S'identifier - S'inscrire - Contact

Un tramway nommé désir

• Dimanche 23/09/2007 • Version imprimable

Vivian Leigh, héroïne d'un Tramway nommé désir (source Wikipedia)

Semaine de la mobilité oblige, parlons des transports en commun.
Quel plaisir de lire dans la presse qu’un radiologue court vers ses nouvelles amours en transport en commun. Qu’il est doux d’entendre que les (futurs) pensionnés choisissent leur maison de campagne en fonction d’une ligne de transport et que les étudiants la jouent collectif. Tout cela me transporte de joie... Tous en bus ou en train, même moi. Zut, je déchante, j’aurais dû mieux lire le titre de l’article : « Ces Belges dont Ryanair a changé la vie. » (1). C’est tous les week-ends et en avion que le radiologue va courir le guilledou aux frais du contribuable wallon, puisqu’il semble avéré que nous subventionnons cela. Ce sont des étudiants français qui, pour des raisons de numerus clausus par exemple, viennent fréquenter les hautes écoles que nous finançons. Ce sont les pensionnés, chers à certains hommes politiques (2), qui voyagent d’ici à leur maison de campagne.
Magnifique, me direz-vous ? Une histoire d’amour. Personnellement, je ne tiens pas à payer les coûts financiers et environnementaux des transports (en tous les sens du terme) d’un carabin. Magnifique, me direz-vous ? Les voyages forment la jeunesse et conservent la vieillesse. Mais est-ce que ces gens voyagent ou se déplacent-ils tout simplement pour aller consommer un paysage ou un enseignement ? Magnifique, me direz-vous ? C’est la liberté. La leur et que tout le monde paye, entre autres, en terme de production de CO². La mienne est de dire que je n’apprécie pas du tout. Quand il y a quelques mois, l’association que je préside a signé le manifeste contre la pub pour les transports polluants, c’était là une des raisons. Nous ne voulions pas que des gens qui peut-être ne prendraient même pas un tram ou un train fasse d’une ligne aérienne, une ligne de bus volants. Rendons-nous bien compte que ces voyages ne sont plus exceptionnels, que les lignes aériennes, comme en leur temps les autoroutes, déterminent des comportements qui se voient chaque jour renforcés. Repensons nos modes et nos besoins de déplacement autant que faire se peut.

Semaine de la mobilité oblige, parlons de la voiture.
La voiture, que, comme la plupart, j’utilise encore trop, fait l’objet de toutes nos attentions. Fluidité, rapidité, il faut tout faire pour que le trafic s’écoule comme un fleuve (pas si) tranquille. Il faut ouvrir de nouvelles voies, creuser des tunnels (comme celui sous la forêt de Soignes), contournement de ceci, liaison de cela... La Belgique a la seconde densité de routes au Km² d’Europe. Elle veut tout faire pour reprendre la première place qui vient de lui être ravie. Pourtant, dernièrement, à d’une conférence dont l’un des points abordés était le contournement nord de Wavre, un échevin signalait que les crédits pour l’entretien des routes auraient été coupés. Il y a quelques jours, nous avions rencontré le riverain d’une autoroute qui s’inquiétait du financement des travaux d’assainissement sonore des points noirs wallons en matière de bruit et du temps que mettrait le MET à réaliser tous les chantiers. Il y en aurait bien trois cents. Alors quand on parle de nouvelles infrastructures comme la liaison Cerexhe-Heuseux-Beaufays, on est en droit de se demander s’il est bien raisonnable de dépenser tant d’argent (on parle d’un budget de quatre cents millions d’euro pour ce chantier, soit la moitié du plan Marshall) pour des rubans de bitume, qui seront rapidement saturés et certainement inutiles quand le pétrole sera impayable. C’est d’ailleurs une excellente analyse qu’a faite Inter-Environnement pendant la semaine de la mobilité : pourquoi investir dans des infrastructures aussi coûteuses qui ne seront pas prêtes avant 2015, au moment où certains prétendent que le prix du carburant entraînera une diminution du trafic. La même réflexion vaut également pour les aéroports. C’est dans ce contexte que nous avons soutenu le moratoire sur les infrastructures (auto) routières proposé par l’association environnementale précitée (3). Certes, l’immobilisme dans les files coûte des millions d’Euros, mais ce n’est en multipliant les nouvelles routes que cela se résoudra. Consacrons cet argent à d’autres choses comme des trams par exemple. (4)

