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Mépris universel

• Mercredi 18/07/2012 • Version imprimable

En ces journées pluvieuses, s’adonnent à la lecture mais ils ont délaissé pour une fois les bandes dessinées et les livres sur les dinosaures. Ils se livrent à l’analyse instructive des journaux et périodiques.

Comment relier en un ensemble cohérent des articles aussi disparates ? Y a-t-il des liens entre toutes ces informations ?

Hobbes, sensible au travail des infirmières, s’est assez indigné du fait qu’au Portugal, on les payait au lance-pierre. Et qu’apporter des soins à des malades dans un hôpital ne rapportait pas plus que d’en laver les sols. Et surtout, que les trafiquants d’esclaves sont rémunérés grassement pour trouver des candidates à ces salaires de misère[i].
Calvin s’est penché sur le sort des équipages sur les chalutiers thaïlandais[ii]. Comme les diamants à la fin 20e siècle ou, dans un contexte différent, le caoutchouc au 19e, il y aurait des gambas du sang. Les plats aux fruits de mers pourraient être dégoulinants d’hémoglobine. Ce qui peut donner un goût amer aux sandwiches au thon de Hobbes[iii].
Calvin continue sur le continent asiatique avec le traitement[iv] de choc à infligé aux antinucléaires indiens et se scandalise que l’on puisse considérer les opposants au nucléaire comme des déséquilibrés mentaux, ce en quoi il rejoint les positions d’un amiral indien.

Dans sa lettre au Premier ministre, l’amiral L. Ramdas, ancien chef d’état-major de la marine, s’est dit choqué par “le projet de charger le NIMHANS d’enquêter sur les prétendus ‘déséquilibres’ mentaux des opposants à l’énergie nucléaire, en particulier à Kudankulam”.

“Le recours à ce type de mesure ne fait que mettre en lumière une désorientation totale et une incapacité à gérer la situation de la part de toutes les branches du gouvernement, et plus particulièrement de l’establishment scientifique et nucléaire dans son entier, dénonce l’amiral Ramdas. La police, par sa gestion inepte et épidermique des manifestations, son absence totale de transparence et son action répressive et autoritaire, est devenue la risée du pays et des observateurs internationaux, faisant du même coup la preuve de notre incapacité à agir de façon mature et indépendante…” Appelant la direction de la centrale de Kudankulam à ouvrir la voie au dialogue, l’amiral dit “espérer sincèrement que cette intervention psychiatrique sur demande du gouvernement ne soit plus qu’un mauvais souvenir”
 
Hobbes rebondit lui sur le scandale du Libor[v]. L’incroyable malhonnêteté de certains banquiers dans leur capacité à manipuler des indices, à influencer la vie des gens et des entreprises pour un plus grand profit l’insupporte au plus haut point. Comment de telles choses sont-elles possibles après autant de promesses de rédemption ? « De vrais salauds ! », s’exclame un haut fonctionnaire européen qui n’en revient toujours pas. Hobbes les boufferait bien, avec ou sans sauce.

Quatre articles qui démontrent la capacité de nuisance des plus ou moins puissants. Le mépris portugais pour le travail des infirmières n’est finalement pas si éloigné de la conviction indienne que tout opposant à l’atome est un malade mental qui s’inquiète à tort d’une construction de centrale nucléaire sur une faille sismique. Le commerce international visant les prix les plus bas pour satisfaire les consommateurs est généralement basé sur l’exploitation plus ou moins forte des travailleurs. De l’esclavage sur les chalutiers aux ouvriers sous-payés d’Apple en Chine, c’est là aussi le mépris et la rapacité qui sont mis en exergue. Le scandale du Libor initié par des gens propres sur eux, convaincus de leur importance, ne va pas non plus restaurer la confiance dans le monde de la finance. Mépris, indifférence, rapacité, sont les mamelles de ce monde.

Sommes-nous pour autant innocents ? en doutent. Le changement devrait en tous les cas venir par nous.
 
Le collectif
 


[i] Amies infirmières, devenez plutôt femmes de ménage !

L'Agence régionale de santé de Lisbonne a décidé de recourir à des sous-traitants qui paient les infirmières moins de 4 euros de l'heure. L'occasion, pour l'humoriste Ricardo Aráujo Pereira, de ce billet au vitriol.

[ii] Des équipages d’esclaves sur les chalutiers thaïlandais

Des patrons de pêche s’arrogent en toute impunité le droit de vie et de mort sur leur équipage. A leur insu, les consommateurs occidentaux sont complices du système.

[iii] Hobbes, personnage de la bande dessinée , est un tigre grand amateur de sandwichs au thon.

[iv] Traitement de choc pour les antinucléaires indiens

Le projet du gouvernement d’employer des psychiatres pour traiter les militants en lutte contre la centrale nucléaire de Kudankulam, dans l’Etat du Tamil Nadu, a suscité un tollé.

 

[v] Libor: le drapeau rouge flotte sur Bruxelles...

« De vrais salauds ! », s’exclame ce haut fonctionnaire européen qui n’en revient toujours pas.

En complément : http://www.20minutes.fr/economie/972083-tout-comprendre-scandale-libor

 
 

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