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Entre autres choses, vous trouverez ici les chroniques personnelles de Denis Marion. porte-parole de TBBW.
Ses chroniques sont également lisibles sur Blog à part, des chroniqueurs réunis autour de Vincent Engel.
Voyez ci-dessous.


 Les textes et chroniques n'engagent que leurs . Ils n'expriment pas systématiquement l'opinion de l'association.

État affectif plus ou moins durable fait d'appréhension et de trouble (seconde partie)

Il en est des peurs comme beaucoup d’autres choses. Nous aimons à les classer, les étiqueter pour les nier, les dénigrer.

Les gens ont peur pour tout. Pour leur pouvoir d’achat, pour leur pension, pour leur avenir, ils ont peur. On leur fait peur. Le peur est d’ailleurs un mode de gouvernement[1] . Pas spécialement la peur générée par une dictature franche, mais celle plus subtile des démocraties.

Faisons peur sur les pensions comme nous l’évoquions dans une précédente chronique[2].  Y a trop de vieux, c’est donc que l’équilibre est en péril.

Faisons peur sur l’insécurité, réelle, ressentie ou fantasmée. Cela fait toujours un carton dans toutes les couches de la population. Trouvons un bouc émissaire pour expier le péché.

Faisons peur sur l’avenir pécuniaire. Il fera accepter des économies…pour certains.

Conditionnons nos populations à cet incertain financier pour leur faire accepter n’importe quoi. Jouons sur leur individualisme pour leur faire refuser des revendications ou des prises de position collectives. Utilisons toutes les ficelles pour que le Système ne soit pas remis en cause.

Le peur est un outil de gouvernement, mais pas toutes les peurs, seules les peurs qui servent le dogme. D’autres, qui ne sont pas tout-à-fait dans la ligne, ne seront pas prises en compte. Prenons le cas des prothèses PIP  ou mieux du Mediator, exemples récents, où les craintes ont été jugées surfaites, où les institutions ont été complices, par négligence ou par intérêt. Prenons des exemples plus polémiques comme les gaz de schiste, les pétroles bitumineux, les nanoparticules que l’on préfèrerait éluder.

Prenons le risque nucléaire où  on s’acharne à nous dire que tout va bien. Tout va bien à Tihange, mais il faut quand même construire une digue de protection[3]. Comprenez seulement que l’accident au Japon oblige de revoir certaines choses… L’accident au Japon et une relative pression médiatique, sinon tout cela serait passé au bleu. Parce que des retours d’expérience sur le risque d’inondation, il y a en déjà eu.  (Par contre,  le risque d’expérience de Fukushima risque  d’en prendre un coup. Les minutes de la cellule de crise ont disparu[4].) De bonnes âmes prendront prétexte que le risque zéro pour vous faire avaler les couleuvres. Bien entendu que la vie est pleine de risques, mais c’est une bonne raison de les éviter.

Prenons le dérèglement climatique. Bien présent dans tous les esprits, une peur intéressante, quand elle sert à relancer l’économie. A combattre quand elle sert à alimenter des dérives gauchistes.

Ces peurs environnementales ont en effet en commun de mettre en avant les limites ou les dérives du Système. Elles sont plus contraignantes que les peurs « dogmatiques » comme la peur de la religion de l’autre, la peur de la pensée de l’autre, de l’autre tout simplement. Le frein à l’exploitation des gaz de schiste en France met en péril des « investissements ». La peur pour nos pensions légales favorise la conclusion de contrats d’assurance-pension. Pourtant, la peur de la pollution est fondée potentiellement sur des critères scientifiquement, la seconde, sur des positions dogmatiques ce nous semble.

Comment appréhender ces peurs ? Par les choses les plus difficiles qui soient dans un monde où nombre de citoyens se complaisent dans un individualisme certain et une certaine paresse intellectuelle, l’information, le dialogue, le débat. Ce n’est pas gagné.

Le Collectif Calvin & Hobbes.


Par chercheinfo • Jeudi 26/01/2012 • Version imprimable

État affectif plus ou moins durable fait d'appréhension et de trouble (première partie)

Peur, insécurité, méfiance sont  des thèmes porteurs pour des candidats à des élections. Voyez comme Zebulon 1er essaye d’en jouer en France.  A chacun ses têtes de Turc si j’ose, à chacun son fond de commerce.

Cela veut-il dire que la peur ou la crainte sont des réactions systématiquement stupides, que l’insécurité n’existe pas et que la méfiance ne doit pas jamais être de mise ?

Il est des choses qui interpellent réellement. Le problème est que bien souvent, quand nous choisissons l’objet de nos craintes,  nous lui consacrons toutes nos énergies par facilité, bêtise ou malhonnêteté. Et pourtant, nous devrions garder les yeux ouverts pour relativiser toutes ces peurs, pour comprendre les enjeux, pour envisager les solutions.

Ainsi lisant dans le Soir, un article sur le danger de l’islamisme radical[1], nous avons relevé ceci : « La Sûreté relève aussi que cet islamisme radical nourrit l'autre menace qui pèse sur la Belgique : celle de l'extrême droite, certes moins préoccupante, mais qui puise dans le développement toléré de l'islamisme le plus intolérant les arguments de ses discours, fondés essentiellement sur «l'islamisation de notre société ». A lire les analystes de la Sûreté, l'extrême droite et les islamistes radicaux auraient partie liée. » Ce qui rappelle cette évidence que les extrêmes se nourrissent. Mais ce qui est reproché aux extrêmes ici, peut l’être aussi à d’autres ailleurs. Ainsi,  toujours dans le Soir, un article sur les ultra-orthodoxes en Israël  donne une image similaire si l’on prête foi à ces assertions : « Une fillette traitée de pute nazie parce qu’on voyait ses bras, une soldate insultée parce qu’elle s’assied à l’avant d’un bus, et pas à l’arrière, les femmes exclues plusieurs heures par jour de la salle des sports de l’université de Haïfa, des enfants affublés de l’étoile jaune ! Les ultra-orthodoxes imposent de plus en plus leurs règles en Israël. [2]»  « Nous sommes ici au Proche-Orient. La mentalité locale n’est pas celle qui prévaut en Europe occidentale. La stricte séparation du spirituel et du temporel n’a pas cours par ici. » y déclare Reuven Hazan,  Professeur en sciences politiques à l’Université de Jérusalem, ce qui nous semble regrettable.

Ne pourrait-on pas s’inquiéter aussi des propos d’un candidat aux élections outre-Atlantique qui affirme que « Je pense que nous avons un peuple palestinien inventé, ces gens sont en fait des Arabes, et font historiquement partie de la communauté Arabe »[..]. « Ils avaient l’occasion d’aller où ils voulaient, et pour toute une série de raisons politiques ils ont entretenu cette guerre contre Israël depuis les années 1940, et c’est tragique.[3] »  Ce que nous jugeons tragique, ce sont les accommodements avec l’histoire pour des raisons électoralistes et cette incapacité à voir autrement que de manière binaire. Nous pourrions mettre (dans une certaine mesure) la proposition de loi française sur le négationnisme du génocide arménien dans le même registre.

Ou d’un autre comme Rick Santorum que l’on présente comme  un « dur de la droite religieuse connu pour avoir milité pour l'étude obligatoire du créationnisme dans les écoles publiques[4] » qui ne « croit pas non plus au changement climatique, un "canular" des scientifiques. »

Ou plus près de nous, parce que cela démontrera peut-être notre incapacité à faire une Europe réellement démocratique, citoyenne et tolérante.  Enfin, n’est-il pas inquiétant ce passage ? « On n’en croit pas ses yeux : la nouvelle Constitution hongroise, entrée en vigueur le 1er janvier dernier, ne s’appelle pas " Constitution " ou " Loi fondamentale ". Elle s’intitule : " Profession de foi nationale", et met en exergue le premier vers de l’hymne national hongrois, qui est en fait, dans son entier, une prière : " Dieu, bénis l’homme hongrois ". [5]»  Dans la Stampia, Bruno Ventavoli affirme « Les réformes, la modernité, le marché peuvent attendre. Mieux vaut s’en remettre à des mythes non définis comme la pureté, la sacralité de la terre (que les étrangers mondialisés peuvent acheter pour une poignée de forints), ou des hommes forts aux commandes.[6] » Ces mythes tellement faciles à vendre à ceux qui ont peur. Ces mythes tellement faciles à promouvoir parce que personne ne pourra en mesurer l’efficacité[7].

Sans parti pris, nous n’avons essentiellement repris que des positions au caractère religieux. Sans doute, certainement, trouverait-on ailleurs autant de discours de rejet. A ces discours, il faut répondre par une certaine forme de tolérance, sans naïveté, avec une compréhension des rapports en jeu.

