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En Équateur, du pétrole et des idées

• Mardi 04/12/2007 • Version imprimable

Une chronique de Vincent Engel.

Les choses bougent en Amérique latine. Et, contrairement aux terribles années 1970, les USA semblent tellement empêtrées dans leur bourbier irako-afghan qu’ils n’interviennent plus et laissent se développer, à leur porte, des gouvernements et des pratiques qui, jadis, auraient suscitées une intervention directe de la CIA. Mais il est probable que je me trompe et que, fidèle à ses missions, la CIA ne reste pas inactive.
En attendant, outre les coups de gueule et les expériences de Chavez, d’autres gestes politiques sans précédents sont commis dans l’un ou l’autre pays du continent. À l’instar du discours prononcé en 2002 par le chef mexicain Guaicaipuro Cuatamoc devant les chefs d’Etats européens, au cours duquel il utilisa les arguments occidentaux pour démonter le colonialisme et dénoncer la dette, le président de l’Equateur, Rafael Correa, prend au pied de la lettre les déclarations occidentales concernant la sauvegarde de la planète et le nécessaire sursaut écologique. Il a en effet proposé de renoncer à l’exploitation d’un gigantesque gisement pétrolier situé au cœur de l’Amazone. Une région décrétée “réserve de la biosphère” par l’UNESCO. Bien entendu, il demande à la communauté internationale des compensations pour ce geste. Moindres que ce que rapporterait l’exploitation pétrolière : la perte a été chiffrée à une quinzaine de dollars par baril, ce qui est considérable pour un pays aussi pauvre que l’Equateur ; mais Correa ne demande que 5 dollars par baril non exploité. Soit à peu près 5 milliards de dollars.
Rafael Correa n’a pas eu l’idée tout seul, et il lui a fallu longtemps avant de prendre en compte cette proposition émise par Acción Ecológica et d’autres ONG qui se battent contre le développement des exploitations pétrolières sauvages en Equateur.
Ce n’est pas la première fois que la communauté occidentale est placée au pied du mur. “Talk is cheap” ; les bonnes paroles ne servent qu’à endormir l’opinion publique. Si l’on veut vraiment sauver la planète, et pas seulement permettre à quelques personnes de gagner beaucoup d’argent en utilisant ce slogan pour des livres ou des produits “propres”, il faut répondre “oui” avec enthousiasme à de telles propositions. D’autant que cette manière de voir le monde contribuera à détruire le nationalisme, ferment de toutes les guerres, et à construire la social-démocratie dont notre monde à besoin. Car si l’on considère que la bonne gestion des ressources naturelles, où qu’elles se situent, est la responsabilité de tous, cela suppose une gestion supranationale par des assemblées politiques, et non par des conseils d’administration de multinationales.

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  • Vincent Engel
    • Professeur de littérature contemporaine à l'Université catholique de Louvain (UCL) et d'Histoire des Idées et de Formes Littéraires à l'IHECS, il a écrit de nombreux essais, romans, nouvelles ou pièces de théâtre. Il est aussi critique littéraire et chroniqueur
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