par nous-mêmes en adoptant des comportements adéquats ou en exerçant ce contrôle social tant dénigré. Pourquoi faudrait-il fermer sa g… quand un c... justifie son comportement par des arguments captieux ?

Aidez les bobonnes et les experts-comptables à ne pas verser dans la délinquance. Ouvrez-la !

 
Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif.
 

PS. Un petit plaisir : une association dans laquelle je suis impliqué, Trop de Bruit en Brabant wallon, vient d’obtenir le prix des associations décerné par Inter-environnement Wallonie, preuve que la démarche citoyenne, si elle est parfois hésitante, est néanmoins possible.

 
 
 
 
 
 
 
 

Par chercheinfo • Mercredi 30/06/2010 • Version imprimable

Le nez dans la m...

par Pierre Titeux

Le pétrole, ça tache, ça colle, ça pue. Autrement dit, le pétrole, ça pollue. L’affirmation peut paraître une évidence voire une lapalissade, pourtant, depuis le 20 avril dernier, elle paraît avoir valeur de révélation. Ce jour-là, la plate-forme de forage Deepwater Horizon installée dans le Golfe du Mexique, au large de la Louisiane, explosa, coûtant la vie à 11 ouvriers dont le souvenir fut rapidement emporté par les 2 à 3 millions de litres de brut se déversant quotidiennement dans la mer. Propriété de Transocean, leader mondial du forage offshore abritant ses plus-values sous le statut défiscalisé des îles Caïman, la plateforme était exploitée par BP qui multiplia les tentatives et procédés aussi expérimentaux que révolutionnaires pour colmater la fuite. En vain. Les nappes d’hydrocarbure n’ont cessé de s’étendre et de se multiplier avant de toucher les côtes américaines où le constat fut posé : cette saloperie de pétrole tache, colle et pue...

Ainsi donc, l’Homo Occidentalis a atteint un tel niveau de suffisance et de cécité qu’il doit avoir le nez dans la m... pour constater que celle-ci n’a rien de ragoûtant. Il lui faut des plages souillées, des oiseaux englués, des poissons asphyxiés et des écosystèmes mutilés pour se rappeler que ce pétrole dont il devenu accro fait payer cher – au propre comme au figuré – sa toute-puissance.

Eh non, M’sieurs-Dames, les publicités ont beau nous vendre des stations-services propres et coquettes, des carburants aux effluves vertes et des échappements rejetant fleurs et papillons, le pétrole ce n’est pas propre, ça ne sent pas bon et ce n’est pas inoffensif. Par ailleurs, il exige un sacré boulot, des risques plus ou moins mesurés et des manipulations jamais sans nuisances avant d’arriver dans notre réservoir... Autant de réalités dont la facilité d’accès et le confort d’usage dont nous bénéficions aujourd’hui ont une fâcheuse tendance à nous couper. Faire le plein mais aussi allumer une lampe, tourner un robinet ou tirer une chasse d’eau sont devenus des gestes banals, des automatismes dont nous n’avons plus la moindre conscience des impacts en amont ou en aval. Or, rien de tout cela n’est innocent ; par-delà le prix qui nous sera facturé, chacun de ces actes a un coût environnemental et social. Et ce n’est pas parce que notre responsabilité est (très) diluée qu’elle doit être ignorée.

Il est aujourd’hui de bon ton de stigmatiser BP, ses imprudences et ses manquements aux règles, mais il serait trop facile d’en faire un bouc-émissaire unique coupable d’une catastrophe que nous devons refuser de considérer comme évitable. D’une part, nous sommes tous les clients avides de BP – ou d’un autre pétrolier, peu importe –, demandeurs d’une énergie abondante et bon-marché peu soucieux des conditions permettant que cette demande soit satisfaite. D’autre part, n’en déplaise à nos fantasmes de domination par la science et la technique, le risque zéro n’existe pas et n’existera jamais, l’accident fera toujours partie de la donne avec laquelle nous devrons jouer.

S’il conviendra d’analyser les circonstances de la catastrophe de Deepwater Horizon afin d’en déterminer les responsabilités et tenter d’obtenir les “dommages et intérêts” qui permettront de réparer ce qui peut l’être, il serait regrettable que nous en restions là. Il faudrait aussi et surtout avoir – enfin – le courage de sortir du deni dans lequel nous nous complaisons et la lucidité de nous confronter à un choix dont nous ne pourrons indéfiniment reporter l’échéance : sommes-nous prêts à revoir notre mode de vie pour en réduire le coût environnemental et social ou sommes-nous au contraire disposés à payer un prix de plus en plus fort pour ne rien changer ? C’est là en effet la seule question qui vaille et qui nous permettra de sortir de la schizophrénie dans laquelle nous nous complaisons en voulant croire que nous pourrons continuer sur la même voie sans devoir en assumer les désagréables conséquences ...

La position de Barack Obama apparaît d’ailleurs symptomatique de ce dilemme devant lequel nous sommes aujourd’hui. Quelques semaines avant l’explosion de Deepwater Horizon, le Président américain avait en effet communiqué son intention d’autoriser les forages pétroliers en mer au nord de l’Alaska, dans une région glaciaire où les spécialistes s’accordent à considérer que tout incident sous-marin serait quasiment insoluble. Le programme énergétique de son administration prévoyait par ailleurs le développement de nouvelles installations off-shore au large des côtes US, notamment dans le Golfe du Mexique. On peut dès lors douter, sans risquer le procès d’intention, que le moratoire de six mois décrété par BO sous le coup de l’émotion – et qui vient d’être déclaré illégal par la justice américaine – passe le cap de l’effet d’annonce...

