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Le fléau de la balance est faussé depuis longtemps.

La prudence est pourtant la mère de la sureté ?

• Mercredi 16/03/2011 • Version imprimable

Jean-Luc Porquet, dans une livraison récente[1] du « Canard enchaîné » abordait le dernier film de propagande (dixit un de ses plus grands détracteurs, Anton Suwalki[2])  de Marie-Monique Robin : Notre poison quotidien[3]. Il n’est pas de bon ton dans certains milieux de critiquer les vertus de la découverte, de la science et de son usage. Tout comme il est indécent de remettre « maintenant » en question l’usage de l’énergie nucléaire.

Par exemple, le calcul de la dose journalière admissible de produits toxiques est basé sur un calcul « très savant », mais le facteur de sécurité de 100 utilisé est un chiffre tombé du ciel et griffonné sur un coin de nappe rapporte le professeur Millstone de l'université du Sussex. « Toutes les choses sont poison, et rien n'est sans poison; seule la dose fait qu'une chose n'est pas un poison » disait Paracelse[4]. Fini ce temps. Il est maintenant de notoriété que des doses infimes peuvent être fatales. Quand bien même le travail scientifique serait de qualité et prouverait la nocivité de la substance, les autorités elles-mêmes ne sont pas très regardantes, très exigeantes. Le rôle de REACH[5] sur l’autorisation des substances chimiques a été réduit de telle façon que son efficacité est mise en doute. Ainsi les cocktails de produits et leurs interactions sont ignorés. Dans le même ordre d’idées, le paquet « pesticides » a été vidé de sa substance lors de son passage au parlement européen[6].

Infographie sur la centrale japonaise

Le Japon, dont on dit qu’il a la culture de la sécurité nucléaire la plus poussée au monde, n’échappe apparemment pas à une catastrophe nucléaire. Encore minimisés il y a peu par l’AIEA, dont le directeur est japonais, les incidents se révèlent plus graves qu’annoncés. Tout était pourtant prévu. Cependant, une conjonction d’événements, malheureusement…  Mais hier, dans une émission de télévision, un sismologue de l’Institut de Physique du Globe à Paris, s’étonnait de l’absence de prise en compte d’un tel tsunami. [7]

 

Klaus Traube, expert nucléaire et ancien directeur du service des réacteurs nucléaires de l’IACE chez General Dynamics à San Diego et, en dernier, Directeur gérant d’Interatome, filiale de Kraftwerk-Union, constatait il y a quelques années :

« L'analyse de nombreux évènements nucléaires graves montre que ceux-ci comme à Harrisburg, comme d'ailleurs aussi à Tchernobyl, sont provoqués par une accumulation inattendue d’incidents techniques et d’erreurs d'exploitation qui, considérés séparément, apparaissent comme ordinaires. C’est aussi ce qui ressort des coûteuses études de risque analysant les possibilités et les probabilités de défaillance des réacteurs nucléaires. Ces études confirment que chaque réacteur peut être le siège d’accidents conduisant à la fusion du cœur et à des rejets catastrophiques de radioactivité. Ce n'est pas ce point qui est contesté par les spécialistes. Il y a seulement discussion sur le taux de probabilité de ces accidents. Il n'est pas non plus contesté qu'un acte terroriste, tel que celui, par exemple et parmi bien d’autres, de la chute dirigée d’un gros avion de ligne puisse déclencher une catastrophe dans un réacteur. Ici encore, on ne peut que polémiquer sur le taux de probabilité. »[8]

Soit, admettons que toutes les précautions aient été prises sur base des connaissances à un moment donné (mais ce qui ne saurait pas tout justifier). Nous serions cependant en droit de s’interroger sur le manque de réactivité quand des problèmes se font jour. Ainsi, les tempêtes de 1999 ont démontré la vulnérabilité des centrales françaises aux inondations. Est-ce pour autant que toutes les précautions ont été prises maintenant ?

Certains parlent d’indécence des anti-nucléaires qui feraient leurs choux-gras de la catastrophe nippone. N’est-il pas plus indécent le gnome de Paris qui vantait ce 14 mars la sureté de la filière française ? Et aussi ces « experts » qui comparent le nombre de morts entre les filières énergétiques, rappelant que le charbon tuait aussi et bien plus. Ce qui d’une part n’excuse rien et d’autre part néglige toutes les morts lentes et non répertoriées.

