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Des choses dont on parle pour l’instant (2)

• Samedi 12/12/2015 • Version imprimable

Préambule : Les membres du collectif «  » sont généralement des agnostiques.  Leur positionnement à l’égard des religions est la  neutralité, mais ils ne s’abstiennent pas de considérer, voire de critiquer, le rôle des religions dans la marche du monde. Que nos ami(e)s croyant(e)s n’y voient pas une critique de leur foi… mais de ce qui est fait en son nom.

Le mensonge et la crédulité s'accouplent et engendrent l'Opinion. (Paul Valery)

Terroriste ou forcené ?

Sont-ce finalement des terroristes ou des forcenés ? Le vocable a son intérêt culturel et politique. Un jeune blanc qui fait un massacre dans une église est-il un forcené ou un terroriste ? Le tueur du planning familial est-il « seulement » un forcené ? Nous pourrions considérer cela comme accessoire au sens où pour les victimes, cela ne change rien. C’est parfaitement vrai. Mais ce n’est sans importance pour ceux qui restent. Et le discours médiatique, politique, orienté n’est pas sans conséquence. Parler de cela n’est pas essayer de relativiser les actes des uns et des autres, mais simplement de recentrer le débat sur les raisons des actes violents[1] et de considérer que personne n’y échappe.

Ainsi « à la date du 27 novembre, les Etats-Unis ont été le théâtre de 351 fusillades de masse en 2015, soit plus d'une par jour, selon le site Shootingtracker, qui recense tous les incidents de ce type impliquant au moins quatre victimes, qu'elles aient été tuées ou blessées[2]. » Certains de ses actes sont sans doute simplement violents. D’autres sont porteurs d’un message politique plus ou moins clairs.

Croyance mais en croix ?

A un journaliste qui lui demandait, quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001, quel effet cela lui faisait de partager sa religion avec Ben Laden, Mohammed Ali aurait répondu : « Et vous, quel effet cela vous fait-il de partager la vôtre avec Hitler ? »  Il n’y a pas d’unicité.

D’une part, il est impératif de protéger la liberté de pensée (et donc de culte), mais il est tout aussi important de déterminer le rôle des croyances dans le fonctionnement des sociétés.  La violence provoquée au nom de la religion est réelle, qu’elle se traduise par des attentats, des fusillades, des pogroms, aucune n’y échappe. Mais cette violence n’est pas uniquement « spectaculaire » au sens médiatique. Elle se niche dans la « véhiculation » d’idées rétrogrades.  Ainsi par exemple  quand un député UMP assène : « Les enfants d’homos sont des terroristes en puissance[3]. »  Ou quand la jeune Maréchal-Lepen parle de l’avortement[4]. Sur la famille, sur la bonne culture, sur l’homosexualité, sur la place de la femme dans le couple ou la société, sur les autres, des discours durs et rétrogrades sont en lien avec les croyances, les valeurs. « Les religions du livre (et finalement peut-être toutes) ont,  en tous les cas nombres de leurs fidèles, une tendance forte au conservatisme, au sexisme, au patriarcat exacerbé, à l'ostracisme pour les gens et les choses qu'elles ne comprennent pas[5] ». Mais ce n’est bien entendu pas le fait uniquement des gens ayant un sentiment religieux.

Quand se déroulent des événements tragiques, ne serait-ce pas le bon moment de se poser des questions ? Pas spécialement ou uniquement sur la « faillite » de l’appareil de l’état, pour un peu flirter avec le goût de l’ordre ou sur la nocivité de tels ou tels groupes pour assaisonner avec une pointe de racisme. Ce sont des questions intéressantes qui méritent une profonde réflexion. Non, ce serait se poser plus fondamentalement des questions sur l’évolution de notre humanité. Si le progrès technique est bien là, parfois trop là peut-être, ne pourrions-nous avoir des doutes sur le progrès social et culturel et la place qu’a encore le fait « religieux ».

« …Le monde qui nous entoure prouve en permanence les progrès permis par la science et la raison, mais cela n’empêche pas les gens de préférer les pseudo sciences et la superstition. La réponse simple est que les gens croient ce qu’ils veulent croire, ce qu’ils jugent réconfortants, pas ce que les preuves réelles démontrent. En règle générale, les gens ne veulent pas savoir, ils veulent croire. Les facteurs sociaux enfin, jouent aussi un rôle important dans les croyances religieuses. Les religions sont évidemment un facteur de pouvoir et également une façon de gérer une partie des dysfonctionnements de la société. De la rendre supportables et même de les justifier, mais pas forcément de les corriger[6]. »

Dans son livre A Devil's Chaplain, édité en 2003, Richard Dawkins  aborde le problème de la religion : « La religion organisée mérite la plus vive hostilité car, contrairement à la croyance en la théière de Russell, la religion organisée est puissante, influente, exemptée de taxes et systématiquement transmise à des enfants trop jeunes (le catéchisme commence à 7 ans) pour pouvoir s'en défendre. On ne force pas les enfants à passer leurs années de formation en mémorisant des livres farfelus sur les théières. Les écoles publiques n'excluent pas les enfants dont les parents préfèrent la mauvaise forme de théière. Les fidèles de la théière ne lapident pas les non-croyants en la théière, les apostats de la théière, les hérétiques de la théière ou les blasphémateurs de la théière. Les mères n'empêchent pas leurs fils d'épouser des shiksas de la théière sous prétexte que leurs parents croient en trois théières plutôt qu'une seule. Ceux qui versent le lait en premier ne mutilent pas ceux qui préfèrent commencer par verser le thé.[7] »

Si le fait de croire en quelque chose, même en un être supérieur, permet de se construire une vie paisible et respectueuse d’autrui, cela ne saurait être gênant, tant que cette croyance n’interfère pas avec la vie d’autrui de manière disproportionnée. Et ce n’est malheureusement pas le cas, et pas uniquement dans les théocraties. Ainsi « Si vous êtes américain athée et que vous voulez devenir conseiller municipal ou juré dans un tribunal au Maryland, il vaut mieux renoncer. Cet Etat de l’est des Etats-Unis à quelques dizaines de kilomètres de la capitale fédérale Washington et à moins de 200 kilomètres de la ville de New York est l’un des sept Etats des Etats-Unis à interdire l’accès à des fonctions publiques à ceux qui ne croient pas en Dieu... et qui le disent. C’est aussi le cas dans plusieurs Etats du sud et non des moindres: l’Arkansas, le Mississippi, la Caroline du nord, la Caroline du sud, le Tennessee et le Texas. (Lisez la suite de l’article) [8]».

Eluder cela consiste à faire porter le fardeau à quelques-uns, alors que c’est le fait d’une multitude.

(Fin de la seconde partie)

Le collectif ""



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