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Macren ou Le Pont… un je ne sais quoi de malsain dans l’air.

• Vendredi 28/04/2017 • Version imprimable

Le collectif accueille , une vieille connaissance, pour ses chroniques.
 

Dans « Contre le fascisme: 1922-1940 » , Léon Trotsky aborde une situation à laquelle sont confrontés, en France, de nombreux électeurs, singulièrement de gauche : de la peste ou du choléra, que choisir ? (Je ne suis pas un fidèle lecteur de Trotsky, mais le hasard… )
La social-démocratie soutient Brüning, vote pour lui, assume la responsabilité de sa politique devant les masses, en se fondant sur l'affirmation que le gouvernement Brüning est un " moindre mal ". C'est ce point de vue que le Rote Fahne essaie de m'attribuer, sous prétexte que j'ai protesté contre la participation stupide et honteuse des communistes au référendum d'Hitler. Mais est-ce que l'opposition de gauche allemande, et moi en particulier, avons demandé que les communistes votent pour Brüning et lui apportent leur soutien ? Nous, marxistes, considérons Brüning et Hitler ainsi que Braun comme les représentants d'un seul et même système. La question de savoir qui d'entre eux est un " moindre mal " est dépourvue de sens, car leur système, contre lequel nous nous battons, a besoin de tous ses éléments. Mais aujourd'hui, ces éléments sont en conflit, et le parti du prolétariat doit absolument utiliser ce conflit dans l'intérêt de la révolution. Dans une gamme il y a sept notes. Se demander quelle note est la " meilleure ", do, ré ou sol, n'a pas de sens. Cependant, le musicien doit savoir quand et sur quelle touche frapper. Se demander abstraitement qui, de Brüning ou Hitler est le moindre mal est tout aussi dépourvu de sens. Mais il faut savoir sur laquelle de ces touches frapper. C'est clair ? Pour ceux qui ne comprennent pas, prenons encore un exemple. Si l'un de mes ennemis m'empoisonne chaque jour avec de faibles doses de poison, et qu'un autre veut me tirer un coup de feu par derrière, j'arracherais d'abord le revolver des mains de mon deuxième ennemi, ce qui me donnera la possibilité d'en finir avec le premier. Mais cela ne signifie pas que le poison est un " moindre mal " en comparaison du revolver.
Passez au-dessus de l’aversion que vous pourriez avoir pour Léon Trotsky, la question qu’il pose et la réponse qu’il donne ne sont-elles pas pertinentes ?

Henri GOLDMAN,  rédacteur en chef de Politique, écrivait quant à lui ceci :
Certains de mes amis, supporters enthousiastes de Mélenchon et amers d'avoir échoué si près du but, sont tentés de renvoyer dos à dos les deux qualifiés du second tour.  Voter pour "le moindre mal" ? Dans mon chef, ce n'est sûrement pas une attitude systématique et j'y réfléchis toujours à deux fois. Mais ici, il ne s'agit pas uniquement de comparer des programmes. Il faut aussi se demander sous quelle férule la possibilité même de continuer les combats qui nous sont chers est la plus grande. Je n'ai aucune illusion sur Macron qui est vraiment le produit fabriqué par la fraction dominante de la finance. Mais je lui reconnais une vertu, qui n'est pas mince : il n'en a jamais rajouté dans l'obsession sécuritaire ni dans le ciblage des musulmans ou des migrants comme un vulgaire Valls. Pour les Arabes, pour les Noirs, pour les jeunes des quartiers populaires, pour tous ceux qui ont eu à subir les brutalités policières, les discriminations sournoises et le mépris des "vrais Français", le résultat du second tour n'est vraiment pas indifférent.
Dominique Vidal, ancien rédacteur adjoint du Monde Diplomatique,  écrivait quant à lui dans une récente livraison  :
Macron égale[rait] Le Pen, car tous deux sont porteurs d'une politique économiquement et socialement libérale. C'est parfaitement exact, sauf qu'au libéralisme le Front national ajoute une conception autoritaire et liberticide de l'Etat, une xénophobie allant jusqu'à la priorité nationale et une islamophobie obsessionnelle. Blanc bonnet et bonnet blanc ?
[…] Autre argument discutable: contribuer à élire Emmanuel Macron en 2017, ce serait préparer la victoire de Marine Le Pen en 2022. Etrange logique, qui signifie qu'on préfère être atteint aujourd'hui du cancer plutôt que dans cinq ans !
Et j’ajouterais la sortie de Claude Semal, chanteur, auteur, journaliste, chroniqueur, humoriste et comédien belge :
Si le score est ric-rac, ce qui semble se dessiner, il faudra donc d'abord éliminer le Pen le 7 mai en votant Macron, parce que le programme du FN, c'est la criminalisation de toute une partie du peuple issue de l'immigration. Et que cette défaite minerait durablement notre capacité collective de mobilisation et placerait la question raciale au coeur de la vie politique française. Je comprends la tentation du vote blanc, face à un Macron qui prétend imposer ses mesures antisociales par ordonnance, mais c'est irresponsable si les fascistes peuvent réellement gagner les présidentielles. J'ai une copine française, soutien de la France Insoumise, avec un mari et en enfant marocain, et qui exprimait hier l'angoisse que sa famille se retrouve brusquement étrangère dans son propre pays. Croyez-moi, pour elle et pour les millions de Français issus de l'immigration ou marié(e) à un étranger , Macron et le Pen, non, ce n'est pas "la même chose".  En outre, d'un point de vue plus tactique (Facebook est plein de grands stratèges), le vote Macron obligerait la sociale-démocratie française à préciser ses intentions et ses choix, entre ceux qui soutiendront Macron et ceux qui le combattront.
Maintenant, cela ne concerne-t-il que les gens de gauche ? Non, mais sans doute dans une moindre mesure, les électeurs de droite et du centre. N’auront-ils pas moins de scrupules à voter pour un homme du centre, à droite, finalement libéral, quelque chose comme ça, qui hérissent leurs concitoyens à gauche de l’échiquier ?
Enfin si, certains, à droite, chercheront dans le sillage de Marine Le Pen (ou dans l’abstention) la protection de leurs mœurs ou de leur coutume.
« Emmanuel Macron prépare une politique anti-famille. Pour les familles, pour les enfants, pour l’avenir, le 7 mai : Macron, c’est non ! » déclare Ludovine de La Rochère (La Manif pour tous ) 
L’équation est-elle simple pour un humaniste ? Faut-il laisser passer quelqu’un qui est ouvertement raciste, qui se donne des allures antisystèmes, mais qui est clairement et viscéralement pour le monde des affaires  ou voter pour quelqu’un que d’aucuns considèrent comme détestablement libéral, mais qui ,semble-t-il, ne se démarque pas par une xénophobie obsessionnelle.
Bien entendu, les Français peuvent s’abstenir… Mais quoi ?
« Il faut bien comprendre que Marine Le Pen peut gagner, même avec des intentions de vote inférieures à celles de son adversaire, s'il y a un fort écart entre les taux de participation pour l'un et pour l'autre » disait Serge Galam, chercheur à France Info, en mars .
Quel sera le prix à payer, cash, pour une frange importante de la population ?
Certains à gauche ont peur de la légitimité qu’un vote massif donnerait à Macron… Oui, peut-être, mais à eux de se mobiliser pour les législatives…

Je serais Français, ce qu’à dieu ne plaise (plaisanterie), je voterais Macron en me bouchant le nez et en préparant les calicots. Maintenant, il y en aura toujours qui voudront se parer de toutes les vertus… de celui qui ne se vend à personne, mais a bien marchandé son voisin.

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