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Retenez-moi ! (première partie)

• Lundi 27/10/2008 • Version imprimable

Le budget de notre gouvernement prévoit l'implémentation d'une nouvelle taxe sur les tickets d'avion. Cette taxe remontera à environ 10 à 50 euros par personnes.
Neckermann est d'avis que cette pression supplémentaire sur le budget de milliers de vacanciers est injustifiable.

Tous ensembles, nous voulons faire comprendre au gouvernement qu'il est nécessaire de revenir sur cette décision afin que tout le monde puisse continuer à partir en vacances.

Dès lors, nous vous invitons à signer cette pétition en ligne contre la taxe sur le site web ci-dessous : 
 

Au nom de tous nos clients, N… vous remercie de votre aide.


Voilà le mail que ce voyagiste envoie à ces clients.[1] Allons, citoyens, vos congés sont en danger. Levez-vous contre l’arbitraire étatique pour défendre le cancer de vos vacances. Ha, m… ! Cela ne se passera pas comme ça.

Mais retenez-moi. Comme si cette taxe pouvait m’empêcher de chausser mes chaussures, d’enfourcher mon vélo, de prendre le train pour profiter de mes congés. Comme si les vacances impliquaient bêtement de passer dans une agence de voyage pour y commander un billet d’avion.

Il faut surtout lire sur le site de la pétition les arguments avancés pour justifier cette démarche.

Notre secteur est le seul dans le monde du transport à payer pour toutes ses infrastructures y lit-on.

Que je sache les aéroports wallons ont été financés par les pouvoirs publics et je me suis laissé dire que chaque ticket au départ de Charleroi est peu ou prou subsidié par le contribuable.  Que je sache l’aéroport de Zaventem a été privatisé à un prix en dessous de sa valeur. Que je sache les opérateurs n’ont pas encore alimenté le fond d’indemnisation pour l’isolation et l’expropriation.

Les compagnies aériennes ne sont d’ailleurs pas stimulées à utiliser des avions « plus verts » ou à adapter leurs technologies.

Que je sache les opérateurs rechignent à payer leurs amendes pour avoir dépassé les normes de bruit.  Que je sache les opérateurs ne font rien pour mettre au rancart leurs vieux appareils. Peut-être attendent-ils des primes payées par le contribuable pour le faire ?

A un moment où nos exportations sont primordiales, les voyages d’affaires deviennent plus chers. Des frais supplémentaires pour les voyages d’affaires augmentent le prix coûtant et diminuent la compétitivité. Il faut s’attendre à une diminution de nombreux voyages d’affaires.

Que je sache la compétivité ne dépend pas du voyage d’affaires. A l’heure de l’internet et de la vidéoconférence, ces déplacements tiennent plus de la satisfaction de l’ego de quelques cadres supérieurs que de la réelle efficacité.

Le secteur du voyage est un employeur important. La Commission Européenne estime à 217.000, le nombre d'emplois dans le secteur touristique de notre pays.

Que je sache, tous ne travaillent pas pour le transport aérien et il n’est pas sûr que l’hôtelier de La Panne ou de Durbuy apprécient ces voyagistes qui mettent la côte turque ou les pyramides d’Egypte à la moitié du prix d’un séjour en Belgique. Peut-être n’ont-ils pas lu ces pétitionnaires les études anglaises sur le rôle de l’aviation low cost dans la formation du chômage dans le secteur touristique britannique.

Du point de vue humanitaire, Le tourisme est une source de revenus considérable pour de nombreux pays du Sud. Commercer ou faire des affaires avec les pays du Sud devient sensiblement plus cher.

Pour paraphraser un académicien français, le tourisme est l’industrie qui consiste à déplacer des gens qui seraient mieux chez eux chez des gens qui seraient mieux sans eux.[2] J’invite à ceux qui croient encore que le tourisme de ces voyagistes profite aux populations du sud à relire des articles sur la palmeraie de Tozeur[3] ou à revoir l’excellent reportage de Question à la Une sur le tourisme au Maroc. Exemples parmi d’autres.

Ont-ils aussi oublié ces voyagistes que le carburant de leurs avions n’est grevé d’aucune taxe, que doivent pourtant acquitter les autocaristes par exemple.

En ces temps de crise, tout le monde essaye de sauver ses fesses, de bonne ou de mauvaise foi. Tout le monde considère que son secteur est le plus sensible, le plus important au point qu’il ne doit participer à l’effort collectif. Mais personne (ou en tous les cas peu de gens) considère qu’il faille se remettre en question.

Finalement, peu me chaut cette taxe, encore que je sois un fervent partisan de la taxation du kérosène. Ce qui me choque surtout, ce sont les procédés d’un secteur aérien qui fait tout pour échapper à ses obligations alors que les coûts qu’il engendre en terme d’infrastructures, de santé publique, de facilitation de délocalisation et surtout et aussi de changements climatiques sont à charge des citoyens, d’ici et d’ailleurs.

Allons, soyons honnête. Si 25, 50 ou 75 € pouvaient vous empêcher de partir à Barcelone ou à New York pour vous acheter des « pompes », je serais très heureux. Mais je n’y crois. En attendant, cet argent équilibrera un budget fédéral et ce sera toujours ça de moins que l’on retirera aux plus démunis d’entre nous.

 
Denis MARION
 
 

[1] Je l’ai même reçu, alors que je ne suis ni leur client, ni utilisateur de l’avion.

[2] Citations de Jean Mistler "le tourisme est l'industrie qui consiste à transporter des gens qui seraient mieux chez eux, dans des endroits qui seraient mieux sans eux"


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