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Lex, mensonges et vidéo.

• Mercredi 11/03/2009 • Version imprimable

Quand en janvier 2003, les participants au pouvoir fédéral ont signé la loi de sortie du nucléaire, l’ont-ils fait honnêtement ? Parce qu’à écouter tout le tapage qui est fait maintenant autour de cela, nous pouvons nous poser des questions. La situation en 2003 est-elle fondamentalement différente à celle de 2009 ? Le pétrole a connu une poussée de fièvre, retombée depuis, mais chacun sait que l’ère du fuel bon marché est révolue. Le réchauffement climatique existait déjà dans les esprits et si l’on n’était pas encore aussi pointu dans les chiffres, tout le monde savait qu’il faudrait drastiquement réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Tout cela était bien connu quand cette loi a été signée.
Alors, de deux choses l’une, soit les signataires et leurs conseillers étaient de gros ignorants, soit ils étaient bien conscients des enjeux mais élaborent cependant une loi dans laquelle ils ne croient pas (ce qui explique la clause d’exception) sur laquelle on reviendra en se justifiant par l’urgence climatique. Des deux options, je ne sais guère celle qui est la moins préjudiciable à notre démocratie. De la bêtise ou de la rouerie qu’elle est le moindre des défauts pour un politique ?

Rappelons quand même que le nucléaire ne représente que 10% de l’énergie consommée en Belgique, que les centrales que l’on tient à maintenir actives ne sont plus de première fraîcheur, que les réserves d’uranium ne sont pas inépuisables (et de plus guère belges, alors le mythe de l’indépendance énergétique…) et que si effectivement, le nucléaire ne rejette pas directement pas de CO², tout ce qui est nécessaire à cette production d’électricité, comme l’extraction par exemple, est particulièrement énergivore.

Pourquoi donc rester à ce point accroché à cette énergie dont on n’a pas encore trouvé le moyen de traiter ses déchets ? Pour faire plaisir aux propriétaires de centrales, qui se sont bien sucrés, mais qui ne sont pas prêts à lâcher leurs investissements (ni d’ailleurs d’ouvrir les cordons de la bourse) ? Pour d’autres raisons ? Par peur de demander aux électeurs de modifier leurs habitudes ?  En effet, je ne décèle pas de véritable projet derrière cela.  Si au moins, on venait avec une réelle argumentation et une vision, une planification, cela pourrait avoir un sens.
Quand on demande à Jean-Marc Jancovici [1] : « Vous rejetez des technologies telles que les éoliennes comme des solutions immédiates parce qu’anecdotiques selon vous. Vous proposez d’installer des systèmes de capture et de stockage du CO2 sur les centrales de charbon et de continuer dans la voie du nucléaire, vous ne devez pas vous faire beaucoup d’amis parmi les écologistes ? » et qu’il répond « Entre vous et moi, le premier problème n’est pas de séduire les écologistes militants (et qui, au surplus, ne sont pas tous favorables à la même écologie !). Ils ne représentent que quelques pourcentages de l’électorat. Le problème est bien de proposer quelque chose qui sera à la fois pertinent sur le fond et accepté par 51% des électeurs. », les choses sont claires. Mais lui développe une série de propositions[2] qui remettent en question le fonctionnement de notre société, une forme de relocalisation et une remise à l’avant du travail manuel. Je n’ai pas encore entendu beaucoup de politiciens oser cela.
Ce n’est pas non plus la campagne publicitaire du « Forum nucléaire » qui fera avancer le débat de société.[3] Que les professionnels du secteur vendent leurs lessives est dans les mauvaises habitudes actuelles. Mais que des organismes publics, dont certains ont un devoir de neutralité[4], utilisent l’argent du contribuable pour financer une campagne de propagande[5]. On peut se demander ce que fait là-dedans l’Institut National des Radioéléments (IRE), fondation belge d’utilité publique, deuxième producteur mondial de radio-isotopes à usage médical ou le Centre d’étude de l’énergie nucléaire, autre fondation belge d’utilité publique. On peut s’interroger aussi sur le rôle de Synatom. Certes, cette filiale d’Electrabel gère l’ensemble du cycle du combustible des centrales nucléaires belges. Mais est aussi le gestionnaire des provisions constituées pour le démantèlement des centrales nucléaires, provisions que nous avons financées sur nos factures d’électricité. Mais la prolongation des centrales, leur permettrait de garder encore ce pognon sous le coude.
Le débat sur le nucléaire, sur l’énergie en général, est un débat de société. Il mériterait une plus grande transparence et une plus grande vision. Le problème est qu’il est cadenassé par les industriels ou par les élus. Les premiers sont poussés par leur rentabilité et les autres sont freinés par les élections. Les premiers sont enclins à minimiser l’impact de leur industrie et les seconds à maximiser les bienfaits pour l’électeur. Si l’on devait effectivement avoir recours au nucléaire, ce dont je ne suis pas convaincu, il faudrait de fameux arguments et une stratégie de réels changements[6]. Actuellement, la seule stratégie est celle de gagner du temps pour laisser à d’autres le soin de trancher et de payer.

 
Lex, mensonges et vidéo.
 
Denis MARION
 

Consultez aussi Du nucléaire au coin de la rue


[1] Jean-Marc Jancovici : "C’est maintenant !" Source - Terra Eco

[2] Les échanges physiques vont être globalement freinés parce que l’énergie facile va devenir difficile d’accès. Ce que nous proposons est « juste » la conséquence directe de ce changement. Nos infrastructures sont construites sur le modèle d’un monde où l’énergie ne vaut rien. Pour nous affranchir de cette énergie facile, il va falloir détricoter une bonne partie de ce schéma. D’abord, dans un monde où l’énergie est plus difficile d’accès, il y aura probablement moins d’emplois de bureaux, contrairement à une idée courante. Avec moins d’emplois dans les villes, la valeur du foncier va baisser, en particulier en périphérie : cela n’intéressera personne d’acheter un logement là où il y a moins de travail qu’avant. Il va donc falloir mettre des centaines de milliards par an sur la table pour modifier les villes, probablement en supprimant une partie des banlieues actuelles, et refaire autrement les infrastructures et les logements. Il faut aussi organiser la migration intérieure des gens qui n’auront plus d’emploi de bureau ici mais pourront en avoir un de production. [...]Tout cela signifie qu’il a beaucoup de choses à faire dans le domaine du bâtiment et des infrastructures. Du coup, il va aussi falloir toucher aux métiers, et mettre des dizaines de milliards sur la table pour qu’une partie des employés urbains deviennent plombiers, maçons, forestiers, artisans vanniers, agriculteurs, éleveurs de chèvres, bref ce qu’on veut pourvu que ce ne soit pas un emploi où l’on manipule juste de l’information. Il va donc falloir changer tout le système éducatif conçu pour garantir l’université pour tous dans un monde à l’énergie facile, parce que les machines ont supprimé les emplois d’artisan, d’ouvrier et d’agriculteur. Aujourd’hui, être maçon, c’est la honte, il faut au moins avoir fait Sciences-Po ! Sauf qu’avec une énergie devenue plus difficile d’accès, il y aura de moins en moins de jobs à donner à ceux qui ont fait des études universitaires pour occuper un emploi de bureau. Et il va bien falloir qu’ils fassent autre chose.

[4] l'ONDRAF via Belgoprocess.

[5] Même le ministre Magnette a estimé qu'il s'agissait ni plus ni moins que de la propagande. (Vers l’Avenir dans un article de Martial DUMONT)

[6] Même sans recourir à l’atome, cette stratégie serait nécessaire.

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