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Ce qui compte vraiment

• Mardi 20/06/2017 • Version imprimable

Le collectif accueille , une vieille connaissance, pour ses chroniques.

Face à l’urgence politico-climatique, l’auteur s’insurge. Prônant à la fois des actions concrètes et un changement de regard sur nos sociétés et leurs écosystèmes, il rappelle le caractère impératif d’une sortie de la culture capitaliste. En effet, cette dernière met l’homme en situation de grand péril car elle menace directement son existence. Pour espérer sortir de l’ornière, il est indispensable de prendre conscience des bases sur lesquelles sont fondées nos sociétés en réalisant un véritable virage anthropologique. Il propose par exemple d’instituer l’eau en élément sacré afin de réparer une nature détruite par l’économie. À travers cet ouvrage, l’auteur propose un véritable retour aux équilibres naturels seuls capables de résoudre les crises successives que nous traversons et de soutenir l’aventure humaine.

Il y aurait peut-être mille raisons de s’attaquer à la prose de Fabrice Nicolino, ne serait-ce que pour la douce violence de ses propos. Mais quand il écrit que « Dans le domaine de la crise écologique, il est manifeste à mes yeux que l’énormité des menaces conduit de même à l’évitement psychique. Chacun sait au fond de lui que la triste fête des écrans plasma et des voyages aux Maldives est terminée. Mais les derniers jours de Pompéi sont tout de même plus plaisants que le partage de l’air, de l’eau et du pain avec ces éternels gueux qui gâchent les réjouissances » n’a-t’il pas écrit l’essentiel de notre aveuglement.

Nous croyons tout savoir, tout résoudre, quitte à nous brancher à une machine pour survivre. Nous croyons avoir les pleins pouvoirs sur la nature et pourtant…

Pourtant, En Nouvelle-Zélande comme en Inde, trois fleuves, dont le Gange, viennent d'être dotés du statut de "personnalité juridique", qui en fait des entités vivantes en matière de droit[i].  L’eau et ce qui l’entoure aurait-elle (aurait-elle ou auraient-ils?) les mêmes droits que les humains ?

Une tribu néo-zélandaise est devenue la représentante d’un fleuve, dont le nom maori est Te Awa Tupua, en faisant reconnaître qu’il était une entité vivante, « partant des montagnes jusqu’à la mer, y compris ses affluents et l’ensemble de ses éléments physiques et métaphysiques [ii]».

Plus près, Peter Wohlleben, dans « La vie secrète des arbres, Ce qu'ils ressentent, comment ils communiquent, un monde inconnu s'ouvre à nous », nous fait  découvrir tous les petits secrets insoupçonnés que renferment les bois, les connexions, invisibles à nos yeux, la communication entre voisins, le soin qu'un parent peut avoir pour ses héritiers,… Les arbres seraient donc capable de travailler à leur avenir. 

Fabrice, Peter, mais aussi Catherine Larrère, philosophe, Gilles Boeuf, biologiste et Stéphane Foucart, journaliste qui sont convaincus que la biodiversité, dont l’humain n’est  qu’ un élément parmi les autres, a besoin de grands principes,

nous disent simplement, comme beaucoup d’autres avant eux, que nous devons changer de lunettes, que nous devons voir la nature autrement, nous avec nos millions de bactéries et nos quelques cellules humaines.

Mais est-ce possible? Pouvons-nous envisager les choses autrement ? Il s’agit d’abord de remettre en question notre anthropocentrisme. De remettre en questions nos cosmogonies.

Il s’agit peut-être également de remettre en question nos recettes sans doute éculées pour mener entre autres, l’économie, donc le monde. Faut-il supprimer le capitalisme, comme nous y invitent Fabrice Nicolino ou Daniel Tanuro[iii] ? Faut-il l’amender ? Faut-il inventer autre chose ?

Mais les humains étant ce qu’ils sont, nous devrions, avant les moyens,  d’abord sans doute nous accorder sur les résultats, c’est-à-dire, sur le nécessaire et le superflu. De quoi avons-nous besoin pour vivre ?

D’aucuns s’accordent pour dire que si nous vivions avec le confort d’un Français du début des années soixante, tout le monde sur terre pourrait bénéficier de ce confort sans oblitérer l’avenir non pas de la planète, mais d’une planète sur laquelle nous pourrions vivre.

Est-ce vrai ? Si l’en croit cette étude[iv] réalisée par le WWF-France, en 1960, l’empreinte écologique des Français dépassait déjà une planète. Mais soit, avec l’amélioration des techniques, les usages quotidiens d’un Français de 1961 seraient probablement moins dévastateurs.

Le taux d'équipement des ménages entre 1954 et 1975[v]

Mais qui se souvient de la manière de vivre en 1960 ?  Nos pratiques actuelles sont si radicalement différentes. Pourrions-nous sans contrainte modifier nos comportements ? Peut-être faudrait-il que nous nous accordions sur ce « minimum vital » ? Parce que c’est l’enjeu pour avoir une planète viable.

Est-ce une utopie ? Sans doute. Sauf si nous travaillons sur ce qui compte vraiment. 

 

[i] https://www.franceculture.fr/environnement/en-inde-et-en-nouvelle-zelande-le-fleuve-reconnu-comme-un-etre-vivant

[ii] http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/03/20/la-nouvelle-zelande-dote-un-fleuve-d-une-personnalite-juridique_5097268_3244.html#sODpCHDlEZq5qw3J.99

[iii] http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-l_impossible_capitalisme_vert-9782707173232.html

[iv] http://structures.ac-martinique.fr/eedd/EmpreinteFrance4p%5B1%5D.pdf

[v] https://www.france-examen.com/brevet/annales/histoire-geographie/annees-60-et-modes-de-vie-1627.html

  

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