En effet, qu’est-ce qui pousse par exemple quelqu’un à encore croire de nos jours au créationnisme ?

Le Collectif Calvin & Hobbes.
 

[3] Newt Gingrinch, de même que les autres candidats républicains, courtise l’électorat juif américain en promettant de renforcer les liens des Etats-Unis avec Israël. Cet électorat, s’il ne représente pas une part conséquente de la population, peut cependant faire pencher un certain nombre d’Etats-clé.

http://www.lalibre.be/actu/international/article/705750/les-propos-d-un-candidat-republicain-indignent-le-premier-ministre-palestinien.html

[7] A lire la presse, il semble que la Commission envisage de réagir, mais principalement pour la mise sous tutelle de la banque nationale. Un coup pour rien si cela se limite à cela.



Par chercheinfo • Mercredi 11/01/2012 • Version imprimable

2012, optimisme ou pessimisme

Un florilège de citations.
“L'optimisme est une fausse espérance à l'usage des lâches et des imbéciles.” de Georges Bernanos
“La seule différence entre un optimiste et un pessimiste, c'est que le premier est un imbécile heureux et que le second est un imbécile triste.” de Georges Bernanos
 

La RTBF commence l'année avec Mickey 3D et leur chanson Respire et la présentation de la présidence danoise.

Pour les Danois enfin, pas question de se concentrer uniquement sur la crise financière. Il ne faut pas, disent-ils, négliger les préoccupations environnementales. Les Danois comptent orienter les politiques vers le développement durable dans la perspective de la conférence des Nations Unies en juin. Un pari difficile tant les Européens sont focalisés sur la crise.

La crise financière prend effectivement et indûment le pas sur les crises environnementales. La rigueur pour les finances et la vie à crédit pour le climat semble une décision facile à prendre pour nos dirigeants. D’autant plus que leurs concitoyens ne comprendraient pas qu’on mettre en péril l’économie pour d’hypothétiques bouleversements. Pourtant, si une dette pécuniaire s’annule, une dette environnementale se paye cash.

 "Une personne optimiste ne refuse pas de voir le côté négatif des choses ; elle refuse de s'attarder dessus.” d'Alexander Lockhart
 “L’optimisme c’est aussi de dire qu’il y a de la tristesse dans la vie, du malheur. Dire que tout va bien, que tout va bien se passer, ce n’est pas de l’optimisme, c’est de la bêtise.” de Cédric Klapisch
Les hommes politiques continuent donc de parler de pouvoir d’achat. Acheter, consommer, consommer, acheter… Boulot, Conso, Dodo ! Et vive la concurrence. L’occasion de vous citer quelques extraits de cet excellent article ”Comment ils ont tué la poste ?” paru dans le Courrier International[1]Le marché postal a été libéralisé au nom du consommateur, nom que l’on donne aux anciens citoyens d’Europe[2]. Avec la privatisation, tout va mieux. Le consommateur sera heureux quand bien même lui-même ou son frère seront au bout du compte chômeurs.
Dans mon coin, le postier fait maintenant son tri à 20 km et prend sa petite voiture pour faire sa tournée. Il en profite pour rencontrer les camionnettes de firmes privées qui font aussi leur petit tour. Est-ce donc un progrès pour la société ? Le contact en tous les cas s’évanouit.

Je prends la sacoche de Mme Goldfinch et nous nous retrouvons dans Farrington Road sous un soleil printanier. On se croirait dans un film publicitaire vantant les joies du métier de préposée. Les bourgeons éclosent, l’air est doux et de vieilles dames saluent Mme Goldfinch en l’appelant par son nom, comme si elles avaient hâte de la voir, comme si elles se sentaient seules et qu’elles risquaient de ne rencontrer personne d’autre de la journée. Nous sonnons à la porte d’un appartement pour faire signer un papier, l’occupant tarde à ouvrir. Il est tout pâlot, mais semble content de voir la postière.

— Désolé de vous avoir fait attendre, je me remets de problèmes intestinaux. Et vous, ça va ?

— Ça va, merci.
— Allez, au plaisir.”

Peut-être cet homme vit-il seul ; un tiers des foyers britanniques ne comptent qu’une seule personne. Tant que la poste existe, au moins un être humain vient frapper à votre porte pour vous donner quelque chose[3].

“L'optimiste est celui qui sait à quel point le monde peut être triste. Le pessimiste, celui qui le découvre tous les jours.” de Peter Ustinov
“Les plus pessimistes d’aujourd’hui ont été les plus optimistes d’autrefois. Ils poursuivaient de vaines illusions. L’échec les a découragés.” de Hu Shi

La poste s’en va et l’Internet se gonfle. Le second serait le fossoyeur de la première, des relations humaines, de la société réelle. Et pourtant, c’est aussi un instrument de révolution.

Il ne fait partie ni de ceux qui croient que nous prenons inexorablement le chemin d’une société policière, ni de ceux qui affirment que la généralisation de la fibre optique s’accompagnera nécessairement d’une diffusion de la démocratie dans le monde. C’est précisément pour cette raison qu’il croit le cybermilitantisme nécessaire : pour aiguiller le cours des événements dans la bonne direction[4].

 “Les optimistes et les pessimistes ont un grand défaut qui leur est commun : ils ont peur de la vérité.” de Tristan Bernard
“Dans la société actuelle, l'optimisme ne saurait être qu'un mensonge à bon marché.” de Jean-Claude Clari
Et il est vrai qu’Internet a permis des combats qui sans être d’une aussi grande actualité et d’une aussi grande acuité que la révolution tunisienne ou égyptienne sont primordiaux pour leurs acteurs. L’Internet comme source de mémoire a aussi son importance. Ce que vous aviez dit il y a cinq ans sur un forum est parfois gênant, mais les rodomontades ou les mensonges d’un élu ou d’un dirigeant sont également disponibles.

Sauver l’Internet libre est une besogne lourde et chronophage. Quelqu’un doit bien nourrir le feu de Prométhée. Mais celui qui se dévoue contribue aussi à façonner l’avenir, ce qui peut expliquer qu’une personne comme Kullenberg – qui ne possède lui-même ni Smartphone ni compte Facebook – passe le plus clair du temps à se battre pour que des gens qu’il n’a jamais rencontrés aient la possibilité d’exprimer leurs opinions sur les réseaux sociaux. Voilà qui lui promet sans doute de nouvelles nuits blanches[5].

“Dans les situations désespérées, la seule sagesse est l’optimisme aveugle.” de Jean Dutourd
“Aujourd'hui, l'optimisme est une nécessité pour préserver sa santé mentale.” de Ben Harper
 En rejetant par référendum le sauvetage de leurs banques et le remboursement de la dette extérieure du pays, les Islandais ont montré qu’il est possible d’échapper aux lois du capitalisme et de prendre son destin en main, se réjouit un historien espagnol, Miguel Sanz Loroño[6].
Ce sont ces élites, secondées par des théologiens et des économistes, qui définissent ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Dans le même mouvement, elles indiquent ce qui est réaliste, suivant leur définition de la réalité, et ce qui ne l’est pas – ce qui donc constitue une aberration de la pensée et ne mérite pas qu’on s’y attarde. Autrement dit, ce qu’il faut faire et penser, et ce qu’il ne faut pas faire et ne pas penser. Cette définition est toujours en accord avec ce qui constitue le fondement même du pouvoir et de sa violence : le terrible concept de nécessité. Il faut faire des sacrifices, nous dit-on d’un air accablé. L’ajustement ou la catastrophe inimaginable relèvent de la nécessité. Une chose est sûre, la logique du capitalisme tardif a quelque chose de perversement hégélien : tout ce qui est réel est nécessairement rationnel, et vice-versa[7].
 
Choisissez votre voix, votre voie.
 

Moi, je continue en 2012 comme les années précédentes…

 
Denis Marion
Entrepreneur sans but lucratif.


[2] Comment ils ont tué la poste Hebdo n° 1103-1104 Courrier International James Meek (jamesmeek.net)

[3] Comment ils ont tué la poste Hebdo n° 1103-1104 Courrier International James Meek (jamesmeek.net)

[4] Christopher Kullenberg, thésard le jour, cybermilitant la nuit Hebdo n° 1103-1104 Courrier International Claes Lönegår

[5] Christopher Kullenberg, thésard le jour, cybermilitant la nuit Hebdo n° 1103-1104 Courrier International Claes Lönegår



Par chercheinfo • Jeudi 05/01/2012 • Version imprimable

Les complices de Tina

Si j’ai bon souvenir, cela doit être Dave Sinardet que j’ai entendu dire sur Matin Première que la classe politique flamande avait préparé son électorat à la problématique des pensions.  Opposant à cela l’inaction des élus francophones en la matière.

