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Les complices de Tina

• Mercredi 28/12/2011 • Version imprimable

Si j’ai bon souvenir, cela doit être Dave Sinardet que j’ai entendu dire sur Matin Première que la classe politique flamande avait préparé son électorat à la problématique des pensions.  Opposant à cela l’inaction des élus francophones en la matière.

Préparer est un de ces mots fourre-tout qui peut être pris dans tous les sens, surtout quand on a mauvais esprit comme moi. Je vous en présente quelques définitions.

  • Faire le nécessaire, le plus souvent par une action tenace et réfléchie, en prévision d'une opération à réaliser ou d'un événement prévu
  • Agir en sorte qu'une action, un événement, un état de fait concernant quelqu'un se réalise.
  • Rendre quelqu'un capable d'accomplir quelque chose, le mettre dans les dispositions physiques, intellectuelles ou morales requises, par une action préalable et concertée
  • Mettre quelqu'un dans des dispositions d'esprit particulières
  • Disposer quelqu'un avec ménagements à quelque chose d'inattendu, de brutal, le mettre progressivement en état de supporter au mieux quelque chose

Préparer quelqu’un à quelque chose peut être indéniablement positif. Mais préparer est aussi le synonyme de manigancer, combiner et là, tout de suite, on peut subodorer de la manipulation.

Faut-il faire quelque chose pour pérenniser notre système social et singulièrement celui des retraites ? Sans doute. Mais quoi ?  Et c’est là que le débat s’évapore.  Tout conduit, semble-t-il, à une seule solution.  Comment d’ailleurs s’y retrouver quand un  journal donne par exemple des chiffres différents sur le « coût du vieillissement » :

  • Le coût du vieillissement coûte déjà actuellement 21,8% du PIB[1]
  • Le coût budgétaire du vieillissement entre 2009 et 2060 s'élève à 6,3% du PIB[2] 

Faut-il croire ce que l’on raconte ? Faut-il considérer qu’il s’agit de privilégier des systèmes de pension alternatifs et nécessairement privés ? Je vous ai mis ci-dessous quelques références qui valent ce qu’elles valent[3]. Néanmoins, elles posent question.  Est-il possible d’avoir un débat citoyen sur ce genre de problème ?

En d’autres termes, peut-on présenter toutes les options pour que nous ayons une vision de la situation ? Des avantages et des inconvénients ?  Au-delà des fantasmes ?

Cela signifie que nous nous réapproprions le droit de discuter.  Cela signifie que nous abandonnions aussi les lieux communs. Reprenons l’exemple  de ma dernière chronique sur la voiture de société.  Selon certaine étude[4], les voitures de société coûtent 4 milliards d'euros à la Belgique. Les mesures récentes rapporteraient  deux cents millions[5].  Ponction insupportable sur le cadre lit-on[6] par ailleurs.  Pourtant cela semble inférieur au coût de l’augmentation du carburant qu’il aurait dû payer s’il n’avait pas sa « carte essence »[7].   Tous ces bénéficiaires de véhicule vont-ils du jour au lendemain quitter la Belgique parce qu’ils payeront « plus honnêtement » leurs avantages en nature ?  Lieu commun ou réalité ? Et est-ce un problème ?

 

Tiens, un petit calcul… qui vaut ce qu’il vaut. Si l’on considère comme dans l’article susmentionné que l’employé va perdre en moyenne 460 euros par an, qu’il y aurait un million quatre cent mille voitures de société en Belgique, cela ferait 560 millions dans les caisses de l’état. Pourtant, comme je l’ai écrit plus haut,  le ministre des budgets n’annonce que 200 millions de recettes supplémentaires.

Quittons la Belgique. Que nous ne dit-on pas sur l’incapacité de la Banque Centrale Européenne à prêter aux états. Poncif ou vérité ?

Pourtant « La Banque centrale européenne a prêté [aux banques] 480 milliards au taux de 1%". Les banques sont aidées à des taux plancher au nom de la crise quand les Etats doivent payer [aux banques]  des intérêts de 4 à 7%, au nom de cette même crise.[8] » rapportait Pierre Larrouturou sur Martin Première. Ce "deux poids, deux mesures" […]. Si l’on est capable de prêter de l’argent aux banques à de tels taux, "qu’est-ce qui empêche de le faire pour les Etats ?", pour qu’ils puissent financer les services publics qui bénéficient à toute la population, s’interroge l’ingénieur. D’autant, précise l’invité, que "dans les statuts de la BCE, il est dit qu'elle peut prêter à des taux de 0,01% à la BEI qui pourrait prêter à 0,02% aux Etats". Ce "sans modifier les traités !", lance l’auteur du livre "Pour éviter le krach ultime", comme on lance un pavé dans une mare. Nous payons donc ce différentiel. Non ? Et nous le payons pourquoi ?

On lit souvent que le gain de productivité a plus profité au capital qu’au salaire [9]?  Mensonge ou vérité ?  Si cela s’avère, est-ce acceptable ? Bien entendu, sinon tous les capitaux foutront le camp. Cliché ou vérité ? La croissance fonctionne-t-elle uniquement avec la consommation ? Si oui, la consommation européenne pourrait-elle être remplacée par la consommation chinoise ? etc… etc….

La classe politique flamande  a donc préparé son électorat à la problématique des pensions.  Mais l’a-t-elle fait objectivement, autant que faire se peut, en proposant les différentes possibilités, ou l’a-t-elle fait essentiellement idéologiquement ? Une question fondamentale quand on sait que des questions aussi, voire plus cruciales, sont éludées. Les aspects énergétiques ou climatiques sont-ils préparés avec autant de soin ? On aime à parler de rigueur, mais tant qu’elle reste pécuniaire.  Les politiques sauraient-ils dire à leurs concitoyens que leur mode de vie devrait devenir obsolète ? Que les habitudes de consommation prises devront être revues ? Puisque que dans leur discours, le problème du climat ou de l’énergie sont aussi importants que celui des pensions, ils devraient trouver certainement les mots pour convaincre.  Sans doute n’en ont-ils aucune envie ? Si la rigueur budgétaire est ancrée dans la tête de leurs électeurs et la leur, la rigueur environnementale ne l’est guère autant.  La suppression des primes pour les économies d’énergie en est la meilleure preuve.

Il est temps que tout cela fasse le sujet de réelles discussions, les plus objectives possibles. Cela suppose des politiques capables de présenter les tenants, aboutissants et les différentes possibilités. Cela suppose des citoyens qui sont prêts à aller plus loin que les lieux communs. Cela suppose des premiers des efforts de pédagogie et des seconds des efforts d’éducation.  Est-ce concevable ? Sinon, acceptons d’être les amants de Tina et d’être des moutons ?

 

Denis MARION

Entrepreneur sans but lucratif.



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