S'identifier - S'inscrire - Contact

A Bruxelles, A Bali, on y danse tous en rond

• Dimanche 09/12/2007 • Version imprimable

« Le monde entier fait Boum

Tout l'univers fait Boum

Parc'qu'on fait trop vroum, vroum»

Charles Trenet revisité.
 

Les petits patrons flamands de la VOKA en voudraient plus, de la régionalisation. Les organisations syndicales en voudraient plus, de la solidarité. Deux visions opposées du futur ou du non futur de notre pays se retrouvent en débat. Le CD&V n’en veut pas de la tripartite. Le MR en veut au CDH et les autres partis veulent se tâter. Des citoyens ne veulent plus répondre aux sondages.

Entre ceux qui veulent ce que les autres ne veulent pas, ceux qui veulent tout et ceux qui ne veulent plus rien, n’y aurait-il pas comme une certaine lassitude. Nous tournons en rond, petit patapon, depuis plus de six mois.

Nous tournons en rond et nous envoyons à Bali un ministre en affaires coulantes qui n’a pas de positions fermes à débattre. Mais faut-il s’en inquiéter ? De toute façon, nous n’aurions même pas un sou pour un superministère de l’environnement.  Envoyer une délégation dans ces conditions, ne serait-ce pas lui offrir un voyage aux frais de la princesse pour découvrir les danses balinaises. Mais, en fait de danse, si cela pouvait au moins servir d’enseignement, parce que nous ne savons pas sur quel pied danser avec nos (non)gouvernants.

Donc, nous avons une délégation à Bali pour cette conférence qui devra baliser notre futur climatique. De solides balises pour contenir notre propension à nous répandre malséants dans l’atmosphère. « Les diplomates qui ont commencé les pourparlers à Bali hier devraient discuter d’une complète décarbonisation de l’économie globale. » disait George MONBIOT, dans un article  (que je vous invite à lire en français) publié dans le GUARDIAN.  « Aucune région ne décarbonise son approvisionnement énergétique. Même la traditionnelle tendance à la décroissance de l’intensité énergétique des économies matures est contredite. » continue-t-il en stigmatisant ce gouffre ahurissant entre la politique climatique du gouvernement [britannique] et la réalité sur le terrain. « Comment pourrions-nous même réussir une réduction de 60% si nous construisons de nouvelles centrales à charbon, de nouvelles routes et de nouvelles pistes à Heathrow ? ». Et c’est là, bien toute la question. On ne peut pas comme le veulent certains politiciens, le beurre, l’argent du beurre, le sourire de l’électeur et de moindres teneurs carbonées.

Les décisions sont bien malvenantes sur le terreau de la politique et de l’économie mondiales. Certes, la décision de l’Australie de ratifier le protocole de Kyoto est une bonne chose, mais entre ratification et réalisation, il y a plus que l’épaisseur d’un poil de… kangourou. Restez sur son postère pour ne rien faire ou l’utiliser pour s’asseoir sur des décisions favorables au climat ET à l’environnement ne devrait plus être des attitudes acceptables de nos dirigeants.
Lancez les sirènes ! les femmes et les enfants d’abord ! Les petites îles coulent déjà! « "Déménager est notre seule chance d'avenir. Nous allons perdre notre identité, mais nous n'avons pas d'autre choix, les îles sont en train de rétrécir", a lancé Ursula Rakova, des îles Carteret, des atolls situés en Papouasie Nouvelle-Guinée ».

J’évoquais cela dans Les fausses notes des ténors de parti et notre incapacité à réagir. Faudra-t-il compter par millions les réfugiés environnementaux pour que l’on ait conscience de ces urgences. Ce ne sera pas une opération Tsunami XXL qui pourra alors résoudre les problèmes.

Imaginons que les jeunes hommes des Carteret qui apaisent leur chagrin en se saoulant échangent la bouteille d’alcool pour le cocktail Molotov. Imaginons les Inuits descendre sur les grandes villes du Nord pour harponner autre chose que les phoques. Imaginons les victimes de ces bouleversements climatiques s’unir pour nous pourrir la vie. Nous arriverions peut-être même à regretter ces terrorismes religieux, nationalistes qui combattent plus pour le pouvoir que pour la survie. Pourtant, et je ne souhaite en rien que cela n’arrive, si cela devait arriver, je suis sûr et certain que nous plaiderions l’innocence en ne comprenant pas que l’on puisse nous faire du mal.

