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Le couple diabolique élu/électeur

• Lundi 06/03/2017 • Version imprimable

Le collectif accueille , une vieille connaissance, pour ses  chroniques.

Comme l’écrivait un mien ami, commentant la manifestation pro-Fillon de ce dimanche 5 mars 2017, « Finalement, l'électeur a-t-il beaucoup plus de moralité que le candidat? ».

Certes, les reproches faits à François Fillon ne sont encore des présomptions, mais des présomptions suffisantes pour diligenter des actes juridiques importants, comme une mise en examen[1]. Il semble donc que sa probité et l’apparence de sa probité soient écornées, même si ce qu’il a fait pourrait être « légal ». Bien entendu, il n’est pas anormal que des électeurs qui croient en son innocence lui apportent encore leur soutien. Quand bien même ses déclarations seraient contradictoires… (Ce ne serait pas le premier élu qui renierait sa parole mais ce serait pour moi un motif suffisant pour m’en méfier). Quand bien même les éléments mis en avant seraient  suffisamment troublants pour continuer à parler d’une personne particulièrement intègre (l'intégrité est pourtant la marque de fabrique du candidat).

Non, ce qui serait plus préoccupant, ce sont des déclarations d’électeurs comme «Ils ont tous des affaires. Si on s'arrête à ça, il n'y a plus personne.» Ou «J'aime beaucoup le personnage. C'est bien qu'il casse les codes. Il porte des arguments de fond. Et il n'est pas encore condamné. Ça va être un bon test pour lui de résister à la pression.»[2]

« Tant qu’il porte le programme que je soutiens, je me moque de son honnêteté » semblent dire ces électeurs.

- C'est quoi pour vous l'intégrité ?
- Ça dépend de comment on se lève le matin, et de comment vont et viennent les lois.

Au meeting de Fillon, on en vient à comparer les journalistes aux nazis qui conduisaient et massacraient les juifs à Auschwitz.
Hugo Clément a tenté de confronter les militants à la réalité des faits

Je préfère de loin les concerts de casseroles.
Concert de casseroles à République contre Fillon et la corruption 

Toujours en France, nous pouvons nous interroger sur le culot d’un Gilbert Collard, élu FN, qui dépose une proposition de résolution pour interdire les poursuites à l'encontre de Collard Gilbert [3]. Mais ce culot ne dérangera pas l’électeur frontiste qui voit par exemple dans les emplois fictifs d’attachés parlementaires au Parlement européen, une manière qu’a trouvée le FN de voler les voleurs (même si au bout du compte ce sont ses impôts).

Il ne sera sans doute pas plus interpellé quand Marine Le Pen s'en prend directement aux fonctionnaires :

«Je veux dire aux fonctionnaires, à qui un personnel politique aux abois demande d’utiliser les pouvoirs d’Etat pour surveiller les opposants, organiser à leur encontre des persécutions, des coups tordus, ou des cabales d’Etat, de se garder de participer à de telles dérives. Dans quelques semaines, ce pouvoir politique aura été balayé par l’élection. Mais ses fonctionnaires, eux, devront assumer le poids de ces méthodes illégales. Ils mettent en jeu leur propre responsabilité. L’Etat que nous voulons sera patriote.[4]«

Ces menaces sont-elles du fascisme ? En tous les cas, elles posent questions.

[Mais] Tous les sympathisants FN ne sont pas si catégoriques. André «suit la politique à la télévision». «Je suis un peu déçu, marmonne-t-il. Ça me fait réfléchir sur sa personne et son intégrité.» Sa femme Brigitte le coupe. «Quand on voit ce que Fillon a fait… Elle, c’est trois fois moins. Est-ce que ça ne serait pas une manière de dire qu’elle est une politique comme les autres ?» lance cette aide-soignante à la retraite. «Ce n’est pas pour ça qu’on la reniera, dit André comme pour clore rapidement le débat. Les idées passent au-dessus, heureusement.»

Finalement, l’honnêteté en politique, « ça eut payé, mais ça paye plus ».

En Belgique, l’affaire Moreau (PS) est assez similaire. Et si pour beaucoup, le personnage est discrédité, d’autres pétitionnent pour le soutenir, en avançant finalement des arguments similaires[5]. La  « faim » justifie les moyens. Pourtant, quelques-uns laissent des commentaires sarcastiques : « Ma grand-mère me disait toujours : quand on nettoie un escalier, on commence par le haut ».

La démission de Paul Furlan (PS) a donné naissance à une page sur Facebook[6], où entre les soutiens, il y a parfois des commentaires désabusés : « Profondément déçue, j'imaginais «naïvement» que vous aviez l'idéologie et la carrure d'un Jaurès, je constate malheureusement que votre socialisme n'est que celui d'un Van Cau. »  Si j’avais pris le temps de chercher, j’aurais trouvé des défenseurs de Siegfried Bracke, président NVA de la Chambre dans le scandale Publipart[7] ou du héros du Kazakhgate,  Armand De Decker, bourgmestre MR d'Uccle.

Entre les partisans sincères qui croient toujours à la cabale et ceux pour qui les « idées » ou les « buts » importent plus que la virginité du messager, il n’y a finalement pas de remise en question.

Et puis, il y a tous les autres, qui crient au scandale, qui vouent aux gémonies les politiques. « Le peuple paie et les politiciens s'engraissent». Cependant, les élus qui ont profité des comités de secteur de Publifin ne sont pas tous des ténors.  Il y a là-dedans quelques présidents de CPAS ou des échevins, mais aussi des conseillers communaux, peut-être de ceux que l’on a rajouté sur la liste pour faire nombre et qui se sont retrouvés élus sans vraiment faire campagne. Des gens pas très éloignés de ceux qui les détestent maintenant.

«C'est vrai que la première fois, bon, je reçois mon premier émolument. Je me dis qu'on est bien rémunéré, c'est vrai», […] «200 euros l'heure, à peu près», […] «Vous trouvez ça correct à ce moment-là?», […]»C'est vrai que c'est beaucoup, mais on m'avait toujours dit que dans les intercommunales c'est bien, vous vous posez pas la question au début»[8]. (Elle a démissionné en 2015 pour des raisons éthiques)

Alors qu’aurions-nous fait à leur place ? Aurions-nous accepté ces émoluments ? Les aurions-nous dénoncés au risque d’être exclus ?

En fait tout cela interroge l’éthique de l’électeur lui-même. N’avons-nous pas les élus que nous méritons ?

Place du Trocadéro, 35.000 personnes[9] acclamaient Fillon, Place de la République, 1.000 personnes réclamaient la fin de la corruption[10]. Comme les derniers envisagent de se réunir tous les dimanches à 15 heures, espérons qu’ils seront plus nombreux la prochaine fois.

 
 


[9] Pour les 200.000 revendiqué par Fillon, on repassera.


Commentaires

par Anonyme le Lundi 05/02/2024 à 13:29

Il dénonce avec justesse l'aveuglement des marchés et des politiques face à ces enjeux cruciaux. Un appel à l'action et à la justice sociale s'impose. ot suze la rousse