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Chroniques d’après-campagne : ne pas rire jaune.

• Samedi 24/11/2018 • Version imprimable

Le mouvement des gilets jaunes, initié en France, a fait tache d’huile en Belgique francophone. Pour certains, ce mouvement n’a aucune légitimité. Chez d’autres, les opinions sont partagées schématiquement entre ceux qui considèrent que son existence suffit à justifier leur soutien et ceux qui interrogent davantage les motivations des manifestants. Question de sensibilités différentes ou de couleurs de lunettes. 

Simplifions-nous la vie. Partons du principe que le mouvement des gilets jaunes est un thermomètre. Il ne dit cependant pas clairement ce qui fait chauffer la marmite : revenus et impôts de plus en plus contrastés, campagnes délaissées,  manques de sens ? Un élément cependant aussi patent qu’inquiétant : la perte de lien, cette rupture, non seulement entre des citoyens et des élus, mais aussi entre citoyens eux-mêmes. Perte de lien qui flirte avec le paradoxe : les écrans qui nous éloignent physiquement les uns des autres, nous permettent de nous relier rapidement, dans notre petite sphère virtuelle,  pour aller bloquer un centre commercial ou une autoroute. Actions rapides, émotions qui submergent souvent la raison, entre soi et absence de  débat sur le fond.

Les enjeux peuvent être diversement appréciés comme les solutions à y apporter. Toutefois, comment pourrait-on éviter l’indispensable mise en contexte ? En toile de fond, un climat qui se réchauffe, une course aveugle au profit, des déchets et des rejets souvent négligés, des ressources qui se raréfient. Pour changer la donne, le temps est plutôt aux actes forts qu’aux mesures cosmétiques. Et peut-on, sauf à rêver de dictature éclairée, poser des actes forts sans qu’il y ait de cohésion sociale pour les porter ?  Il faut donc recréer du lien.

La commune est le premier lieu où cela pourrait se faire.. Il ressort en effet d’une enquête sur la perception qu’a le citoyen des villes et communes, réalisée par l’Union des Villes et Communes de Wallonie en 2017, que les Wallons apprécient leur commune et qu’un grand nombre (plus d’un sur quatre) sont prêts à s’investir dans la vie communale[1]. Il est possible à ce niveau-là de créer une véritable participation des citoyens à la vie de la cité en faisant de la « politique », au sens originel du terme, celui d’un corps citoyen  actif gérant lui-même ses affaires.

« Comment la démocratie participative peut-elle féconder de ses idées la démocratie représentative?». C’est la question que se pose l’Union des villes et des communes wallonnes sur son site. Elle propose d’ailleurs un guide de bonnes pratiques sur le sujet. La démocratie participative est un des médicaments au mal – être actuel : nous en sommes convaincus. Bien sûr, cela suppose un peu de lâcher-prise chez les élus : accepter de partager idées, enjeux et contingences. Mais ne pourraient-ils pas trouver dans cette méthode de gouvernance pas mal de fierté démocrate et de légitimité élargie ?  A la clef, ne pourrait-on aussi voir émerger un corps social plus resserré et prêt à affronter les défis ?

La récente rupture d’une canalisation d’eau dans une commune du Brabant wallon nous a donné un aperçu des difficultés à gérer une crise locale dans le contexte encore trouble d’une sortie d’élections. Critiques parfois faciles à l’égard des autorités et démarches de solidarité se sont côtoyées. Pourquoi ne pas faire évoluer, pour mieux affronter les crises à venir et raviver la démocratie, les rôles respectifs des citoyens et des autorités ? La participation renforcée ne pourrait –elle  être le ferment d’une meilleure cohésion sociale ?

 

Le collectif

 

Post-scriptum : un exemple historique.

1989. Chute du Mur de Berlin. Deux ans plus tard, effondrement du bloc soviétique. Cuba perd alors son principal fournisseur de pétrole, de matériel agricole, d’engrais chimiques et autres pesticides. Avec la disparition de l’URSS et des anciens pays de l’Est, qui achetaient ses produits à prix constants, l’île perd aussi des marchés juteux, notamment celui du sucre, dont elle exportait 85% de sa production. Tous les ingrédients sont réunis pour que le pays plonge dans le chaos. […] Nécessité fait loi. Afin de satisfaire ses besoins alimentaires, la population se lance dans la culture de fruits et légumes[2].

Beaucoup prétendent que cette transition a réussi, mais nombreux sont ceux  qui pensent que (seul)un régime autocratique a pu « favoriser » cette marche forcée. La plus part d’entre nous s’accorde sur le fait qu’une dictature n’est pas souhaitable. Il faut donc que nous prenions les devants. Les toutes prochaines années seront primordiales, mais qui de nos élus en sont réellement convaincus.

 

 




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