J’écoutais, sur la Première de la RTBF, François Gemenne, spécialiste de la question, expliquer, qu’au sens de la Convention de Genève, l’expression « réfugiés climatiques ou environnementaux » était inappropriée. Pour être considéré comme réfugié, il faut d’une part avoir quitté son pays et d’autre part, y avoir été persécuté. Certes, toutes les personnes qui fuient les phénomènes liés au réchauffement (ou à toute autre modification environnementale liée à une activité humaine) ne quittent pas leur pays, mais toutes, à mon sens, sont quelque part persécutées par les attitudes des nations polluantes.

Alors, laisserons-nous ces réfugiés environnementaux se multiplier. Les réfugiés climatiques ne doivent-ils devenir que les oubliés du climat ? 

Et pour terminer, je reciterai George MONBIOT : « Nous devons faire face à un défi aussi pressant que la montée des puissances de l’Axe. Si nous avions alors jeté l’éponge, comme beaucoup est tenté aujourd’hui, vous liriez cet article en allemand. Bien que la guerre resta le plus souvent impossible à remporter, quand la volonté politique fut mobilisée, d’étranges et incroyables choses commencèrent à arriver. L’économie des Etats-Unis fut renversée en un quart de tour en 1942 quand les industries civiles se firent militaires. L’État prit plus de pouvoir qu’il n’en exerça jamais. Des politiques impossibles devenaient subitement réalisables. Les vraies questions à Bali ne sont pas techniques ou économiques. La crise à laquelle nous faisons face requiert une profonde discussion philosophique, une réévaluation de ce que nous sommes et de ce que le progrès comprend. Débattre de ces matières ne fait de nous ni des saints ni des communistes ; cela montre seulement que nous avons compris la science. »

Vous en pensez ce que vous voulez et comme dirait Paul Hermant, dans son billet quotidien « Allez, bonne journée et puis aussi bonne chance. »

PS. Tiens, au fait, pour que ne puissiez pas faire « l' inocin », allez voir d’une part, aux Beaux Arts, Melting Ice: Envisager le changement et d’autre part au Botanique, Politic’Art  dont l’exposition des dessins de Cécile Bertrand.
 

http://www.lalibre.be/article.phtml?id=10&subid=83&art_id=387760

http://www.vincent-engel.com/article.php3?id_article=581

http://tropdebruit.be/news/les-refugies-climatiques-ne-sont-ils-que-des-oublies-climatiques

 

http://www.botanique.be/index.asp?id=628711212200312155602566&eventid=794258720200711195590828

 

Archives par mois


Recherche


Archive : tous les articles

A visiter

  • Blog à part
    • Des écrivains, des journalistes, des critiques littéraires et musicaux, venus d’horizons divers, rassemblés par Vincent Engel pour former une équipe virtuelle, sinon vertueuse… voilà ce que vous propose ce blog à part ! Des coups de gueule, des analyses, des comptes rendus, des sensibilités différentes; mais toujours la même liberté.
  • Vincent Engel
    • Professeur de littérature contemporaine à l'Université catholique de Louvain (UCL) et d'Histoire des Idées et de Formes Littéraires à l'IHECS, il a écrit de nombreux essais, romans, nouvelles ou pièces de théâtre. Il est aussi critique littéraire et chroniqueur
  • Epures ASBL
    • Trop de Bruit en Brabant wallon, l'Observatoire indépendant de l'environnement en Brabant wallon. (TBBW ASBL), actif particulièrement sur le territoire de la province du Brabant wallon, a changé de nom en 2013 pour s’appeler EPURES, Ensemble Pour Une Réflexion Environnementale Solidaire et ainsi mieux rendre compte de ses activités. En effet, créé en 2004, ce groupement de citoyens et son comité a mis dans un premier temps l'accent sur les nuisances aériennes provoquées par Bruxelles-National mais s'est, depuis, ouvert à d'autres problématiques environnementales, liées ou non au territoire de la province.