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Ce n’est pas un Schouppe : le transport aérien est une usine à rêve qui pollue.

Réflexion sur une question parlementaire et une note de politique générale.

• Jeudi 01/05/2008 • Version imprimable

Les grandes vacances approchent. Vacances riment en général avec transhumance. Nous allons donc nous payer, pour ceux qui regardent encore la télévision, des reportages sur le drame des embouteillages. On nous ne fera certainement pas grâce des clichés sur les destinations de rêve et on devra s’apitoyer sur le sort des malheureux passagers des compagnies aériennes. J’ai toujours aimé cette phrase d’un académicien français qui disait que « le tourisme était une industrie qui consistait à déplacer des gens qui seraient mieux chez eux chez des gens qui seraient mieux sans eux ». S’attaquer à cela est certes à contre-courant. Tout le monde a de bonnes excuses pour voyager et qu’importe la manière, pour autant que cela soit loin. « Les voyages forment la jeunesse » est souvent l’aphorisme que mon interlocuteur me sort en guise de justification, même si Pépère ou Mémère a dépassé la date de péremption. (Si aller se dorer les miches au soleil d’Agadir participe à la formation d’un esprit sain dans un corps sain, je crains pour la santé de mes concitoyens). Alors, je ne vous dis pas l’accueil quand je dis qu’il favorise une industrie polluante, tant sur place que durant le voyage, surtout quand celui-ci se fait par avion. (Revoyez la chronique : un acte politique) 

Pourtant, tout le monde n’est pas sourd aux arguments écologiques. Les Suisses considèrent un aéroport comme une industrie polluante comme toute autre industrie dont l’activité a des effets négatifs sur l’environnement. Les dispositions prises par le Conseil Fédéral sont de loin plus sévères que les règles européennes. En Belgique, au niveau fédéral, ce n’est pas mieux. Les autorités ne retiennent de l’activité aéroportuaire, que ce qu’ils estiment bénéfique. Le reste est passé sous silence. Par exemple, la redevance liée à la licence d’exploitation de Bruxelles-National est ridiculement basse : 0,007 € par passager alors qu’elle est de 10 € aux Pays-Bas. C’est ce qui ressortait de la réponse du secrétaire d’état Etienne Schouppe à une question parlementaire de Thérèse Snoy. « La redevance a été spécifiquement prévue pour couvrir les frais administratifs engendrés par le contrôle du respect des termes de la licence. Elle ne peut en aucune mesure, être assimilée à une taxe environnementale » précise Schouppe. Quand on sait que la licence d’exploitation n’impose quasi aucune obligation et que s’il n’y a pas d’obligation, il n’y a rien à contrôler, il est donc normal que cela soit si bon marché. Ce n’est pas avec cela qu’on améliorera l’environnement.

Certaines sources, et comme on dit, généralement bien informées, prétendent que les contrôles sur la qualité des avions sont quasi inexistants. Il s’agit d’ailleurs seulement de vérifications au niveau de la sécurité. Que je sache, les contrôles sur les rejets de gaz ou les niveaux de bruit ne sont pas prévus. Et comme personne ne contrôle les contrôleurs. En effet, à lire la note de politique générale présentée ce mercredi à la Chambre par Mr Schouppe, aucune activité de contrôle ne fait l’objet de rapport. De toute façon, rien n’incline les compagnies aériennes à mieux faire en matière environnementale, si ce n’est peut-être la flambée du pétrole qui les poussera peut-être à chercher les économies de carburant. (1) Si l’on continue à parcourir cette note, on constate que le gouvernement fédéral ne tient certainement pas à être un « pilote » en la matière. Les « pollutaxes » environnementales à la hollandaise ne seront sans doute pas avant longtemps à l’ordre du jour en Belgique. Certes, « l’Europe s’active à stimuler la production d’avions plus respectueux de l’environnement via un programme d’investissements. » lit-on encore dans cette note, mais de tels programmes ne donneront leurs effets qu’à long terme. Le renouvellement des flottes est un processus trop lent pour compenser les effets, à court et moyen terme, sur l’environnement. Et ces améliorations ne compenseront pas l’augmentation de trafic prévue.

La même note évoque ABC Impacts, un programme de recherche interuniversitaire visant à fournir une analyse détaillée pour la Belgique des conséquences des différents scénarii d'inclusion du transport aérien dans la politique climatique. « Les autorités belges ne prendront de nouvelles initiatives qu'après s'être penchées sur les résultats de cette étude. » nous dit le secrétaire d’Etat. Pourquoi attendre ? Des résultats sont déjà disponibles. Si l'on devait se baser honnêtement sur leurs travaux, il faudrait diminuer drastiquement le trafic aérien, dès maintenant. Mais ce n’est pas cette voie que nous empruntons actuellement. Par ailleurs, cette note, comme d’autres documents officiels précédents, ne tient pas compte de la pollution locale (évoquée elle aussi par ABC Impact) qui a des effets directs sur la santé des riverains et donc sur le budget de l’Etat.

Tout ceci démontre bien que ce gouvernement ne sera pas plus que le précédent à la pointe du combat en ce qui concerne les nuisances (qui ne se limitent pas au bruit) du transport aérien et des aéroports. Tout au plus peut-on considérer que Mr Schouppe ne fait pas pire que son prédécesseur (2). Est-ce suffisant pour être rassuré?

Alors, tenez-le-vous pour (comme je vous l’ai déjà) dit, prendre des vacances ou acheter des biens est un acte politique. Faites donc le bon choix au moment de réserver vos « errements ».

Denis MARION

PS. Je n’ai pas abordé dans cette chronique la question du plan de dispersion qui semble être traitée de manière encore moins rassurante par le secrétaire d’état. Wait and See.

(1)     A moins de faire, ainsi que je l’ai lu récemment, comme une compagnie américaine qui embarque un minimum de carburant, en dessous du niveau de sécurité, pour diminuer le poids et donc la consommation.

(2)     Soyons honnêtes. C’est la première fois, à ma connaissance, que l’on parle d’ABC Impact dans un document du Ministère de la Mobilité.

 

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