Préparer est un de ces mots fourre-tout qui peut être pris dans tous les sens, surtout quand on a mauvais esprit comme moi. Je vous en présente quelques définitions.

  • Faire le nécessaire, le plus souvent par une action tenace et réfléchie, en prévision d'une opération à réaliser ou d'un événement prévu
  • Agir en sorte qu'une action, un événement, un état de fait concernant quelqu'un se réalise.
  • Rendre quelqu'un capable d'accomplir quelque chose, le mettre dans les dispositions physiques, intellectuelles ou morales requises, par une action préalable et concertée
  • Mettre quelqu'un dans des dispositions d'esprit particulières
  • Disposer quelqu'un avec ménagements à quelque chose d'inattendu, de brutal, le mettre progressivement en état de supporter au mieux quelque chose

Préparer quelqu’un à quelque chose peut être indéniablement positif. Mais préparer est aussi le synonyme de manigancer, combiner et là, tout de suite, on peut subodorer de la manipulation.

Faut-il faire quelque chose pour pérenniser notre système social et singulièrement celui des retraites ? Sans doute. Mais quoi ?  Et c’est là que le débat s’évapore.  Tout conduit, semble-t-il, à une seule solution.  Comment d’ailleurs s’y retrouver quand un  journal donne par exemple des chiffres différents sur le « coût du vieillissement » :

  • Le coût du vieillissement coûte déjà actuellement 21,8% du PIB[1]
  • Le coût budgétaire du vieillissement entre 2009 et 2060 s'élève à 6,3% du PIB[2] 

Faut-il croire ce que l’on raconte ? Faut-il considérer qu’il s’agit de privilégier des systèmes de pension alternatifs et nécessairement privés ? Je vous ai mis ci-dessous quelques références qui valent ce qu’elles valent[3]. Néanmoins, elles posent question.  Est-il possible d’avoir un débat citoyen sur ce genre de problème ?

En d’autres termes, peut-on présenter toutes les options pour que nous ayons une vision de la situation ? Des avantages et des inconvénients ?  Au-delà des fantasmes ?

Cela signifie que nous nous réapproprions le droit de discuter.  Cela signifie que nous abandonnions aussi les lieux communs. Reprenons l’exemple  de ma dernière chronique sur la voiture de société.  Selon certaine étude[4], les voitures de société coûtent 4 milliards d'euros à la Belgique. Les mesures récentes rapporteraient  deux cents millions[5].  Ponction insupportable sur le cadre lit-on[6] par ailleurs.  Pourtant cela semble inférieur au coût de l’augmentation du carburant qu’il aurait dû payer s’il n’avait pas sa « carte essence »[7].   Tous ces bénéficiaires de véhicule vont-ils du jour au lendemain quitter la Belgique parce qu’ils payeront « plus honnêtement » leurs avantages en nature ?  Lieu commun ou réalité ? Et est-ce un problème ?

 

Tiens, un petit calcul… qui vaut ce qu’il vaut. Si l’on considère comme dans l’article susmentionné que l’employé va perdre en moyenne 460 euros par an, qu’il y aurait un million quatre cent mille voitures de société en Belgique, cela ferait 560 millions dans les caisses de l’état. Pourtant, comme je l’ai écrit plus haut,  le ministre des budgets n’annonce que 200 millions de recettes supplémentaires.

Quittons la Belgique. Que nous ne dit-on pas sur l’incapacité de la Banque Centrale Européenne à prêter aux états. Poncif ou vérité ?

Pourtant « La Banque centrale européenne a prêté [aux banques] 480 milliards au taux de 1%". Les banques sont aidées à des taux plancher au nom de la crise quand les Etats doivent payer [aux banques]  des intérêts de 4 à 7%, au nom de cette même crise.[8] » rapportait Pierre Larrouturou sur Martin Première. Ce "deux poids, deux mesures" […]. Si l’on est capable de prêter de l’argent aux banques à de tels taux, "qu’est-ce qui empêche de le faire pour les Etats ?", pour qu’ils puissent financer les services publics qui bénéficient à toute la population, s’interroge l’ingénieur. D’autant, précise l’invité, que "dans les statuts de la BCE, il est dit qu'elle peut prêter à des taux de 0,01% à la BEI qui pourrait prêter à 0,02% aux Etats". Ce "sans modifier les traités !", lance l’auteur du livre "Pour éviter le krach ultime", comme on lance un pavé dans une mare. Nous payons donc ce différentiel. Non ? Et nous le payons pourquoi ?

On lit souvent que le gain de productivité a plus profité au capital qu’au salaire [9]?  Mensonge ou vérité ?  Si cela s’avère, est-ce acceptable ? Bien entendu, sinon tous les capitaux foutront le camp. Cliché ou vérité ? La croissance fonctionne-t-elle uniquement avec la consommation ? Si oui, la consommation européenne pourrait-elle être remplacée par la consommation chinoise ? etc… etc….

La classe politique flamande  a donc préparé son électorat à la problématique des pensions.  Mais l’a-t-elle fait objectivement, autant que faire se peut, en proposant les différentes possibilités, ou l’a-t-elle fait essentiellement idéologiquement ? Une question fondamentale quand on sait que des questions aussi, voire plus cruciales, sont éludées. Les aspects énergétiques ou climatiques sont-ils préparés avec autant de soin ? On aime à parler de rigueur, mais tant qu’elle reste pécuniaire.  Les politiques sauraient-ils dire à leurs concitoyens que leur mode de vie devrait devenir obsolète ? Que les habitudes de consommation prises devront être revues ? Puisque que dans leur discours, le problème du climat ou de l’énergie sont aussi importants que celui des pensions, ils devraient trouver certainement les mots pour convaincre.  Sans doute n’en ont-ils aucune envie ? Si la rigueur budgétaire est ancrée dans la tête de leurs électeurs et la leur, la rigueur environnementale ne l’est guère autant.  La suppression des primes pour les économies d’énergie en est la meilleure preuve.

Il est temps que tout cela fasse le sujet de réelles discussions, les plus objectives possibles. Cela suppose des politiques capables de présenter les tenants, aboutissants et les différentes possibilités. Cela suppose des citoyens qui sont prêts à aller plus loin que les lieux communs. Cela suppose des premiers des efforts de pédagogie et des seconds des efforts d’éducation.  Est-ce concevable ? Sinon, acceptons d’être les amants de Tina et d’être des moutons ?

 

Denis MARION

Entrepreneur sans but lucratif.




Par chercheinfo • Mercredi 28/12/2011 • Version imprimable

Tire-toi…

Tina, Tina, que de gens dois-tu séduire pour qu’on entende aussi souvent ton prénom. Tina, Tina, quatre lettres, un prénom bref, mais doux. Ha, Tina ! 

Je t’imagine, juchée sur un tabouret de bar, tes jolies jambes haut croisées. Je t’imagine un brin canaille, vulgaire pour certains, même si ces biens pensants rêvent de toi la nuit.

Je t’imagine entourée d’hommes, mais aussi de femmes. Tu n’as pas d’exclusive et ton parfum est à ce point dopé aux phéromones que personne n’y résiste.

Tu es toujours là, insoutenable séductrice, inévitable prédatrice. Tu es toujours là, jeune, jolie.

Maggie t’a sans doute oubliée avec  ses troubles de la mémoire, mais elle te vouait un tel amour que certains trouvaient cela malsain.

Ha Tina, tu as réussi à convaincre les grands argentiers à se passer du voisin de palier pour s’adresser à des marchés anonymes. Certes, tu n’as pas séduit tout le monde. Les Japonais, par exemple, qui préfèrent sans doute le style geisha.

Ha Tina, tu as habilement amené des hommes à se prendre pour Prométhée, au point qu’un nabot maintenant n’arrête de prononcer ton nom.

Ha Tina, tu mérites aussi la médaille de sauvetage. Es-tu si bonne que l’on voit en toi un Saint-bernard financier ?

Ha Tina, tu es sur tous les fronts. Tu es prête à tout pour nous aider. Aucun domaine ne t’échappe. Des arbres vénérables sur une vieille avenue et tu es là avec ta tronçonneuse. Des barrages de castors dans une commune brabançonne et tu es là avec ta pelleteuse. Des problèmes avec nos pensions et tu es là avec ta calculette pour nous recompter une histoire. Tu manies le sabre, le goupillon, le croupion avec l’aisance d’une vieille roublarde. Le pire avec toi est que parfois tu dis la vérité… mais peut-être pas aussi souvent qu’on croit.

