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A Bali ou à Bruxelles, tout commence et se termine en chansons.

• Samedi 15/12/2007 • Version imprimable

Bali, Ballots
Poto-Poto
Ballots, Bali,
Patati
Et patatras
On l'a dans le baba
 

Comment elle va la vie… Ce n’est pas que je sois sévèrement atteint de procrastination, mais comme un peu tout le monde, je suis toujours un peu à la bourre.  Pourtant cette semaine-ci, j’avais pris un peu d’avance, histoire de dégager un peu de temps pour travailler à ma coupe de bois. La chronique était prête, presque trop, même un peu trop nette et c’est alors que j’ai changé d’avis à cause de l’actualité. Les marchés de bruit pouvaient attendre parce que cela ne s’emballait pas à Bali.

Bali n’avançait donc pas. Cela méritait que l’on s’y penche. Bali, c’est un peu comme les négociations en Belgique et Pierre Kroll ne s’y est pas trompé dans son dessin de ce samedi, comme pour confirmer ce que je voulais écrire. (2)

On se pousse du col. On menace. On dit que l’électeur a décidé que ce serait ceci ou cela, qu’il a choisi le communautaire puisqu’il a voté pour le CD&V, que l’équilibre est passé à droite en Wallonie puisque le MR a grimpé en éludant le fait qu’Ecolo, par exemple, a également progressé. Mais on oublie, comme l’écrivait dans le Soir, François Heinderyckx, que "l'électeur" n'existe pas. (3)  Et la voix de l’un vaut autant que celle d’un autre. Ni gagnants, ni perdants. Mais au bal des négociations, c’est « j’ai gagné et t’as perdu ». C’est « tu veux ou tu veux pas ». (4)  Je voulais et je ne veux plus. Je te voulais et je ne te veux plus. L’électeur a donné sa voix et l’élu lui montrera la voie. Et c’est partout pareil. 

Tiens, pour le traité européen que le « grand bleu » s’est empressé de signer, ce qui est normal pour un premier ministre en affaires courantes, nous a-t-on demandé notre avis ? Que nenni. Ce traité, copie conforme de la « Constitution européenne », même chien avec un autre chapeau, sera ratifié par les parlements nationaux sans aucun referendum. Mettez cela dans votre poche et votre mouchoir par-dessus. Nous sommes sans doute trop c… pour comprendre. Et c’est partout pareil.

A Bali, les ballots canadiens, états-uniens et japonais étaient là pour causer, mais surtout pas pour décider. Aucune obligation, surtout aucune obligation de diminuer notre charge de carbone. « Décarbonisez-moi, mais pas trop vite ». (5)  Alors, pour ne pas effaroucher les vierges, on n’a pas cité de chiffres, seulement une référence aux travaux du GIEC, lesquelles disent clairement qu’il faut réduire les émissions mondiales d’au moins 50 % d’ici 2050. Mais je présume que c’est comme la constitution belge, sujet à interprétation. Alors on avance. Oui, « mais avec retenue, pour que nous nous habituions peu à peu... ». Mais n’est pas Juliette Greco qui veut. (4)

« Peu à peu ». Là est le problème, comme répondait Hervé Kempf dans le Monde à la question : « Quel candidat à la présidence des Etats-Unis vous semble-il être le plus capable de faire évoluer la position de ce pays (dans le "bon sens")? Globalement, les candidats démocrates et le Parti démocrate sont beaucoup plus convaincus de l'urgence de la question climatique que le Parti républicain. ]…[. Cela dit, même avec les démocrates, il ne faut pas attendre de miracle. En l'état actuel, aucun responsable politique américain n'est prêt à dire clairement à son opinion publique qu'il faut changer le mode de vie des Etats-Unis. Mais à vrai dire, très peu de responsables politiques]…[ en Europe sont prêts à dire ]…[ aux Européens qu'il faut changer leur mode de vie pour le rendre plus sobre. » (6)  C’est d’ailleurs pour cela qu’ils signent un traité européen fort peu environnemental.

Tout a-t-il été négatif à Bali ? Certes, non. En dernière minute, les choses se sont un peu débloquées. Par exemple, des accords en matière de transfert de technologies en faveur des pays pauvres auraient été engrangés. On s’acheminerait aussi vers la mise en place (éventuelle) d’un mécanisme rémunérant la non-déforestation et l’évitement de la dégradation des forêts tropicales. Mais « Il faut cependant tempérer tout enthousiasme excessif en se rappelant que les parties sont surtout d’accord de se mettre d’accord, sans beaucoup plus, à ce stade, et que tout reste à faire. » disait dans un article Jean-Yves Saliez, secrétaire général d’Inter-environnement Wallonie.(7)

 
Tout comme au bal des négociations en Belgique.
 
Denis MARION
 

PS. Repaissez-vous des clips musicaux qui illustrent cette chronique. Ils sont assez éclairants.

 
  1. http://www.youtube.com/watch?v=f_oEovxpf8s
  2. http://www.lesoir.be/forum/le_kroll/le-15-decembre-2007-12-15-566835.shtml
  3. Carte blanche - « L'électeur » n'existe pas. Le Soir 10.12.2007 François Heinderyckx Professeur de communication politique à l'ULB. « C'est un raisonnement pervers qui relève pratiquement du sophisme. On fait mine de confondre l'élection avec un tournoi sportif où le perdant est éliminé et laisse la place au gagnant ; on confond élection et loterie où les bulletins perdants ne valent rien. En démocratie représentative, chaque électeur bénéficie d'une voix et tous les votes ont le même poids. Dès lors, les résultats doivent avant tout être envisagés en valeur absolue, c'est-à-dire qu'ils représentent l'expression des choix politiques de l'électorat à un moment déterminé. »
  4. http://www.youtube.com/watch?v=Qab9zs1Bzgo
  5. http://fr.lyrics-copy.com/juliette-greco/deshabillez-moi.htm  ou http://www.youtube.com/watch?v=ilKWl9dCjoU
  6. http://tropdebruit.be/news/pour-la-chine-l-inde-et-le-bresil-le-climat-est-devenu-une-preoccupation
  7. http://www.iewonline.be/spip.php?article1564






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    • Trop de Bruit en Brabant wallon, l'Observatoire indépendant de l'environnement en Brabant wallon. (TBBW ASBL), actif particulièrement sur le territoire de la province du Brabant wallon, a changé de nom en 2013 pour s’appeler EPURES, Ensemble Pour Une Réflexion Environnementale Solidaire et ainsi mieux rendre compte de ses activités. En effet, créé en 2004, ce groupement de citoyens et son comité a mis dans un premier temps l'accent sur les nuisances aériennes provoquées par Bruxelles-National mais s'est, depuis, ouvert à d'autres problématiques environnementales, liées ou non au territoire de la province.