Dans les deux domaines évoqués, nous ne pouvons pas éluder l’importance des lobbies nucléaires. Ainsi l’OMS par exemple, agence de l’ONU pourtant en charge de la santé, laisse à l’AIEA le soin de traiter les problèmes de maladie liées aux émissions ionisantes. Ce qui conduit à un chiffre de trois mille morts pour la catastrophe de Tchernobyl, largement sous évalué. La pression des milieux économiques pour la sauvegarde d’un secteur d’industrie, chimique, nucléaire ou autres, est également bien réelle. La menace du chômage l’emporte finalement sur la prudence. Les politiques se laissent rapidement entrainés dans le sillage. 

Ce mythe de Prométhée aussi qui continue à faire croire que la connaissance est univoque et qu’elle ne conduit qu’au progrès et au bien-être. Si en philosophie, le mythe de Prométhée est admis comme métaphore de l'apport de la connaissance aux hommes, je rejoindrais plus volontiers le philosophe Hans Jonas, quand il l’utilise pour faire allusion aux risques inconsidérés liés aux conséquences de certains comportements humains et de certains choix techniques, par rapport à l'équilibre écologique, social, et économique de la planète.

Et nous tous jouons un rôle avec nos peurs primaires de régression, du retour à la bougie, aux travaux manuels. Ne nous laissons pas leurrer systématiquement par le besoin de progrès et de croissance. Des options existent pour continuer à mener une vie décente sur cette terre. Elle ne sera pas vraiment la même, mais elle pourrait être plus riche que celle que nous vivons.

Appliquons le principe de précaution. Voyons quelles en seraient les conséquences objectives et toutes les possibilités de s’y adapter. Les effets en seront certainement moindres que les conduites que nous menons maintenant.

Et m…. pour ceux qui manquent d’imagination.
Denis MARION.
Entrepreneur sans but lucratif.
 

PS. Voyez en bas de page d’autres sources d’information[9].

PPS. Au moment où j’écris ces lignes, des événements se déroulent encore au Japon. J’ai une pensée émue quand je vois à quoi sont confrontés les habitants et un sentiment de colère quand on réduit cela à des querelles de politiques (Cf. Fillon en France) ou d’experts ou à des impacts économiques.

 

[6] http://humeur.tropdebruit.be/news/est-ce-vraiment-entre-la-peste-et-le-cholera

[7] Une vague de dix mètres était prise en compte. Elle fut ici de quatorze mètres. Par contre, les prises d’eau ne semblaient pas suffisamment protégées.

[9] Autres ressources

 
Interdiction du MOX

En mai 2001, un référendum organisé dans le village de Kariwa (3605 électeurs) s'est prononcé à 53 % contre l'utilisation du combustible MOX par la centrale nucléaire. TEPCO devait donc renoncer à utiliser le combustible MOX à Kashiwazaki-Kariwa. En cas d'utilisation du MOX, « ...la marge de sécurité du réacteur nucléaire est moindre dans la mesure où le plutonium réagit plus rapidement que l'uranium, a expliqué la porte-parole de Greenpeace, Kazue Suzuki. C'est comme un train fou. Une fois qu'il est parti, il est très difficile de l'arrêter. »

En août 2002, l'Agence japonaise pour la sécurité de l'industrie nucléaire (qui dépend du ministère) a révélé que TEPCO a dissimulé de nombreux rapports d'inspection dans la centrale de Kashiwazaki-Kariwa. À la suite des révélations sur les dissimulations, le gouverneur de la préfecture de Niigata et les maires de la ville de Kashiwazaki et du village de Kariwa ont retiré leur aval à l'utilisation du combustible MOX, obtenu après de laborieuses négociations avec les populations locales, estimant que la compagnie d'électricité « avait détruit le rapport de confiance mutuelle par des agissements malhonnêtes ». Avant d'annoncer sa démission, le président de TEPCO, Nobuya Minami, a déclaré que l'utilisation du MOX dans la centrale de Kashiwazaki-Kariwa était différée indéfiniment.

Le fait que le combustible utilisé dans la centrale de Fukushima soit du MOX aggrave-t-il la situation ?

Tout à fait. Le fait que sur une des centrales, Tepco précise qu’il s’agit de combustible MOX , c’est à dire un mélange d’uranium et de plutonium, aggrave effectivement la situation. Il faut savoir que le MOX est un combustible qui est plus chaud, qui est plus radioactif, et qui donc pose des difficultés particulières pour la sûreté. Et, en cas d’incident, il est susceptible de rejeter plus de radiations, plus de substances radioactifs, dont des taux de plutonium plus importants puisque ce combustible contient déjà au départ cette substance.


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