Ha Tina, que ferait-on de l’avenir si tu n’étais pas là ? Peut-être que nous pourrions faire appel à notre cerveau, que nos idées pourraient quitter la gorge profonde séparant tes seins ? Nous, pauvres financiers libidineux, bourgeoises coincées, citoyens paresseux, parents dépassés, pourrions arrêter de rêver de toi. Nous pourrions regarder dans tes yeux et y lire tout le mépris que tu as pour nous. Nous pourrions utiliser notre imagination pour écrire des histoires moins convenues. Nous pourrions faire sans toi, ou en tous les cas, ne pas trop partager ta vie.

Mais bordel, tu reviens toujours. Si on ne fréquente plus le bar, tu nous retrouves ailleurs. Tu te déguises, tu te costumes, tu te travestis pour nous pourrir la vie.

Fous le camp, Tina… Tes jambes ne me font plus rêver, ta gorge ne me fait plus frémir, ton cul ne me fait plus b….

Fous le camp.

[Toutes mes excuses aux dames, avec l’acronyme Tina, je ne pouvais pas en faire un homme. De toute façon, Tina n’est ni une femme, ni un homme, ni un animal. C’est un monstre inhumain qui nous pourrit la vie.]

Denis MARION

Comme tout le monde a été un jour l’amant de Tina.

 
 
 


Par chercheinfo • Mercredi 21/12/2011 • Version imprimable

Dogmatisme et réalité

Ne vous avais-je pas déjà soulé avec l’interprétation étymologique de l’écologie et de l’économie ? Entre la science et l’administration, entre la science qui se doit à la rigueur et l’administration qui se laisse séduire par l’idéologie.

L'économie [politique] classique analyse et systématise certains modèles économiques et certaines conduites collectives régulières touchant la production la plus efficace et les échanges les plus avantageux, afin d'indiquer les meilleurs moyens d'aboutir à la prospérité dans un cadre social déterminé (dont la variabilité lui échappe bien souvent). Cette variabilité est moins souvent voulue qu’imposée. Et quand la volonté est là, ne découle-t-elle pas, parfois, souvent, de choix manipulés.

Notre mode de vie n’est pas négociable disent les Américains. Les Européens pourraient dire la même chose. Les classes aisées des pays émergents le trouvent séduisant. Il faut donc de la croissance pour que ce « bien-être » existe. Mais ce « bien-être » n’est finalement qu’une vue de l’esprit ou une accumulation de jouets. Et qu’est-ce d’autre que l’idéologie de la consommation.

Le débat sur les voitures de société en Belgique est exemplaire à cet égard. L’impôt est injuste et il faut l’éluder, légalement. Et le travail est une torture, il faut me motiver. Qu’y a-t-il de mieux qu’un véhicule et sa carte essence pour me donner du cœur à l’ouvrage et  surtout assurer mon statut? Il importe peu que cela réduise l’assiette de la sécurité sociale ou de l’impôt, que cela constitue un privilège[1] financé par la collectivité[2]. Il importe peu que cela nécessite plus de parking, que cela engorge les routes et augmente la pollution, que cela conduise à des comportements aberrants favorisés par une absence de coût et qu’au final, la société ne s’y retrouve pas (que du contraire).  D’aucuns pourront dire que d’autres avantages financés par la collectivité existent. Certes, mais ils ne deviendront des privilèges que s’ils ne présentent pas un gain pour la société, en termes par exemple de cohésion sociale, d’éducation, de santé publique ou de facture climatique. Ainsi, une prime à l’isolation favorisera d’une part, l’emploi local et d’autre part, une diminution de la facture climatique, ce qui n’est pas sans impact social.

Cette économie a  donc modelé des modes de vie, lesquels ont renforcé la croyance en ses bienfaits réels ou futiles. N’avions-nous pas l’impression d’être comblés par le sort ? Mais l’âme est vendue et certains diables veulent leur dû. Des diables bien différents, concurrents. 

Les marchés veulent maintenant de la rigueur « économique »  et de la croissance. Ils ne sont pas à une contradiction près. S’il y a rigueur, il y a appauvrissement. S’il y a appauvrissement, il y aura diminution de la consommation, moteur de la croissance. Mais peut-être que ce que veulent les marchés, c’est simplement moins d’état, moins de protection, moins de politiques sociales et le moment s’y prête pour faire passer cela. Et certains y croient, convaincu que c’est le seul moyen de retrouver la cocagne.

La planète aussi se réveille. Et ses exigences sont fort différentes de celles de l’idéologie des marchés ou de la consommation. Elle n’a pas peur pour elle, mais pour les plus fragiles d’entre ses habitants, particulièrement les hommes. Des gens ont examiné ses demandes avec une rigueur « scientifique » cette fois. Ils en ont déduit que des modifications étaient nécessaires : moins de CO2, moins de gaspillage d’eau, de terres, de matière, Ce n’est pas de l’idéologie, ce sont des faits. Tout au plus pourrait-on dire qui ces gens voudraient que l’on repasse à l’art de gérer sagement une maison, un ménage, d'administrer un bien… qui était le sens premier de l’économie.

Mais on l’a vu à Durban, les pays, donc l’économie (ou inversement) s’assoient sur ces bons conseils. Dans ce débat d’ailleurs, si l’arrogance des plus riches est des plus détestables, elle ne cède en rien à l’hypocrisie de certains pays émergents, qui réclament le droit de polluer pour alimenter une croissance qui en définitive ne profite qu’à une élite. En d’autres termes, ils exigent à juste titre que les pays « riches » bouchent les trous dans la coque du bateau commun en s’arrogeant le droit d’y creuser d’autres voies d’eau aussi conséquentes.

Donnons la primauté aux faits, hic et nunc. Les faits exigent des modifications. Si l’idéologie n’aime pas cela, qu’elle se taise ou qu’elle se réforme.  La seule contrainte est celle de la justice sociale et là, je suis d’accord, c’est du domaine des idées.

 
Denis Marion
Entrepreneur sans but lucratif
 


[1] Ce privilège intéresse le salarié qui en profite, mais aussi et surtout l’employeur qui peut diminuer la masse salariale à financer.

[2] 4 milliards selon certains. Cela en fait des gares, des lignes de train ou de tram.



Par chercheinfo • Mercredi 14/12/2011 • Version imprimable

Je déclare sur l’honneur

Que tout cela compte pour du beurre

 Une série d’initiatives seront en outre prises pour favoriser la transition écologique de l’économie et développer les emplois verts. […]

Le Gouvernement ambitionne que la Belgique rejoigne le groupe des Etats européens pionniers dans la transition vers de nouveaux modes économiques de production et de consommation durables. Réduire drastiquement la consommation de ressources naturelles et d’énergie (en particulier les combustibles fossiles) est essentiel non seulement pour la préservation de l’environnement, mais doit aussi renforcer la compétitivité de nos entreprises et la création d’emplois[1].

Si, si, croyez-le ou pas. Nous prenons le chemin de la transition… En tous les cas, c’est écrit noir sur blanc dans le Projet de Déclaration de Politique Générale. Maintenant, si les paroles s’envolent et les écrits restent, les promesses n’engagent, elles, que ceux qui y croient. Et bien, là, je n’y crois pas… Je n’y crois vraiment pas.

Il est impensable de concevoir que les signataires de cette déclaration de politique générale soient convaincus par la transition écologique de l’économie. Je ne dis pas qu’il se pourrait que l’un ou l’autre n’ait pas été séduit par ce concept. Et il n’est pas impossible qu’il ait réussi à inscrire ces quelques phrases, discrètement, dans ce texte de 170 pages. Mais honnêtement, qui pourrait croire que tous les partis autour de la table soient prêts à se lancer dans ce voyage initiatique.

Le gouvernement soutiendra les énergies renouvelables, le gouvernement fera ceci, fera cela… Mais la première chose est de supprimer les primes en matière d’économie d’énergie. Cela coule de source, non ? Les 15% pour les voitures, d’accord. Ce n’est pas comme cela qu’il fallait réfléchir en matière de mobilité. Mais le reste… cela touche l’amélioration énergétique du parc immobilier. Un enjeu fondamental en regard tant du dérèglement climatique que de l’augmentation des prix de l’énergie. Les investissements dans le rail ne sont pas non plus une priorité.

Par contre, s’il y a bien une Réforme du régime fiscal des voitures de société, cette réforme ne modifiera vraisemblablement pas le paysage automobile. L’avantage en nature sera désormais calculé en fonction de la valeur catalogue du véhicule et de son impact sur l’environnement (émission de CO2). Le coût de ce nouveau régime fiscal sera pour 50% à charge du bénéficiaire à titre de personne physique et pour 50% à charge de la société qui met le véhicule à disposition.

J’ai beau lire les 172 pages de cet accord, rien ne me porte à croire à un départ, joyeux, forcé, sur la route de la transition.

