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Sauvons nos « canadas »

• Lundi 15/10/2007 • Version imprimable

Si l’on en croit les gazettes, BASF, célèbre pourvoyeur de produits chimiques voudrait faire bouffer à nos bestiaux de la « canada » (1) transgénique, de la pomme de terre stupidement modifiée.  
La « canada » en question, pour laquelle BASF a demandé une autorisation de commercialisation,  a été modifiée pour que l’on puisse en extraire plus facilement l’amidon de telle sorte à faciliter le travail des industriels. Comme il ne faut rien laisser perdre, en effet quand on a extrait l’amidon, il reste les pulpes et les peaux, la firme allemande a demandé à la Commission européenne l’autorisation de culture accompagnée d’une autorisation de vente des résidus comme aliments pour le bétail.
Innocent tout cela. Je ne crois guère à l’innocence de l’accusée. Outre la méfiance nécessaire à l’égard des OGM à cause des risques de dissémination ou d’effets nocifs, dans ce cas précis, la plante contiendrait un gène résistant aux antibiotiques. Quand on sait que la résistance aux antibiotiques est considérée comme un problème majeur de santé publique, on peut s’interroger sur l’innocuité que lui accorde l'Agence européenne de sécurité alimentaire (2). Pourtant,  il y a de fortes chances que la Commission, sur base de cette recommandation, donne son accord. On est à peine dans les patates, comme on dirait à Québec.
 
Avec un maïs, ce sera la seconde plante OGM cultivée en Europe. Que deux plantes de ce type… Nous ne précédons pas la marche du progrès. « Deux de trop » diront les détracteurs. « Pas assez » diront les partisans avançant que les organismes génétiquement modifiés sont le moyen idéal pour « guérir » la faim dans le monde. « En effet, nos rendements sont plus élevés, nos plantes plus résistantes » continuent-ils. Pourtant, une étude de l’Université du Wisconsin aurait démontré que les rendements étaient inférieurs à ceux des cultures non génétiquement modifiées.  Quoi qu'il en soit, ce n’est pas l’altruisme qui conduit BASF à demander une autorisation de culture pour une «canada» manipulée, c’est une simple réflexion économique et agro-industrielle (3).  Nous ne précédons pas la marche du progrès, mais nous la suivons de trop près.
 
Et plutôt que de se laisser manipuler et de courir des risques inutiles, ayons une réelle réflexion sur la culture de la terre. La faim ne sera pas éradiquée par la culture d’OGM et si même cela devait être, ce serait dans de telles conditions de dépendance que cela reviendrait à une soumission impensable de la population. Une alternative plus crédible est certainement l’agriculture biologique. L’agriculture biologique est une combinaison de pratique ancestrale et d’innovations écologiques modernes. Elle peut nourrir le monde, tout en respectant la nature et les humains. La FAO en semble même convaincue semble-t-il (4).
 
Encore faut-il qu’il y ait des terres à cultiver. Et cela semble être là le grand problème. L’accès à la terre est problématique, monopolisée par des cultures industrielles dont les agrocarburants prennent déjà une part importante. Des mouvements de paysans comme le mouvement Janadesh en Inde réclament pour les habitants un accès à une terre qui pourrait les nourrir. Une initiative belge vise à soutenir cette revendication indienne par une marche ce 19 octobre (http://sansterre.surlaterre.org/) ajoutant à ce soutien une dimension locale puisque selon eux : « La marche belge pour objectif de soutenir les paysans sans terre d’Inde, mais aussi de souligner le vrai problème de l’accès à la terre chez nous. Notamment pour les jeunes qui désirent devenir paysans et tous ceux qui veulent subvenir à leurs besoins fondamentaux. Nous considérons que la problématique des sans terre concerne aussi la Belgique. »  
Une autre initiative, assez ludique ce me semble, est la transformation d’une automobile en auto-suffisance, un « potager » sur roues, dans le cadre du projet Semons les graines d'une ville verte et nourricière (5)  soutenue par la Région bruxelloise ou comment reconvertir les moindres recoins de la capitale en espace de production. Moi qui ai « niqué » mon dernier carré de pelouse pour agrandir mon potager, je ne peux qu’applaudir cette envie, ce besoin de caresser la terre. Tout cela ne s’éloigne pas de certaines actions locales visant à créer des potagers collectifs, communaux, communautaires propres d’une part à (re)créer des liens sociaux au cœur des villages ou des quartiers et d’autre part à produire dans un circuit court des produits de qualité avec des méthodes respectueuses de l’environnement.
 
Il est nécessaire de convaincre nos citoyens de se réapproprier leur nourriture. C’est entre autres par ce biais que l’on arrivera peut-être à modifier la manière de penser des instances européennes qui doivent bien comprendre que la population n’est pas prête à sacrifier sa santé et l’environnement à l’industrie agroalimentaire. Et pour ceux qui pensent qu’une agriculture respectueuse produit des aliments systématiquement plus chers, je les invite à consulter cet article « Pourquoi le bio est moins cher ? » (6), de consulter les sites de la Ferme Arc-en-Ciel à Wellin (7) ou des Saveurs Paysannes (8).
 
Et surtout, sauvons nos « canadas » de l’Office des Grands Manipulateurs.
 
 

 
1) Pomme de terre en wallon de Charleroi ou de Namur
2) Des liens ont également été établis entre l'administration de médicaments aux animaux et le développement d'une résistance chez les humains. Dans l'industrie agroalimentaire, il est fréquent d'administrer des médicaments à des animaux destinés à la consommation pour traiter ou prévenir les infections et pour stimuler la croissance. Certains produits sont également vaporisés sur les arbres fruitiers pour prévenir les maladies ou les combattre. Ces produits peuvent être transmis aux humains par la viande, le lait, les fruits ou l'eau potable, et ainsi aggraver le problème de résistance. La salmonelle est un exemple de résistance aux médicaments puisqu'elle peut se transmettre des animaux aux humains par la chaîne alimentaire. Source : http://www.hc-sc.gc.ca/iyh-vsv/med/antibio_f.html
3) Diverses sources sur les OGM. (voir également http://tropdebruit.be/texts/ogm)
Les OGM peuvent-ils nourrir la planète ?
 
 
Peser le pour et le contre des OGM: le contre
Peser le pour et le contre des OGM: le pour
 
L’agriculture biologique face au défi de la sécurité alimentaire
Les Etats devraient l’intégrer dans leurs priorités nationales, selon la FAO
 
« Les gains promis par les firmes et les promoteurs d’OGM ne résoudront aucuns problèmes » affirmait le Dr Mc Gregor, « aussi bien du point de vue de l’abaissement des coûts que de l’accroissement de la production. » Citant des recherches de l’Université du Wisconsin financées par l’USDA et portant sur 5000 cultures non-GM et 3000 cultures GM de soja dans 8 états aux Etats-Unis, il rapportait qu’elles avaient permis de démontrer que les cultures
GM avaient un rendement moyen inférieur de 6 à 8% au rendement des cultures non-GM et que les coûts des semences étaient supérieurs de 20$ à 40$ par acre (environ 30 à 50$ par ha). Moins de rendement pour des coûts supérieurs, ce n’était pas une bonne nouvelle
 
4) L’agriculture biologique peut-elle nous nourrir tous ?
L’agriculture biologique face au défi de la sécurité alimentaire
Les Etats devraient l’intégrer dans leurs priorités nationales, selon la FAO