Cette schizophrénie tiraillant Obama (et bien d’autres !) entre pulsions environnementales et comportements économiques se double d’une approche quasi autistique refermant le décideur sur son univers politique. Ainsi, lors d’un discours prononcé le 28 mai en Louisiane, le président Barack déclara : “J’ai eu tort d’autoriser les forages en pensant que les compagnies pétrolières travaillaient de concert pour éviter les pires scénarios. Ce n’était pas une simple croyance aveugle de ma part : jusque là, dans le Golfe, tout s’était plutôt bien passé.” [1] “Plutôt bien passé”, vraiment ?

Le 3 juin 1979, une fuite importante se déclara sur le puit Ixtoc-1 géré par la plateforme Sedco 135F et situé dans la baie de Campeche, à proximité immédiate des côtes mexicaines. L’écoulement de pétrole ne put être stoppé que le... 23 mars 1980, soit après 295 jours. On estime que quelque 3,5 millions de barils – soit plus de 550 millions de litres – se répandirent alors dans la mer [2]. A titre de comparaison, Deepwater Horizon aurait jusqu’à présent déversé environ 1,3 millions de barils (207 millions de litres). Il faut une sacrée dose de mauvaise foi, de méconnaissance du dossier et/ou de culot populiste pour affirmer face à ce bilan qui fait de Sedco 135F la plus importante marée noire du XXème siècle que “jusque là, dans le Golfe, tout s’était plutôt bien passé”... !

Il est vrai que les autorités américaines et mexicaines s’entendirent pour garder la chose relativement confidentielle et y réussirent d’autant plus facilement que seule une infime partie des rejets arriva jusqu’aux côtes. Mais le désastre environnemental n’en fut pas moins majeur. D’une part, le feu ayant été utilisé comme arme essentielle contre cette marée noire, d’importantes quantités de “brut” furent brûlées, émettant dans l’atmosphère une masse considérable de polluants. D’autre part, près de 90% des organismes vivants localisés dans la zone de l’accident furent détruits. Mais les destructions loin des yeux restent aussi loin du coeur...

Dans le même ordre d’idée, qui sait – et, a fortiori, se soucie du fait – que l’exploitation pétrolière terrestre opérée au Nigéria génère chaque année depuis plus de quarante ans une pollution équivalent à 40 millions de litres ? Tout au plus les médias nous offrent-ils ponctuellement quelques images spectaculaires lorsqu’une de ces fuites dégénère en explosion meurtrière. Mais pour le reste, silenzio stampa... C’est l’omerta. Pourtant, 40 millions de litres, cela équivaut approximativement à ce qui s’échappa des soutes de l’Exxon Valdez après qu’il se fut échoué sur la côte de l’Alaska une nuit de mars 1989. Un événement qui bénéficia d’une couverture médiatique retentissante et déboucha sur un procès au cours duquel les dommages et intérêts se négocièrent en milliards de dollars. Les Nigérians, eux, pataugent non seulement dans le brut mais aussi dans l’indifférence générale. Loin des yeux, loin du coeur et loin du portefeuille... Comme si la détresse d’un Albatros au Nord valait plus que celle d’un être humain au Sud. Comme si ce désastre environnemental et sanitaire était considéré consubstantiel à un pays où l’espérance de vie n’excède pas 46 ans, où 65% de la population urbaine vit dans des bidonvilles, où 1 enfant sur dix meurt à la naissance et 2 sur dix n’atteint pas l’âge de 5 ans... [3]

Pour en revenir à Deepwater Horizon, il faut savoir que son exploitation impliquait de descendre à 1.525 mètres sous le niveau de la mer puis de forer à 4.500 mètres ; la pression au débouché du puits atteignait 300 bars (environ 300 fois la pression atmosphérique). Des chiffres impressionnants mais qui ne constituent pas pour autant des extrêmes. Le Golfe du Mexique, réputé pour ses records en matière d’exploitation pétrolière, abrite ainsi des puits qui traversent jusqu’à 7.000 mètres de sédiments et de roches sous 3.000 mètres d’eau avec des pressions de 1.000 bars... Tout aussi édifiant apparaît le nombre de puits d’ores et déjà en exploitation dans ce Golfe du Mexique : plus de 4.000 ! Comment peut-on croire, dans un tel contexte, que les incidents, accidents et catastrophes sont évitables ?

Le pétrole, ça tache, ça colle, ça pue, ça pollue... Deepwater Horizon aujourd’hui, l’Exxon Vadez, l’Amoco Cadiz ou l’Erika hier, des événements dramatiques nous le rappellent ponctuellement en nous mettant le nez dans la réalité. Notre capacité de déni est toutefois telle que nous refusons de voir les évidences qui affleurent sous la surface des choses. Car c’est une évidence que l’industrie pétrolière est intrinsèquement polluante et dangereuse, un état que les exigences de performances industrielles liées à la raréfaction de la ressource ne feront que renforcer. Et c’est une autre évidence qu’au-delà des nuisances à grande échelle enregistrées lors des catastrophes, le pétrole mène un travail de sape quotidien contre notre environnement, notre espace de vie, qu’il asphyxie progressivement. La négation de cette évidence-là est d’autant plus grave que le mal se répand de manière insidieuse mais inexorable. Et cette fois, lorsque nous aurons le nez dans la m..., il sera malheureusement trop tard.


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[1] Cité dans “Rue 89”, n°1, juillet 2010, p.71

[2] Source : www.oilrigdisasters.co.uk

[3] Sources : www.statistiques-mondiales.com


Par chercheinfo • Vendredi 25/06/2010 • Version imprimable
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