Seule consolation est la régionalisation partielle du code de la route. Cela comprend notamment la détermination des limites de vitesse sur la voie publique, sauf sur les autoroutes, et le contrôle des règles du Code de la route qui sont régionalisées, en ce compris la fixation des sanctions administratives et pénales. Cela pourra permettre d’être innovant en Wallonie en lançant la Ville 30, le 30 km/h en agglomération.

Ce serait déjà un pas vers la transition… en tous les cas vers la convivialité.

Denis MARION

Entrepreneur sans but lucratif



Par chercheinfo • Jeudi 08/12/2011 • Version imprimable

La philosophie du brushing (Lettre à Pascal Bruckner et cons saurs)

La Pastèque masquée 1er décembre 2011
 
La philosophie du brushing (Lettre à Pascal Bruckner et cons saurs)



Source iewonline.be

Cher Monsieur Bruckner,
 
Je me résouds à vous écrire car la lecture de votre effarant essai “Le fanatisme de l’Apocalypse – Sauver la Terre, punir l’Homme” (Editions Grasset & Fasquelle, 22,5 euros, prix qui, ramené au contenu qualitatif et quantitif de la chose, justifie amplement l’épithète placé en ouverture de cette lettre) a aggravé et conduit au-delà du tolérable la nausée intellectuelle initialement contractée au contact de vos multiples prestations médiatiques. Le tiroir “tout ce qui est outrancier est insignifiant” dans lequel je reléguais vos pitoyables saillies débordant désormais de toutes parts, il m’apparaît indispensable d’y faire le vide en vous renvoyant quelques-unes de vos insanités.
Entendons-nous bien, Monsieur Bruckner, il ne s’agit pas ici de nier votre droit sacré à la contradiction ; celle-ci est en effet nécessaire, salutaire, vitale... pour autant qu’elle s’appuye sur un minimum d’esprit – je ne parle d’érudition – et de fond. Force m’est malheureusement de constater que votre triste factum et le service promotionnel que vous lui assurez en manquent dramatiquement. On y décèle le désir de polémique ; les petites phrases assassines et les grandes envolées positivistes y racolent au détour de chaque paragraphe ; la caricature y supplante la réalité mais on y cherche en vain l’essentiel : des arguments soutenant le propos. Cela ne serait pas grave si votre prose ne prétendait pas au statut d’expertise, si vous assumiez un rôle de pamphlétaire plutôt que de vous poser en penseur éclairé. Votre livre est nocif car il regorge de suppositions, d’à-peu-près, d’erreurs et de contre-vérités présentés comme autant de faits avérés et certifiés. Vous êtes de facto dans le peau d’un dealer vendant à ses clients une came frelatée.
Puisque j’en suis arrivé à prendre le clavier pour vous faire connaître mon point-de-vue sur vos élucubrations, je vais me permettre un conseil : ne vous aventurez pas en terre inconnue, continuez à disserter sur le désordre – ou le paradoxe – amoureux, le sanglot de l’homme blanc, la mélancolie démocratique, la tentation de l’innocence ou la tyrannie de la pénitence [1] mais évitez de confronter vos réflexions à des éléments scientifiques. Libre à vous en effet de cracher votre fiel sur un tiers-mondisme considéré comme “culpabilité et haine de soi” : on ne pourra vous opposer en retour qu’une analyse politique ou philosophique d’une valeur intrinsèque ni supérieure ni inférieure à la vôtre. Mais lorsque vous vous attaquez à la question climatique ou, plus globalement, environnementale, vous n’êtes plus face à un sujet relevant d’un positionnement idéologique mais devant une situation liée à une multitude de paramètres incontestables : volume des émissions de gaz à effet de serre ; évolution des températures ; surface de la calotte glaciaire ; niveau des réserves de matières premières ; taux de pollution... Des paramètres dont on cherche vainement la moindre évocation dans votre analyse, ce qui explique sans doute que celle-ci stagne à la hauteur d’une discussion de Café du Commerce.
Pour être honnête, je dois vous avouer que je peine à comprendre comment/pourquoi une aussi piêtre dissertation jouit d’un tel écho médiatique... Cette interrogation n’est pas neuve, elle m’est déjà venue à plusieurs reprises à la lecture de certaines de vos productions mais aussi de celles de vos collègues Glusmann, BHL, Fienkielkraut, Ferry ou même Onfray. Et après mûre réflexion, la réponse m’apparaît ne pouvoir résider que dans l’ornementation capillaire des sus-nommés et de vous-même. Au pays des médias, la pertinence du philosophe semble bel et bien se jauger à son brushing. La mini-vague avec décollement des racines et balayage aura ainsi contribué davantage que l’acuité de ses écrits à imposer Bernard Henry-Lévy dans le débat politico-médiatique. Et son destin d’upper ministre auto-proclamé des Affaires étrangères n’aurait sans doute pas été ce qu’il est si ce Samson de la pensée géo-stratégique avait dû pactiser avec la calvitie.
Mais je m’égare. Revenons-en donc à ce “Fanatisme de l’Apocalypse” objet de ma missive.
S’il t’est sans doute difficile de reconnaître que ton bouquin ne vaut pas tripette, tu conviendras au moins, Pascal, que tu y succombes parfois et même souvent à la facilité. Ainsi, est-il vraiment judicieux de te laisser aller à la blague à dix sous en questionant : “A quoi reconnaît-on un écologiste ? A ce qu’il est contre tout, le charbon, même avec séquestration du CO2, le gaz naturel, le gaz de schiste, l’éthanol, le fuel lourd, le nucléaire, le pétrole, les barrages, les camions, le TGV, la voiture, l’avion.” Franchement, c’est digne d’un grand esprit de notre époque, ça ? On dirait plutôt du Jean-Marie Le Pen en très petite forme. De même, les amalgames entre les défenseurs de l’environnement et les Mayas, Nostradamus, Paco Rabane ou Elizabeth Teissier, tous réunis sous une étiquette “chevaliers de l’Apocalypse”, ne sont vraiment pas à ton honneur. Quant à la manoeuvre consistant à évoquer les discours d’adeptes de la deep ecology en laissant croire que ces positions extrémistes font consensus sinon unanimité, elle est tellement grossière qu’elle en devient pathétique. Mais bon, si cela t’amuse, continue à faire joujou... En fin de compte, tu ne nuis là qu’à ta crédibilité.
Par contre, tes approximations et affabulations ne peuvent prétendre à la même indulgence.
Ton sous-titre, “Sauver la Terre, punir l’Homme” constitue ainsi une contre-vérité absolue qui traduit ta méconnaissance dramatique de la problématique. Car ce n’est pas du tout, du tout l’enjeu. Loin d’être concentrée sur le devenir de la planète, l’écologie constitue tout au contraire une démarche politique globale au cœur de la réduction des inégalités, en particulier dans les pays les plus pauvres. Je te renvoie, si la question t’intéresse tant soit peu, au travail de Vandana Shiva en Inde ou de Wangari Muta Maathai au Kenya. Et je citerai pour te contre-dire quelqu’un que tu ranges parmi les crétins environnementalistes alors même que son texte réfute, comme toi, la sacralisation de la Terre-mère : “Je ne crois pas que nous devions sauver la planète. Elle se fiche bien de nous. La Terre pourrait rouler dans l’espace infini sans aucune vie, ou bien avec seulement deux ou trois colonies de cafards et quelques scorpions puisqu’il paraît que seules ces bestioles survivraient même à une guerre nucléaire. Ne perdons donc pas de vue l’objet de notre action écologique. Nous luttons “seulement” pour sauvergarder l’écosystème qui rend possible la vie humaine. (...) C’est dire qu’il n’est pas utile de céder aux élucubrations métaphysiques du New Age ni aux célébrations de la “Pacha Mama” et autre déesse “terre-mère” pour agir efficacement. L’écologie politique pose avant tout une exigence de rationnalité et de responsabilité très humaines. Aucun dieu ne sera le juge final des conséquences de nos actes dans ce domaine. Si nous échouons, l’enfer, ce sera le monde pourri dans lequel nous croupirons.”( [2] C’est clair, non ? Il n’est pas question de “punir l’Homme” mais tout au contraire de lui permettre de poursuive sa petite affaire existentielle dans des conditions aussi bonnes que possibles.
Autre erreur originelle de ton raisonnement, “l’écologie se veut la revanche du monde rural contre une civilisation urbaine qui l’a en partie éliminé”. Ben non, mon coco. Une fois encore, tu es à côté de la plaque : l’écologie prône, à l’opposé, un réinvestissement de la ville !
