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Mistress Kami Kaze, Misters SPiced hAM (1) et Super Carlos

• Vendredi 13/04/2007 • Version imprimable


Ha ! Nous frisons donc tous le terrorisme. C’est ce que nous apprenait récemment une émission de RTL-Tvi en filmant des hommes et des femmes, soupçonnés des pires crimes pour avoir posé des actes de simples citoyens. Un couple actif dans l’humanitaire, de jeunes gens défendant posément et pacifiquement leurs visions de l’avenir, des riverains exprimant leur désarroi font l’objet de l’attention des « pouvoirs publics » : perquisitions, confiscations, poursuites, mises sur liste noire... Toutes choses que l’on réserve aux pires criminels et auxquelles ont été confrontées des personnes sans histoire.

Bon dieu, nous ne pouvons faire confiance à personne et certainement pas aux riverains d’un aéroport ! Derrière toute mère de famille de la périphérie bruxelloise, il y aurait donc une kamikaze en (im)puissance. Derrière tout président d’association de riverains, il y aurait un chef de bande qui sommeille. Derrière tout plaignant irascible, il y aurait un dangereux tueur à gage.
Avez-vous le malheur d’envoyer 350 plaintes par jour pour les 350 survols qui vous empoisonnent la vie ? Vous êtes devenus un honteux spammeur à qui il faut supprimer sa ligne. Pan, plus de connexion ADSL. C’est dit, c’est fait. Sans jugement, sans défense. Un peu de censure ne peut faire de mal.
Exprimez-vous votre désarroi, avec force et constance ? Vous êtes une dangereuse activiste à emmener au poste. « Abandonnez tout, même vos enfants et suivez-nous. Tiens, en passant on confisque le matériel, comme ça, plus de plainte ». C’est dit, c’est fait. Sans jugement, sans défense. Un peu de pression ne peut faire de mal.
Animez-vous une association de défense et permettez-vous à vos membres de consulter des données publiques pour étayer leurs plaintes ? Vous favorisez des activités criminelles. Pas de ça chez nous. C’est dit, c’est fait. Sans jugement, sans défense. Un peu d’intimidation ne peut pas faire de mal.
Pire, pour ne plus entendre ces plaintes, un fonctionnaire du Ministère de la Mobilité avait coupé (de sa propre initiative ??) l’accès aux boîtes mails du service de médiation de l’aéroport. Plus de plainte, plus de problème. C’est dit, c’est fait. Sans jugement, sans défense. Une sorte d’aspirine pour faire tomber la fièvre sans soigner le mal.

Je ne jette pas la pierre aux exécutants de la « force publique », mais je mettrais bien un grain de sable dans les rouages de l’Etat quand je vois comment il se comporte.

Certes, il m’est arrivé de devoir calmer certains sympathisants de notre groupement, exaspérés par la situation, qui maniaient plus la grossièreté que la litote... Mais cela aurait-il justifié la saisie de leur ordinateur ? Sans jugement, sans défense.
Que Messieurs Landuyt et Anciaux portent plainte parce qu’un individu isolé les menace de mort est certes compréhensible, même si ces menaces ne sont que le résultat
d’une exaspération liée à des décisions plus que controversées, voire légalement condamnées. Faut-il pour autant exercer une pression inqualifiable sur d’autres citoyens ou des associations qui expriment leur désapprobation face à une politique hasardeuse, partisane et illégale ?

Parce que l’on pourrait se poser à bon droit la question de savoir ce qui, pour notre société, est le plus dangereux : des citoyens qui critiquent une politique ou des politiques qui n’appliquent pas des décisions de justice. Le droit de se plaindre, à défaut d’être écouté, est quand même un droit accordé aux citoyens dans une démocratie. Il est possible que certains aillent trop loin, mais c’est alors à la justice de se saisir de l’affaire et d’organiser un procès équitable. Ce n’est pas en utilisant des pressions, des saisies de matériel qui n’ont pas de raison d’être que l’on fait justice. En effet, si l’acte répréhensible est, par exemple, l’envoi de courriels, il est d’autres moyens de preuve que le contenu d’un disque dur. Confisquer le matériel ou faire couper arbitrairement l’accès internet est déjà en quelque sorte l’application d’une peine pour empêcher l’envoi d’autres plaintes. Il n’est pas non plus nécessaire de garder des parents éloignés de leurs enfants autant d’heures ou de perquisitionner des domiciles. Tout cela me semble hors de proportion.

Je connais la situation des riverains cités plus haut, j’en ai rencontré certains. D’autres personnes apparaissaient aussi dans le reportage, au centre d’autres affaires, et semblent tout aussi innocentes. Leur cas m’est apparu tout autant être l’expression de la toute-puissance abusive d’un « Etat ». Cela me laisse craindre de futures dérives et ce n’est pas le vote à la va-vite de la loi sur les « méthodes particulières de recherche  » ou la manière de présenter le projet sur les « méthodes de recueil des données » qui pourront me rassurer. (2)

Peur, pression et assujettissement du citoyen ne peuvent pas être les mamelles de notre société.

Denis MARION
Porte-parole d’une association citoyenne.

PS. Bon, sans être parano, il faut être prudent, les serveurs de notre site ont filé aux Bermudes, destination bien connue de certaines sociétés d’aéroport ou de transport, ceux de nos mails en Suisse et nos caisses sont vides depuis le début.

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Pourriel#Origine_du_mot_anglais

(2) Extrait de "Un Etat dans l’Etat ?" par Laurent Arnauts Journal du Mardi - 3-4-2007

Le croiriez-vous ? Il y a quelque temps, le Gouvernement était passé, en force et en urgence, pour obtenir le vote d’une loi très controversée sur les " méthodes particulières de recherche " (MPR) dans le domaine judiciaire. Après un recours victorieux de la Ligue des Droits de l’Homme devant la Cour d’Arbitrage, une loi " correctrice ", qui ne corrigeait pas vraiment les premiers manquements (d’où l’introduction d’un deuxième recours devant la Cour d’Arbitrage, toujours à l’examen), est passée comme une lettre à la poste, car présentée au Parlement à l’extrême limite du délai laissé par la juridiction constitutionnelle.
La même technique, d’autant plus choquante qu’il s’agit à chaque fois de droits fondamentaux, est en passe de resservir. Cette fois, au profit des " méthodes de recueil des données " (MRD) : ce n’est plus de la police qu’il s’agit, mais bien des services de renseignement. Le ministre de la Défense, André Flahaut (PS), vient en effet de déposer à la Commission Justice du Sénat, à la veille des vacances de Pâques, et à l’avant-veille de la fin de la session parlementaire, début mai, un volumineux projet de loi. Trois cents pages bien tassées, que les membres de la Commission sont priés d’ingurgiter en moins de deux semaines, entre les fêtes, les vacances des gosses et les activités préélectorales. La majorité violette souhaite en effet qu’elle vote le projet dès la mi-avril, afin qu’il puisse être adopté encore sous cette législature, c’est à dire quinze jours plus tard. Autrement dit, c’est à une farce, un simulacre, une parodie de démocratie que les élus du peuple sont appelés à se livrer, et ce juste avant de se présenter à l’électeur.


Commentaires

par Patrick Martens le Lundi 16/04/2007 à 10:53

Je suis sûr qu'on trouvera bien en Belgique un petit pseudo-Sarkozy pour affirmer que les citoyens qui se plaignent sont génétiquement configuré pour s'opposer à des décisions ministérielles illégales.



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