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C’est la rentrée, planquez vos enfants

• Dimanche 02/09/2007 • Version imprimable

Entre l’autoflagellation de certains et l’arrogance d’autres, entre les atermoiements dans la formation d’un gouvernement, (cela procrastine grave chez certains), il y a bien une chose qu’ont en commun les habitants du Nord, du Centre et du Sud de ce pays, c’est cette incapacité généralisée à conduire respectueusement.

Deviendrais-je donc un « Père la vertu, » moi qui, à vingt ans, n’étais pas le conducteur le plus discipliné, mais ni d’ailleurs le plus cinglé ? Ce n’est pas un accès de vertu, mais une réflexion de mon cousin Charles qui m’a donné le sujet de cette chronique. Mon cousin Charles, dont j’ai déjà évoqué la non-responsabilité dans la mauvaise marche des affaires environnementales de ce monde, mon cousin Charles donc ne désire pas que ses enfants aillent à l’école en vélo parce que les gens roulent comme des fous.

Ils sont nombreux ceux qui, comme mon cousin Charles, se plaignent de la circulation et de sa « sauvagerie ». L’agressivité au volant est d’ailleurs considérée par certaines enquêtes comme une des causes du sentiment d’insécurité. Le problème est que nous sommes le problème. Mon cousin Charles, quand il roule dans sa berline, ne s’arrête aux passages pour piétons que sous la menace, les zones « trente » n’engendrent que sa colère et les cyclistes qui roulent à deux de front ne sont que des empêcheurs de rouler en rond.
Au volant de son break, une de mes voisines, mère de famille et bonne chrétienne, ne peut descendre sa rue, fort étroite, sans une bonne pointe de vitesse. Quand on lui fait la remarque, elle prend un air penaud de petite fille modèle, mais prête à recommencer à la première occasion. Tous les matins, je croise un autre père de famille qui confond les villages avec des annexes de Zolder ou de Francorchamp. Le soir, je me fais souvent dépasser à vive allure dans une zone 50 Km par une dame qui, quelques centaines de mètres plus loin, s’arrête chez la gardienne de ses enfants. Si je ne craignais pas de me faire passer pour un barbon poursuivant une jolie femme, je m’arrêterais volontiers pour lui demander les raisons de sa conduite. Pour l’avoir vécu sur mon vélo, celui qui n’a pas failli se faire renverser par une grosse BMW X5 agressive ne connaît rien des dangers de la route ou plutôt des conducteurs qui n’ont d’autres excuses que leur sottise.
Qui plus est, ce ne sont pas du tout des exceptions. Ce ne sont ni des jeunes écervelés de vingt ans, ni des pirates de la route. Ce sont des hommes et des femmes, parce que certaines femmes en ce domaine ont réussi à égaler les hommes dans leur bêtise, souvent avec charge de famille, convaincus de leur bon droit et de leur parfaite intégrité. La plupart d’entre eux ne laissent pas leurs enfants se déplacer seuls tellement ils craignent l’inconscience des automobilistes (1) sans consentir à reconnaître qu’ils sont une partie de la solution.

Comme dans beaucoup de cas, de l’œuf et de la poule, lequel est responsable ? Tout le monde sans doute. L’usage de la voiture est devenu à ce point immodéré, renforcé dans notre pays par la coutume des voitures de société, qu’il est impératif d’agir sur nos comportements de conduite et d’achat.
Les contrôles, peut-être parfois excessifs, ou les aménagements, quelques fois inefficaces, n’existent que pour canaliser les excès des automobilistes (et éventuellement pour remplir les caisses de l’état diront les mauvaises langues). A cet égard, le ring de Leuven, depuis l’installation de radars fixes est redevenu une artère plus conviviale pour tous les usagers et pour les habitants.
Parmi les choix possibles, adopter une conduite plus souple, moins rapide est un premier pas. Cela permet de réduire considérablement ses émissions de gaz à effet de serre et sa consommation. Cela permet aussi aux autres usagers de sentir plus en sécurité. Les niveaux de bruit diminueront également, tout bénéfice pour les riverains des chemins que nous empruntons. Une enquête dans une commune du Brabant wallon a démontré que le bruit de la circulation dont se plaignaient les habitants était lié à leurs propres déplacements. En agissant sur leur manière de conduire, il serait possible de diminuer le nombre de leurs plaintes.
Les incitants fiscaux pour des véhicules moins puissants et moins polluants sont une autre manière d’agir sur la circulation et ses effets, en conservant néanmoins à l’esprit que ce n’est pas la panacée. Au vu des immatriculations de ce genre de véhicules, il ne semble d’ailleurs pas que cela soit un succès. D’un point de vue environnemental pur, il n’est d’ailleurs pas certain que changer de véhicule soit toujours la meilleure solution (2).

Consultez les « douze idées reçues sur la voiture », douze fiches concoctées par Inter-Environnement Wallonie. (3) Vous vous remettrez peut-être en question. Et à défaut de rouler moins dans un véhicule plus propre (ou moins sale), levez au moins le pied. Cela fera du bien à la planète et aux enfants que vous n’aurez pas écrasés lors de la rentrée.

Si vous pouviez convaincre mon cousin Charles, cela me ferait également plaisir. Et si vous me voyez conduire comme lui, n’hésitez pas à me le dire.

(1) Dans de nombreuses familles, l’enfant est conduit par ses parents partout jusqu’à l’âge de 18 ans, lorsqu’il peut enfin décrocher son propre permis de conduire. De nombreuses raisons sont évoquées par les parents pour voiturer leurs enfants : les routes ne sont pas sûres, le parent passe de toute façon près de l’école, les enfants préfèrent rester au chaud... Mais si, une fois encore, la vérité sortait de la bouche des enfants ? En effet, les enquêtes auprès des jeunes donnent toutes le même écho : de nombreux élèves du primaire et du secondaire en ont assez d’être voiturés d’un lieu à l’autre. Assez d’être cantonnés au siège arrière d’une voiture, qu’ils rejoignent dans le garage familial et ne quittent que devant l’entrée de l’école. Aux yeux des jeunes, la voiture c’est le boulet ; le trajet à pied, à vélo, en scooter ou en bus, c’est la liberté.
Fiche 9 des "12 idées reçues sur la voiture"
(2) Calculez votre bilan CO2
(3) http://www.iewonline.be/document/voiture_12idees.pdf ou "12 idées reçues sur la voiture"


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    • Trop de Bruit en Brabant wallon, l'Observatoire indépendant de l'environnement en Brabant wallon. (TBBW ASBL), actif particulièrement sur le territoire de la province du Brabant wallon, a changé de nom en 2013 pour s’appeler EPURES, Ensemble Pour Une Réflexion Environnementale Solidaire et ainsi mieux rendre compte de ses activités. En effet, créé en 2004, ce groupement de citoyens et son comité a mis dans un premier temps l'accent sur les nuisances aériennes provoquées par Bruxelles-National mais s'est, depuis, ouvert à d'autres problématiques environnementales, liées ou non au territoire de la province.