Vraiment, mon grand, tu devrais te documenter avant de te lancer dans un devoir de cette importance. Mais attention, cela demande aussi un minimum de sérieux. Comme on l’explique aujourd’hui dès l’école primaire, pas question de choper n’importe quoi sur internet : il faut se soucier de la source, de sa crédibilité, recouper les infos. Cela t’aurait par exemple évité – enfin, vu le niveau de ton raisonnement, ce n’est pas certain... – de t’épancher sur les éoliennes avec des arguments un peu plus objectifs et pertinents que ceux puisés sur le site (que tu as l’honnêteté et la naïveté de mentionner en référence) des plus farouches opposants à cette source d’énergie !
Par-delà cet épisode, ta légèreté et ton manque de rigueur laissent pantois. Démonstration éloquente à travers cet exemple puisé parmi beaucoup trop d’autres : “Lisez par exemple ce résultat d’une étude parue le 1er décembre 2010 : “En une journée, un enfant de 10 ans est susceptible d’être exposé par son alimentation à 128 résidus chimiques provenant de 81 substances différentes. Quarante-deux d’entre elles sont classées “cancérigènes possibles ou probables” et 5 “cancérigènes certaines”. Trente-sept substances sont aussi des perturbateurs endocriniens.” On se demande comment nos petits, après un tel déluge, ne ressortent pas de la cantine avec la tête d’Elephant Man et de Quasimodo. Quant aux saveurs, à l’art de vivre que représente une bonne table, elles risquent d’être les premières victimes de cette obsession hygiénique. Le sens du produit noble s’efface devant le souci du produit sain.” Mais bougre d’andouille, tu n’as pas compris que les deux étaient totalement imbriqués et que le produit sain était précisément le plus noble ? Et si, faute de tête d’Elephant Man et de Quasimodo, nos (tes...) petits ressortent de la cantine avec un cancer ou tout autre maladie plus ou moins grave, tu gardes l’esprit aussi taquin ?
Tu dénonces “un nouvel obscurantisme porté par l’idolâtrie des mathématiques”, “tout ce charabia à base de fractions et de pourcentages (qui) a pour but d’asséner des propositions irréfutables.” – “Quelle est la finalité de ce chiffrage insensé ? Paralyser les éventuels objecteurs ! On aligne les colonnes de nombres comme d’autres des panzers pour prouver ses arguments.” Bien. Mais il en serait autrement, le discours ne reposerait pas sur des données scientifiques quasi-irréfutables, tu serais le premier à dénoncer des propos infondés, des affabulations d’illuminés. Non ?
Par ailleurs, la tarte à la crème que tu nous sers pour évoquer la décroissance n’est vraiment pas de première fraîcheur et pèse lourdement sur le bon sens : “Plusieurs milliards d’hommes attendent de la croissance une amélioration de leur sort. Au nom de quoi oserions-nous la leur refuser ?” – “Pour nos Robespierre de la bougie, il faudra donc renoncer au luxe, au consummérisme, aux voyages exotiques pour contribuer de manière infime mais décisive à la bonne marche de l’univers. (...) Ecoutez la longue cohorte des cafards qui nous prêchent sur tous les tons l’urgence de la mouise. Ils fustigent l’insouciance de nos concitoyens qui partent en vacances disperser leur empreinte carbone aux quatre coins de la planète, surfent sur leurs ordinateurs, pianotent frénétiquement sur les portables, conduisent encore des 4X4 au lieu de se couvrir la tête de cendres pour se consacrer au repentir et à l’épargne. De quoi s’agit-il ? De mettre le voile noir du deuil sur toutes les joies humaines.” Dis, tu n’as pas honte d’écrire des conneries pareilles ? Car je n’ose imaginer que tu crois réellement qu’il s’agit de refuser le droit des peuples au développement, prôner l’ascèce expiatoire ou “revenir des siècles en arrière” comme tu le mentionnes également.
Mais ce n’est pas le plus grave... Ce plus grave, il est dans tes allusions nauséabondes. Oui, je sais, le terme est fort mais tu le mérites.
Je vais passer sur ton argument, partagé avec Claude Allègre, selon lequel les préoccupations climatiques dresseraient un écran de fumée devant les vrais problèmes du monde : la pauvreté, les famines, l’accès à l’eau potable, les grandes pandémies. Je t’ai expliqué plus haut, Mélenchon à l’appui, que ce combat environnemental s’inscrivait dans une approche plus globale où le développement et les questions sociales occupent une place centrale. L’implication des ONG Nord-Sud dans ce combat constitue par ailleurs le meilleur démenti opposable à ton propos.
J’en arrive donc à tes raccourcis foireux et insinuations calomnieuses. Pardon : je perds ma retenue. Je te prie de m’en excuser mais, bordel de merde, faut me comprendre aussi, tu dépasses sérieusement les limites de l’indécence morale.
Sans doute l’appellation “khmers verts” était-elle trop éculée pour que tu t’en contentes. Il fallait que tu singularises ta stigmatisation et tu ne t’en prives pas, mon salaud ! J’oublie les “marxiste” et “communiste” qui dans, ta bouche, ont valeur d’injures pour ne garder que tes “perles” outrancières.
“Toutes les sottises du bolchevisme, du maoïsme, du trotskisme sont en quelque sorte reformulées au carré au nom du salut de la planète.” Pour rappel, la “planète” en tant que telle, on s’en fout ; le problème, que tu n’as pas intégré dans ton logiciel, c’est que nous avons vitalement besoin d’elle.
“Rappelons que le gouvernement de Vichy fut en France le grand propagateur de la bicyclette pour tous, été comme hiver, la voiture n’étant réservée qu’aux médecins, miliciens et policiers.” – “Les liens de l’écologie et du fascisme ont souvent été soulignés et mériteraient une étude spécifique.” Communiste et fasciste : le fantasme des extrêmes qui se rejoignent et s’allient en une alliance brun-rouge, ce n’est pas franchement original, tu le sais. La dernière fois que j’ai assisté à ce tour de passe-passe, il permettait de regrouper dans une même case extrême-droite anti-sémite et extrême-gauche pro-palestinienne considérées réunies par une même haine du “juif”... Là encore, tu joues petit bras. Un peu d’ambition que diable ! Tant qu’à faire, à ta place, j’aurais sorti la carte zoophilie ; dans ton analyse, c’est plausible : une telle proximité avec la nature conjuguée à un rapport ambigü à l’Homme, hmmmmm, c’est louche...
Mais trêve de plaisanterie : ma boucle se boucle, je me retrouve face à du tellement outrancier qu’il en devient insignifiant et que c’est lui faire trop d’honneur que de m’y arrêter.
Tu vois, Pascal, en fin de compte, ce qui m’horripile chez toi, c’est moins ta prétention de savoir, ta certitude de détenir et dispenser la vérité, que ton arrogance de jouisseur sans scrupule. Tu as la chance de te trouver du bon côté du manche et tu es bien décidé à en profiter ; pas question de te poser des questions et encore moins de culpabiliser. Why not... ? C’est un choix ; on peut en préférer d’autres. Comme on peut préférer un autre avenir que celui que tu évoques en conclusion de ton livre.
“Le meilleur remède contre la dégradation de l’envionnement, c’est d’abord l’enrichissement matériel du plus grand nombre, c’est l’industrialisation à marche forcée. (...) En d’autres termes, le remède est dans le mal, dans cette civilaisation industrielle honnie, cette science qui effraie, cette crise qui n’en finit pas, cette mondialisation qui nous dépasse : seul un surcroît de recherches, une explosion de créativité, un saut technologique inédit pourront nous sauver. C’est à repousser les frontières qu’il faut travailler, en encourageant les inititaives les plus folles, les idées les plus épousouflantes. Il faut transformer la raréfaction des ressources en richesse des inventions. Nous sommes peut-être à l’aube d’un renouveau inouï de l’architecture, de l’immobilier, de l’industrie, de l’agriculture (citons pêle-mêle les créations de l’avion et du bateau solaires, de l’aéronef à coque transparente, du jet hypersonique qui volera dans la stratosphère, la fusion de l’hydrogène, les maisons construites sur le modèle des termitières, l’ensemencement en minerai de fer des océans pour faire croître les algues planctoniques, l’édification d’une grande muraille verte en Afrique qui relierait Djibouti au Sénégal, les centrales thermo-solaires, les mini-centrales nucléaires sous-marines, etc.)”
Aaah, les mini-centrales nucléaires sous-marines... Voilà vraiment une perspective susceptible, comme tu dis, de “frapper au coeur du désir humain”.
Allez, je ne te salue pas, j’ai mieux à faire.
NB : Il y a un an, un écrivain s’est lancé dans le même exercice que toi mais en assumant, lui, sa mauvaise foi et son parti-pris. Il s’appelle Iegor Gran et son ouvrage s’intitule “L’écologie en bas de chez moi” [3] Désolé de te dire ça, mon Pascal, mais il s’en tire vachement mieux que toi. Sans prétendre au statut de penseur que tu brandis en étendard, préférant l’ironie à l’incantation, il réussit à interpeller et égratigner sinon ébranler les convictions.