Semaine de la mobilité oblige, parlons de ce que l’on a fait.
La semaine de la mobilité a bien commencé avec le Grand Prix de Francorchamps, ce qui témoigne selon un chroniqueur du Sillon belge (5), de la « schizophrénie environnementale de nos sinistres ministres ». « 8.400 tonnes de CO² pour 90 minutes de course, soit le rejet annuel de 2.900 petites voitures à 20.000 km par an », continue-t-il. Un autre chroniqueur évoquait sur la Toile les flagrantes contradictions entre un ministre pour qui il faut donner « la priorité aux usagers faibles dont font partie le bus, le piéton et le vélo qui doivent occuper le haut du pavé » et un autre qui a « l’ambition de faire du réseau routier wallon « un des plus beaux d’Europe ». (6)
La semaine de la mobilité est plutôt la semaine de l’immobilité dans les mentalités et la semaine du chacun-pour-soi dans une circulation où il ne fait pas bon être piéton ou cycliste, ce que je suis aussi très souvent. Vendredi, un automobiliste à qui j’avais l’occasion de faire remarquer son irrespect total des limitations de vitesse m’a rétorqué que cela ne regardait que lui. Mon radiologue du début et lui aiment prendre leur pied (sans en mesurer les conséquences) mais qu’il sache, même s’ils s’en foutent, que cela doit se faire entre adultes consentants.

(1) http://tropdebruit.be/news/ces-belges-dont-ryanair-a-change-la-vie
(2) http://humeur.tropdebruit.be/news/les-fausses-notes-des-tenors-de-parti
(3) http://www.iewonline.be/IMG/pdf/EP_PC_070712_Projet_Moratoire_Routes-2.pdf
(4) http://bulles.agora.eu.org/20070907_oui_au_tram_non_a_l_autoroute.html
(5) l’hebdomadaire indépendant des campagnes pour ceux qui ne connaissent pas.
(6) http://bulles.agora.eu.org/20070912_tram_a_liege.html
Le ministre Antoine, au sujet de la semaine de la mobilité :
Le ministre André Antoine se réjouit de cette semaine qui se veut comme une «protestation contre une forme d’immobilité. Le tout à la voiture n’a plus de sens aujourd’hui. Il faut bousculer les règles et ses habitudes. Il faut donner la priorité aux usagers faibles dont font partie le bus, le piéton et le vélo qui doivent occuper le haut du pavé».
Source : La libre Belgique, 10 septembre 2007
Le ministre Daerden, faisant sa rentrée politique :
[...] Le ministre, qui a annoncé qu’il avait l’ambition de faire du réseau routier wallon « un des plus beaux d’Europe», souhaite également boucler rapidement le dossier de la liaison autoroutière Cerexhe-Heuseux - Beaufays. «C’est la priorité des priorités », a-t-il souligné.
Source : Le Vif, 29 août 2007

 


Commentaires

Lien croisé par Anonyme le Dimanche 25/11/2007 à 12:52

TBBW - Une nécessaire collaboration pour combattre le bruit routier. : " (voir par exemple ceci ou cela)"



Archives par mois


Recherche


Archive : tous les articles

A visiter

  • Blog à part
    • Des écrivains, des journalistes, des critiques littéraires et musicaux, venus d’horizons divers, rassemblés par Vincent Engel pour former une équipe virtuelle, sinon vertueuse… voilà ce que vous propose ce blog à part ! Des coups de gueule, des analyses, des comptes rendus, des sensibilités différentes; mais toujours la même liberté.
  • Vincent Engel
    • Professeur de littérature contemporaine à l'Université catholique de Louvain (UCL) et d'Histoire des Idées et de Formes Littéraires à l'IHECS, il a écrit de nombreux essais, romans, nouvelles ou pièces de théâtre. Il est aussi critique littéraire et chroniqueur
  • Epures ASBL
    • Trop de Bruit en Brabant wallon, l'Observatoire indépendant de l'environnement en Brabant wallon. (TBBW ASBL), actif particulièrement sur le territoire de la province du Brabant wallon, a changé de nom en 2013 pour s’appeler EPURES, Ensemble Pour Une Réflexion Environnementale Solidaire et ainsi mieux rendre compte de ses activités. En effet, créé en 2004, ce groupement de citoyens et son comité a mis dans un premier temps l'accent sur les nuisances aériennes provoquées par Bruxelles-National mais s'est, depuis, ouvert à d'autres problématiques environnementales, liées ou non au territoire de la province.