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Un acte politique.

• Lundi 11/02/2008 • Version imprimable

« Soyez donc tolérant », affirmait une vacancière dans « Question à la une » sur la RTBF. Elle justifiait ainsi ses vacances à bon marché sur les plages marocaines. Une petite semaine au soleil à prix écrasé pour être « opérationnel pour le boulot ».  Avec comme alibi, la « confrontation » avec une autre culture. Pourtant, rien d’autre qu’un spectacle pour touriste, une danse du ventre que l’on trouve dans certains restaurants « exotiques » de Bruxelles ou d’ailleurs. Et quand de plus audacieux quittent leur hôtel en longues théories de 4x4, c’est pour assister au spectacle bien rodé d’Aziz l’Oasis, qui se termine par une chanson à boire franchouillarde. « Couleur locale » sont-ils convaincus.  

Cela vaut-il la peine d’exproprier des terrains à des prix dérisoires, de supprimer l’habitat des populations locales, de modifier les structures sociales, de pomper les réserves d’eau pour des golfs à arroser et des douches sans compter.

Ce que décrivait ce reportage, le chercheur Claude Llena l’avait bien analysé dans Tozeur, ravagée par le tourisme, un texte sur une oasis tunisienne vouée au développement touristique et à la destruction sociale. Récemment, une carte blanche de Bernard DUTERME, publiée dans La Libre, traitait du même sujet en rappelant que « plus qu'hier, en raison de l'intégration croissante des activités au sein d'une poignée de tour-opérateurs transnationaux, l'essentiel des flux financiers du tourisme échappe aux populations hôtes. Les emplois créés, plutôt précaires ou saisonniers, ne suffisent pas à compenser les multiples dommages collatéraux : pressions inflationnistes, déprédation des écosystèmes, folklorisation des sociétés, consommation des moeurs... » Favoriser le développement a été longtemps la bonne excuse pour justifier le débarquement de touristes tonitruants et avides de cuisine internationale typique. Les études remettent en question ce mode de fonctionnement qui s’avère destructeur à bien des égards.

Ce tourisme n’existerait d’ailleurs pas sans un transport aérien bon marché. Le low-cost en est une des expressions, particulièrement rentable. Au point de susciter la convoitise de Bruxelles Airport. En effet, l’aéroport de Bruxelles-National désire créer une jetée dédiée à ce genre de trafic, au grand dam des entreprises déjà présentes sur le tarmac. Bien entendu, l’on vous mettra dans la balance des milliers d’emplois pour justifier un tel investissement et encenser l’entrepreneur. Mais il faudrait que ces chiffres soient avérés, qu’ils ne représentent pas un glissement ou pire, une destruction de postes de travail ailleurs. Et puis jamais, au grand jamais, on ne comptabilisera les coûts environnementaux, y compris les débours pour la sécurité sociale liés à ces activités extrêmement polluantes. Vraisemblablement que l’on s’en fout.

Parce que l’impact environnemental de l’aviation n’est pas la préoccupation première, ni des gouvernements, ni des compagnies ou alors très indirectement, lorsque l’on vise les économies de carburant. Le second reportage de « Questions à la une » était consacré à cela. La croissance du trafic aérien en Inde est une parfaite illustration de ce qui nous attend. De quel droit leur interdire ce développement ? Mais peut-on croire que cela sera sans conséquence ? Les solutions proposées, comme le gros porteur d’Airbus ou l’avion « économique » de Boeing ne sont à mon sens que des emplâtres sur une jambe de bois. Ne serait-ce que parce que les améliorations éventuelles engrangées et le délai de renouvellement des flottes ne compenseront pas l’augmentation du trafic. Et miser sur les agrocarburants, même à base d’algues, n’est pas une solution, quoiqu’en pense Richard Branson. Surtout pour envoyer des touristes dans l’espace, « business » qui semble lui plaire.

Pourtant, le transport aérien, le tourisme, sont autant d’activités qu’il n’est pas de bon ton de contester. (Les reportages de « Questions à la une » en sont un rare contre-exemple).  Laissons nos pensionné(e)s, nos employé(e)s, nos indépendant(e)s et tous les autres, aller chauffer leurs os au soleil. Laissons-les croire à leur exotisme de pacotille. N’empêchons pas les torrents publicitaires sur les vacances. Ha, esprit vacant. Qui sommes-nous finalement pour leur montrer les mauvais côtés de leurs loisirs ? Ils payent, non ? Ne soyons donc pas élitistes. Soyons tolérants. Quand bien même autrui serait directement victime de leurs pratiques ?

« La tolérance ? Il y a des maisons pour ça ! » disait Claudel en plaisantant. Je ne suis pas certain de vouloir rire avec lui. Ce n’est peut-être pas politiquement correct, mais malgré toute la compréhension dont je peux faire preuve, la dame évoquée au début de cette chronique n’est pas innocente.

Alors, tenez-le-vous pour dit, prendre des vacances est un acte politique. Faites donc le bon choix au moment de réserver vos « errements ».

Denis MARION.

 

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