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[1] Titres de différents essais de Pascal Bruckner
[2] Jean-Luc Mélenchon, “Qu’ils s’en aillent tous !”, Flammarion, 2010
[3] Editions P.O.L. 

Par chercheinfo • Vendredi 02/12/2011 • Version imprimable

Respire, disait la souris



Il y a deux ou trois jours, j’ai eu une brette avec un voisin quand je lui proposais de participer à une réunion sur la mobilité et la sécurité. Il n’avait pas le temps d’y consacrer deux petites heures en utilisant le sempiternel argument : « Tu as le temps, toi. Tu n’as pas d’enfant[1] ». Effectivement, j’aurais même le temps d’aller aux funérailles de ses gamins, renversés par l’un ou l’autre chauffard dont il se plaint.
Choquant ?

Si la désaffectation des citoyens pour la chose publique ou le bien commun est manifeste, elle est d’autant plus préoccupante de la part de ceux qui ont choisi d’être parents. Laissez l’initiative à ceux qui célibataire, en couple, n’ont pas de progéniture, ceux auxquels l’on prête un égoïsme latent par l’absence ou leur refus de descendance n’est peut-être pas la meilleure idée. Pourquoi aurais-je envie de limiter mes plaisirs pour les mioches d’un autre.

Mais tu ne comprends pas. Nous n’avons simplement pas le temps. Nos enfants nous bouffent du temps. Il faut aller ici, là, les conduire. Il faut les occuper. Ce qui explique peut-être que seuls 30% de nos déplacements sont entre le domicile et le lieu de travail. Nous avons tellement de choses à faire. Et puis, il y a le travail. Il faut bien bosser pour les gâter. Il faut que nous pensions à leur avenir.

Justement, leur avenir.

Il est bien normal que nous désirions pour ceux qui nous suivent une meilleure situation. Nous voudrions qu’ils aient le c.. dans le beurre. Mais le c.. dans le beurre, cela soigne le froyon, pas les problèmes respiratoires liés aux polluants. Et avec le réchauffement, il y a de fortes chances que le beurre se liquéfie. Bien entendu, nous pouvons espérer que nos (petits-)enfants montent dans la dernière arche, mais au train où vont les choses, même l’oligarchie mondiale n’aura peut-être pas de place.

Pensons moins en biens et plus en liens. Mais pensons surtout à nous bouger.  Parce que si nous pouvons nous réfugier derrière l’inaction des autres, voire leur stupidité, leur vénalité, il n’en reste pas moins que le reflet dans la glace le matin est bien le nôtre.  

D'ici quelques années, on aura bouffé la feuille et tes petits enfants, ils n'auront plus qu'un œil en pleins milieu du front. Ils te demanderont pourquoi toi t'en as deux. Tu passeras pour un con. Ils te diront comment t'as pu laisser faire ça. T'auras beau te défendre, leurs expliquer tout bas, c'est pas ma faute à moi, c'est la faute aux anciens mais y aura plus personne pour te laver les mains. Tu leur raconteras l'époque où tu pouvais manger des fruits dans l'herbe, t’allonger dans les prés. Y avait des animaux partout dans la forêt. Au début du printemps, les oiseaux revenaient[2].

Bougeons donc. Et cela passe par la participation à des moments de réflexion, à des actions de terrain. Mais aussi par une refonte de nos besoins, de leurs besoins. De notre manière d’éduquer. Et pour cela, il ne faut pas compter uniquement sur l’école, mais aussi sur nous, citoyens et surtout ceux qui sont aussi parents.

 

Cela suppose du changement…

 

Ha, j’oubliais… pour conclure, ne venez pas m’em… avec l’argument que vos enfants payeront ma pension. Mes impôts payent vos allocations. C’est un débat stérile. Nous sommes dans la même chaloupe et tout le monde doit ramer.

 

Denis MARION

Entrepreneur sans but lucratif.



[1] Que tous ceux qui m’ont sorti cet argument ces derniers mois ne se sentent pas visés… enfin pas tous… Certains d’entre vous avaient des arguments recevables. Ou alors, peut-être sont-ce les liens d’amitié….

[2] Extrait de Respire, par Mickey 3D

 


Par chercheinfo • Mercredi 30/11/2011 • Version imprimable

Panem et circenses

Cinq millions et demi d’euros au bac pour un grand prix de F1[1]. En ces temps de crise, vous, je ne sais pas, mais moi, cela me donne mal au cœur.

Je sais, et je le revendique, je ne comprends rien aux « sports » moteurs. D’ailleurs, ils me laisseraient de glace s’ils ne représentaient pas un coût pour la collectivité.  Certains objecteront que le rayonnement de la Belgique (payé en l’occurrence par le contribuable wallon) passe par là. Mais personne n’a réellement prouvé la chose. D’autres vont plus loin. Nous manquons de sportifs de haut niveau disent-ils. Il faut donc les aider. Pourquoi pas un petit salaire pour le jeune D’Ambrosio [2]?

Vous pouvez être convaincus qu’une « gamine » en minijupe ou un clampin qui joue au cerceau vont pousser les investisseurs à galoper vers l’aéroport le plus proche pour accourir en Belgique et amener leurs billes, surtout si vous êtes journaliste sportif[3] qui défendez votre gagne-pain ou sans imagination qui revendiquez le droit à la non pensée. Mais j’ai la naïveté de croire qu’un chef d’entreprise, fût-il lointain et exotique, sera plus enclin à considérer la qualité des travailleur ou la docilité du législateur. Et pour ceux qui auraient plus de hauteur, la qualité de la recherche, les capacités d’innover seraient des arguments supplémentaires.
En puis, ces petits millions de Francorchamps, ils vont alourdir la bourse d’un type peu fréquentable pour qui Hitler "était efficace" et la démocratie "n'a pas fait grand bien à beaucoup de pays"[4] et la dot d’une pauvre petite fille riche[5]. Je la trouve passablement saumâtre.  

Ha, l’expression de l’arrogance de ces fédérations sportives[6] qui imposent des règles draconiennes et font miroiter l’Eldorado. En Afrique du Sud, pour le mondial, «  Des quartiers pauvres ont été rasés ; les ouvriers ont construit les stades pour des salaires de misère ; des vendeurs de rue ont été chassés des rues et privés de leur source de revenu. Bref, la majorité de la population sud-africaine est restée hors jeu.[7] »

Basta.  Que l’on arrête de nous bassiner avec ce sport spectacle… qui touche même les plus petits communes qui veulent toutes des équipements hors de proportion [Je n’ai jamais dit qu’il fallait raser la buvette du club local] et qui finalement a vraisemblablement peu d’effet sur la santé économique et sociale.

Prenons plutôt conscience de l’impact climatique de ces manifestations. Ces petits caïds qui tournent pendant des heures ou qui s’amusent dans le désert en lâchent des caisses… de Co2. Moins que d’autres manifestations certes, mais de trop et pourquoi [8] ?

Parce que le climat, ce n’est pas l’atmosphère entre négociateurs dans un Vaudeville, dans lequel on se préoccupe plus de qui cocufiera qui, plutôt que de la réalité et de l’avenir.

Le climat est ce qui déterminera ce dont sera fait demain et quand on sait que les principaux gaz à effet de serre à l’origine du réchauffement climatique ont franchi de nouveaux records de concentration en 2010, les effets de manche ou les frétillements sur la taxation des voitures de société [lesquelles, au passage, pourraient être généralement supprimées] me semble ridicule.

Alors, Basta. Améliorons le climat. Virons les sportifs et leurs maquereaux à pognon. Retrouvons les plaisir des matchs de village, des courses dans les bois, voire des sports en chambre. Et si l’on veut dépenser du pognon, que l’on pense à la recherche, à l’enseignement (mais peut-être pas du foot), à l’amélioration des logements, à la convivialité…. Le monde ne s’en portera pas plus mal. La Belgique sera peut-être reconnue pour des choses moins futiles et le climat s’en trouvera moins alourdi.

Denis Marion.

Entrepreneur sans but lucratif.



[8] Le Dakar 2010 affiche un total des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 42 800 tonnes de CO2, contre 2 700 000 tonnes pour la Coupe du monde football



Par chercheinfo • Jeudi 24/11/2011 • Version imprimable

De petites choses et de grands effets

 La mondialisation, c'est aussi la libre circulation des espèces animales et végétales : fourmis tropicales, rats musqués d'Amérique et arbustes d'Europe de l'Est envahissent nos villes et nos campagnes et modifient notre environnement[1].

Le réchauffement, c’est aussi la prolifération de ces espèces exotiques qui trouvent un climat à leur convenance.

