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Faut-il se faire du mouron avec les infaux? (Partie 2)

Le « mal » est-il bien présent ?

• Vendredi 17/02/2017 • Version imprimable


Le collectif accueille , une vieille connaissance, pour ses  chroniques.

Je me suis amusé récemment à suivre les échanges autour d’un article titré :
Le réfugié syrien dont la photo avec Merkel avait fait le tour du Web en procès contre Facebook 

Anas Modamani accuse le réseau social d’avoir laissé proliférer des messages le faisant passer pour un criminel ou un terroriste.

M. Modamani avait pris en 2015 un selfie avec la chancelière allemande, Angela Merkel, dont une photo avait été largement diffusée dans la presse et sur les réseaux sociaux. Mais cette image a été par la suite largement détournée, notamment par des troupes d’extrême droite, sur les réseaux sociaux, et notamment Facebook. M. Modamani a ainsi été présenté comme un suspect d’un incendie criminel à Berlin en décembre, puis comme le suspect de l’attentat du marché de Noël de Berlin. A chaque fois les messages tentaient de faire passer M. Modamani pour un criminel, pour attaquer Mme Merkel[1].

Visiblement, certains commentateurs sur Facebook n’avaient pas lu l’article, puisqu’ils se gaussaient de Madame Merkel et de sa honte d’avoir posé avec ce jeune homme. D’autres se moquaient de la « pauvre vie sexuelle » de la chancelière. Il y avait ceux persiflaient en évoquant les sommes que ce jeune homme espérait tirer de ce procès[2]. Le plus vicieux est sans doute ce jeune ingénieur belge qui, en utilisant le service how-old.net[3], mettait en avant le fait que le jeune homme avait trompé son monde en mentant sur son âge et en prétendant être mineur. Ce qui bien entendu n’avait rien à voir avec le sujet.

Certains des internautes ont retirés leurs commentaires racistes ou stupides après avoir essuyés quelques salves : peur ou compréhension, allez savoir. D’autres persistent. Ils ont bien entendu tous évacué le fait que cette photo avait été utilisée abusivement par des groupes peu sympathiques en présentant un innocent comme criminel.

Il leur semblait plus important de délivrer un message haineux que de considérer objectivement la situation.

Cet article est vraisemblablement anecdotique, ou non ? Les commentaires racistes sont courants sur les forums des journaux ou sur les réseaux sociaux. Certains sont sans doute spontanés. D’autres sont peut-être/sûrement l’œuvre de réseaux.

Ces réseaux sont-ils étendus ? Difficile à dire quand on fait la recherche seul. Néanmoins, on peut retrouver les mêmes personnes, dans différentes publications, avec des profils très fermés. Parfois des commentaires laissent à penser que ces gens se connaissent. 

Cela en fait-il un réseau organisé ? Sans doute pas dans tous les cas. Mais ces réseaux existent néanmoins et peuvent influencer des tendances.

Une attaque récente contre le candidat à la présidentielle française Emmanuel Macron donne la mesure des combats en cours. Une description de l’action a été faite par Libé[4].

Nicolas Vanderbiest[5] en fait une courte analyse ici.
 
Selon le site Rue89, Les trolls pro-Le Pen sont des ados grinçants[6]

L’idée est d’importer les méthodes de trolling numérique utilisées pour faire gagner Donald Trump là-bas : création et diffusion de mèmes (Juppé enturbanné) et opérations de décrédibilisation des concurrents sur Twitter (#LevraiMacron, c’est eux)

Des ados ricaneurs mais qui espèrent qu’il y ait des garde-fous pour contrer les décisions de ceux qu’ils ont aidé à mettre au pouvoir :

Plus tard, Chepamec parle de la créativité et de l'état d'esprit positif qui ont accompagné l'opération Ali Juppé. Une jouissance, qui rappelle celle des enfants qui foutent des coups de pied dans des tours de Lego.

"Il faut trouver d'autres idées, frapper où ça fait mal. Il faut être incisif et repousser les limites."

Chepamec a encore un côté ado grinçant quand il m'explique que la politique environnementale de Donald Trump le fait flipper :

"J'ai peur qu'il fasse des conneries."

Mais qu'à ce propos, il compte sur les garde-fous du système qu'il décrie :

"Évidemment qu'il y a des contre-pouvoirs, le système est sain, c'est pour ça que les réactions disproportionnées sont drôles à suivre."

Tout cela appartient à une nouvelle manière de diffuser ses idées, usant du mensonge et de la manipulation à laquelle appartient sans doute l’astroturfing, le fait de donner l’impression d’un phénomène de masse qui émerge sur internet, en réalité créé de toutes pièces pour influencer l’opinion publique[7].

Entre un jeune ingénieur gantois, sans doute solitaire, et un Chepamec, actif dans un réseau, il y a sans doute une communauté d’esprit : le rejet de l’autre, la destruction d’un système, l’avènement d’un pouvoir fort, à coup de slogan, sans doute sans en estimer les coûts réels.

(Mais il n’y a pas que les jeunes, nous y reviendrons).

La question est : que fait-on ? On ne peut rien faire.

La question reste donc : que fait-on ? Parce que l’option précédente n’est pas acceptable.

 
 
 

[2] Ahhahaha l'immigré qui espère gagner de l'argent grâce a un procès ^^ (le commentaire original a été modifié par son auteur. Il a remplacé réfugié par immigré)

[5] Nicolas Vanderbiest est assistant et doctorant à l’Université Catholique de Louvain. Son sujet de thèse est « les crises de réputation des organisations sur les médias sociaux. Une approche systémique. Il est l’auteur du blog Reputatio Lab qui rassemble plus de 400 crises ayant eu lieu sur les réseaux sociaux. Il analyse également les crises, les phénomènes d’astroturfing et d’influence sur les réseaux sociaux pour Rue89 et La Première. Enfin, il dresse chaque dimanche le portrait numérique de l'homme politique invité dans "A votre Avis" sur la RTBF.


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