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L’économie d’un futur

• Lundi 23/09/2013 • Version imprimable

Les visions d’avenir dont nous abreuvent les medias, les politiques, sont essentiellement tournées vers un futur économique, compétitif, croissant.

En jouant sur les peurs, les angoisses, les besoins largement créés, l’hyperconsommation, le citoyen voit son avenir réduit à l’image d’un porte-monnaie, d’une bourse qui se dégonflerait inexorablement. Le pouvoir d’achat,  que nous avons déjà abondamment traité dans ces chroniques, est devenu une obsession telle qu’elle aveugle le citoyen, qui ne sait plus ce qu’il achète, ni d’ailleurs pourquoi.

Il faut se remettre à penser par soi-même, sans croire les « évidences » que l’on nous assène, comme par exemple le coût du travail horriblement haut. Parce qu’est-ce réellement le cas ? N’y a-t-il pas d’autres facteurs de production qui seraient aussi, voire plus coûteux ? Certainement, à en croire par exemple une étude du Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé), citée par Laurent Cordonnier, professeur d’économie dans son article « Coût du capital, la question qui change tout [i]» qui parle du surcoût du capital comme une rente indue.
Cela signifie que lorsque les travailleurs français sont capables de produire leurs machines, leurs usines, leurs immeubles, leurs infrastructures, etc., à un prix total de 100 euros par an (incluant la marge de profit), il en coûte en pratique entre 150 et 170 euros par an aux entreprises qui utilisent ce capital productif, du seul fait qu’elles doivent s’acquitter d’une rente, sans justification économique, aux apporteurs d’argent. Un tel surcoût du capital n’a rien de nécessaire ni de fatal. Durant la période 1961-1981, qui a précédé le « big bang » financier mondial, il était en moyenne de 13,8 %. Il était même devenu négatif à la fin des « trente glorieuses » (1973-1974), du fait de la résurgence de l’inflation.[…] Seul un âne peut supporter une charge équivalente à 70 % de son propre poids..
Le coût du capital non seulement plomberait la rentabilité des entreprises, mais induirait aussi un choix de projet visant une rentabilité supérieure à 15%. Qui ne dit, suggère Laurent Cordonnier, que des projets, moins rentables financièrement, ne le seraient pas socialement ou environnementalement

A l’heure où il faudrait entamer la transition écologique et sociale de nos économies, on pourrait penser qu’un projet politique authentiquement social-démocrate devrait au moins se fixer cet objectif : libérer la puissance d’action des gens entreprenants, des salariés, et de tous ceux qui recherchent le progrès économique et social, du joug de la propriété et de la rente. Liquider la rente, plutôt que le travail et l’entreprise.

Une telle ambition est certes hors de portée d’un homme seul — fût-il « normal ». Mais c’est sûrement à la portée d’une ambition collective. « Cela ne veut pas dire, nous a déjà prévenus John Maynard Keynes, que l’usage des biens capitaux ne coûterait presque rien, mais seulement que le revenu qu’on en tirerait n’aurait guère à couvrir que la dépréciation due à l’usure et à la désuétude, augmentée d’une marge pour compenser les risques ainsi que l’exercice de l’habileté et du jugement. »

A ceux qui y verraient s’avancer la fin du monde, Keynes proposait une consolation : « Cet état de choses serait parfaitement compatible avec un certain degré d’individualisme. Mais il n’impliquerait pas moins l’euthanasie du rentier et, par suite, la disparition progressive du pouvoir oppressif additionnel qu’a le capitaliste d’exploiter la valeur conférée au capital par sa rareté. »

Nous ne pouvons pas faire l’économie d’un futur socio-environnemental. Tout simplement parce que les dégâts provoqués par une vision essentiellement (ou même uniquement) économique seront portés aux comptes de la collectivité. Quand les vaches perdront leur queue dans les campagnes européennes, ce sera d’abord un problème pour l’éleveur, mais très vite, celui de tous.
Impossible ? Des exemples existent déjà.

Mme Schilke contacte alors un expert indépendant de Detroit, qui, dans un échantillon d’air prélevé au-dessus de la ferme, décèle plusieurs substances : benzène, méthane, chloroforme, butane, propane, toluène et xylène — tous communément associés à l’extraction d’hydrocarbures par fracturation hydraulique, ou fracking. Dans son puits sont aussi détectées d’importantes quantités de sulfates, chrome et strontium. Des liaisons neurotoxiques sont découvertes dans son cerveau, et, dans son sang, des traces de plusieurs métaux lourds. En tout, elle a perdu cinq vaches, deux chiens, plusieurs poules et une partie de sa santé[ii].

 
Mais ce sont des choses qui ne doivent pas trop s’écrire ou se montrer.

Ainsi le Monde, à en croire une affaire récente de « censure », préfère louer les gaz de schiste que se préoccuper de l’opportunité d’un nouvel aéroport. L’affaire Hervé Kempf[iii] mérite notre attention parce qu’elle démontre finalement que la défense de l’environnement, ou à tout le moins la compréhension des enjeux, n’est pas en odeur de sainteté.
D’ailleurs, en parlant de sainteté, avez-vous remarqué que lors des joyeuses entrées royales, on parle toujours de rencontre avec des représentants des mondes économique, culturel ou sportif, mais rarement du monde social et encore moins du monde environnemental.
 
Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif
 
PS. Pour votre plaisir, consultez cet article sur les métiers à la con… http://www.slate.fr/story/76744/metiers-a-la-con
 

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