Le réchauffement, c’est aussi la prolifération de certaines espèces endémiques qui en deviennent envahissantes et destructrice.

A en croire articles et reportages, la mondialisation et le réchauffement se conjugueraient pour pourrir notre futur.

Un reportage sur une chaine française a récemment attiré mon attention sur les forêts du Montana, source d’inspiration pour de nombreux écrivains nord-américains dont James Crumley, un de mes préférés. Des forêts se meurent[2] sous les assauts d’un petit insecte endémique dont les éclosions durent maintenant plusieurs mois au lieu de deux semaines. Ces destructions d’arbres ne sont pas sans effet sur l’environnement direct : écosystèmes perturbés, espèces comme le grizzly en danger, sols ravinés. Des régions qui étaient des puits de carbone deviendraient émettrices dit-on, ce qui renforcerait le réchauffement[3]. Les impacts économiques, eux aussi, ne sont pas négligeables.

Ces phénomènes ne se limitent pas à l’Amérique du Nord et peuvent plonger des populations entières dans le désarroi.

Les espèces exotiques sont un autre exemple de bouleversement écologique. Le phénomène, fortement lié aux déplacements, n’est pas récent. Christophe Colomb n’a-t’il pas ramené de ses voyages une variété de tarets qui serait la cause des ruptures de digues en Hollande au 18ème siècle[4].

Cependant, la vitesse de déplacement, les volumes considérés, les matières transportées augmentent le risque notablement. Des espèces sans prédateur connu dans nos régions se développent au détriment de la population indigènes (et ne voyez en cela aucun couplet raciste) avec des séquelles encore mal évaluées. Avec des paradoxes… le crabe chinois, qui aurait disparu à Shanghai, est tellement présent dans l’estuaire de l’Elbe, que certains rêvent de l’exporter en Chine. Il ne faut bien entendu pas considérer chacune de ces « nouvelles espèces » systématiquement comme indésirables. Elles ne sont pas toujours responsables des maux que l’on leur attribue. Ce reportage sur l’invasion des espèces exotiques[5] le démontre pour certaines d’entre elles. Pour autant, il ne faut pas croire à leur innocuité systématique. Les relations entre le frelon asiatique et l’abeille commune en sont un bel exemple.

Mais prendre en compte tout cela ne serait-il pas simple exagération, panique, gauchisme, anticapitalisme, obsessions naturalistes ? Nous pouvons aborder ce sujet sous plusieurs angles, mais tous nous ramènent à des remises en question. Au-delà de toute question de relocalisme, de mise en doute d’un système, de valeurs environnementalistes, quel est le coût pour la société de la surveillance des importations de mangues ? Quel sera le coût de la destruction des ruches par le frelon asiatique ? Comme le taret bouffe la coque des navires et le Mountain pine beetle nique les pins, tous ces petits dérèglements nous conduisent à un magnifique naufrage. Qu’à tout le moins, on s’occupe des plus grandes voies d’eau.

 
Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif.


[1] L'invasion des espèces exotiques (Allemagne, 2008, 43mn) MDR Réalisateur: Anne Mesecke

[2] Pendant de nombreuses années, Diana Six, entomologiste à l’université du Montana, est toujours partie travailler sur le terrain durant les deux ou trois mêmes semaines de juillet. C’est en effet à cette époque que son objet d’étude, les dendroctones du pin ponderosa, minuscules et noirs, avaient l’habitude d’éclore dans l’arbre qu’ils venaient de tuer et le quittaient pour un autre afin de recommencer leur cycle de vie.

Mais aujourd’hui, déclare Diana Six, les règles du jeu ont changé. Les insectes sont présents en continu de mai à octobre et non plus seulement deux semaines, et s’attaquent aux arbres six mois durant, creusant des trous dans lesquels ils pondent leurs œufs. Et ce n’est pas tout. Alors qu’auparavant, ils prenaient rarement pour cible les arbres immatures, ils le font à présent en permanence. De plus, les températures, naguère plus froides, faisaient que ces insectes étaient absents des altitudes élevées, alors qu’on en trouve aujourd’hui en grand nombre et qu’ils tuent les arbres des sommets. Et par endroits, à ces altitudes, leur cycle de vie, qui était de deux ans du fait des températures peu élevées, se limite aujourd’hui à une année seulement.

http://www.goodplanet.info/Contenu/Points-de-vues/Pourquoi-les-grandes-forets-de-l-Ouest-americain-meurent-elles/(theme)/267

[3] Les insectes aussi peuvent faire passer des surfaces entières de forêts de puits de carbone en sources de carbone. Prenons par exemple la Colombie-Britannique, qui représente l’épicentre de l’invasion du dendroctone du pin ponderosa en Amérique du Nord. Elle a perdu quelque 140 000 km² de forêts de pins matures et elle devrait avoir perdu 80 % de ses pins tordus matures d’ici 2013. 

[5] L'invasion des espèces exotiques (Allemagne, 2008, 43mn) MDR Réalisateur: Anne Mesecke



Par chercheinfo • Jeudi 17/11/2011 • Version imprimable

Les lettres de cachet.

De gustibus et coloribus non est disputandum. Et pourtant, c’est un des premiers arguments pour s’opposer à un projet urbanistique.
Entendons les trompes du bon goût à la mélodie passéiste. Mais les notes ne seraient-elles pas fausses ? Sur quels critères esthétiques, mes concitoyens et leurs élus se fondent-ils pour refuser leur « imprimatur ».
Il y a toujours des arguments objectifs pour critiquer un projet. Des éléments techniques, des volumes, des implantations, peuvent être critiqués et parfois à juste titre. Mais bien souvent, l’opposition à ces projets ne se fonde ni sur ces arguments, ni sur l’envie d’améliorer le bien commun. Il s’agit plus simplement d’une opposition au changement. Que l’on ne vienne pas déranger ma quiétude, ma vue, heurter mes conceptions esthétiques. Et les critiques seront d’autant plus virulentes, les oppositions plus fermes, s’il s’agit d’habitations à caractère social.
Tout est bon pour justifier son rejet. Dans nos villages, la préservation du caractère rural est la première chose qui est avancée par les opposants, quand bien même ils auraient oublié le parfum des fenaisons ou la douceur de la terre. De la ruralité, ils n’ont retenu que l’absence de voisins et une nature domestiquée. « Il faut savoir qu'une prairie fleurie ne fleurit que pendant quelques semaines, se plaint un riverain. En dehors de cette période, il s'agit de pailles plus ou moins couchées et encombrées de branches, mauvaises herbes, chardons, orties... » lisais-je dans un article consacré à un projet d’habitations sociales entourées de prairies fleuries. Témoignage d’une méconnaissance de la prairie fleurie et du goût pour ce qui est tiré au cordeau.
La mobilité est également un biais bien commode. Ne pensez-vous pas que nos petites routes seront si vite saturées ? Et alors. Peut-être que plus vite seront-elles bloquées, plus vite nous prendrons nos vélos ou les transports en commun ? Par ailleurs, est-ce un argument pertinent à moyen ou long terme ? Allons-nous vers un avenir avec ou sans voiture ? Et si la pertinence à court terme est avérée, il existe aussi des moyens pour améliorer la situation.
Une position très « naturaliste » conduit également à s’opposer à un projet. La proximité d’une zone naturelle ou la présence d’une espèce protégée sont des données objectives, mais dont l’interprétation peut être très vite subjective.
Les nuisances sonores, olfactives sont régulièrement évoquées. Il est possible de les maîtriser.
Restent les goûts et les couleurs dont il ne faut pas disputer (discuter). Mais en tous les cas, pas de corons disait dernièrement une riveraine d’un lotissement aux maisons à deux ou trois façades. Nos villages ont du cachet. Cela vaudrait-il dire qu’ils ont du chic, de l'originalité comme le définit le dictionnaire. De l’originalité, si rarement, avec des alignements de fermettes qui se prennent pour des manoirs. Du chic, mais qu’est-ce ? Du clinquant, du modèle de magazines. Dans un dossier récent, certains se disaient que les constructions ne dureraient pas longtemps. Ha, si vous faisiez comme tel ou tel lotissement soupiraient-ils. Oui mais les budgets ne sont certainement pas les mêmes. Seraient-ils prêts à voir leurs taxes augmentées pour offrir des immeubles de standing « à nos pauvres » ? Et puis, il y a aussi de « toutes les cougnes » dans le cœur de nos villages. Arrêtons de nous faire du cinéma.
Cela veut-il dire qu’il faut tout accepter ? Loin de là… Mais l’analyse ne peut pas faire l’impasse sur le côté humain et social d’un projet.

Au diable, les lettres de cachet.

Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif.


Par chercheinfo • Mercredi 09/11/2011 • Version imprimable
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