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Haro sur Kyoto, Ara qui rit.

• Mardi 06/02/2007 • Version imprimable

Kyoto est dangereux… Voilà, en en raccourci, la pensée d’un professeur d’Unif dans un article publié récemment.

« Kyoto est inutile, car il ne ferait que reculer de 6 mois à peine les températures qui seront atteintes en 2100. Kyoto est vicieux, car il impose des règles antipollution dans les pays riches et aucune aux pays émergents comme la Chine ou l'Inde. Il y a aujourd'hui des délocalisations “kyotistes” vers des pays certes aux salaires moins élevés, mais aussi à la liberté de pollution garantie : les villages du cancer ne sont plus une fiction en Asie ou en Afrique. Chaque fois que nous n'achetons pas cher, nous achetons pollution mortelle. C'est triste, mais c'est ainsi ; ce n'est cependant pas le consommateur qui est coupable. En soi, Kyoto est un structurant paradoxal de la pollution planétaire. »
Bien entendu que le protocole de Kyoto est imparfait, bien entendu qu’il serait important que l’Inde et la Chine le ratifient, (1)  mais croyez-vous sincèrement, Mr Le Professeur, que sans Kyoto, nous n’assisterions pas à des délocalisations « écologiques ». Des règlements environnementaux qui ne sont pas liés à Kyoto existent dans de nombreux pays et celui qui désire ne pas s’y conformer, trouvera certainement un endroit où les autorités ne seront pas trop regardantes et les populations, trop pauvres pour ne pas accepter cette manne.
Prenons donc un simple exemple pour vous expliquer cela, Mr Le Professeur. Nous savons tous que l’amiante est nocif. Pourtant, elle est encore utilisée dans de nombreux pays, riche comme le Canada ou pauvre comme l’Inde. Et Kyoto n’a rien à voir à cela.
Notez cependant que la Cour suprême indienne a refusé que le Clémenceau, fameux porte-avions décrépi et accessoirement français, ne soit dépecé en Inde et l’a renvoyé à la case départ.
Un second exemple peut-être, Mr Le Professeur ? Prenons ces chaises métalliques patinées à l’acide (et à la main) dans un pays d’Asie et que revendait une chaine de magasins. Croyez-vous que c’est Kyoto qui est à l’origine de cette fabrication ? Les bas salaires, oui. Des entrepreneurs avides, oui. Les consommateurs, peut-être aussi, mais pas Kyoto.
Regardez aussi quels sont les autres pays qui n’ont pas ratifié Kyoto, des pays comme les Etats-Unis et l’Australie qui ne sont pas si émergents, mais qui ne tiennent pas être limités dans leur pollution et dans leur expansion : un ponte américain ne disait-il pas « Notre économie est aussi fragile que l’environnement. Peut-être devriez-vous prendre cela en considération avant de faire des déclarations alarmistes » pour ne rien faire et laisser faire.
Vous continuez votre diatribe contre Kyoto « Il faut donc jeter aux orties Kyoto et cette politique environnementaliste schizophrénique et injuste ».
Personnellement, je ne me sens pas atteint de psychose délirante chronique caractérisée par une discordance de la pensée, de la vie émotionnelle et du rapport au monde extérieur, mais je suis sans doute un malade qui s’ignore… Pardon, c’est la politique environnementale qui est schizophrénique. Au temps pour moi. Est-ce donc comme cela qu’on qualifie une politique pas assez ambitieuse dans vos cercles intellectuels ?
« Il faut mettre en place une véritable politique macroscopique, à l'échelle mondiale, qui empêche la délocalisation polluante ; qui impose des améliorations d'emploi de l'énergie sur une base équitable, car il faut préserver les capacités d'un développement humain harmonieux ; qui stabilisent puis diminuent les écarts entre les pays et les individus les plus riches et les plus pauvres, plutôt que, comme aujourd'hui, les aggravent ; qui permettra une véritable politique de santé publique pour tous et pas seulement pour nous » dites-vous.
Très bien ça, je pourrais être d’accord, encore qu’il faille nous mettre être d’accord sur le concept de développement humain harmonieux et là, j’ai peut-être un doute… parce qu’à un autre endroit, vous déclarez « Et jusque-là [l’arrivée de la fusion nucléaire], nous devrons tenir le coup ! Cela veut-il dire limiter notre consommation d'énergie et donc notre liberté ? - d'aucuns rétorqueront qu'il est absurde de mettre en équation liberté et énergie : je les laisse à leur pâle vérité ! (2) » Votre truc, cela fait plutôt slogan « Ma voiture est ma liberté » et vos arguments me semblent aussi maladifs que pourraient être les miens (un peu plus même, selon mon diagnostic).
Alors, ne déconnons pas, Mr Le Professeur. Ce n’est pas Kyoto qui est responsable de tous les maux que vous décrivez dans votre carte blanche. Les hommes certainement, mais pas Kyoto. Kyoto a certainement des défauts dont le moindre n’est pas le manque d’ambition.  Mais les premiers pas sont souvent si difficiles à faire… et ne donnent pas toujours des résultats extraordinaires…  Mais ce sont ces premiers pas qui nous mettent sur le chemin d’une remise en question.
Pour finir et pour vous rassurer, Mr Le Professeur, j’aime quand même assez votre conclusion « à quand une eau de qualité pour tous, car l'eau c'est la vie ? » et puis je ne vous traiterai pas d’irresponsable, comme vous l’écrivez en début de votre article, en tous les cas, pas plus que les milliards d’individus qui peuplent cette planète (moi compris) ou alors, à peine plus.

Bon Dieu, je sens que je vais prendre la suite de Pierre Magnan dans le genre « rubrique de l’indigné permanent ». (3)

(1)    Il a quand même été ratifié par quelques 156 pays.
(2)   J’y reviendrai sur cette équation.
(3)   Voir http://www.lemda.com.fr/



Commentaires

par Patrick Martens le Mercredi 07/02/2007 à 11:26

Je sens que je vais me faire encore des amis :-)

On voudrait nous faire croire que en diminuant notre consommation, on agira pour le bien et l'équilibre de la planète ... qui elle s'en fout comme de sa première éruption volcanique, elle qui n'a jamais connu d'équilibre mais une constante évolution, un changement constant depuis la période où aucun être vivant n'aurait pû y survivre jusqu'à nos jours. N'oublions pas non plus que dans quelques millions d'années, toute vie terrestre sera sans doute également obsolète ... ne serait-ce que à la mort du soleil.

On voudrait nous faire croire aussi que nos vaches sont des usines à gaz à effet de serre et qu'elles devraient arrêter de péter du méthane ou au moins modifier leur manière de digérer. Le problème n'est pas leur digestion, qui est on ne peut plus naturelle mais le nombre de bovidés élevés sur Terre. 

Reconnaissons-le, toute vie animale ou humaine consomme notre planète et la pollue. Le problème en soit n'est pas nouveau et on n'y changera rien. Mais si quelques centaines de milliers d'humains ne modifient pas l'évolution de notre planète, il en va tout différemment de 6 milliards d'individus. Et même si ces 6 milliards arrivaient à vivre sans modifier leur environnement, qu'en serait-il de 10 milliars, de 20 milliards. Comme pour les vaches, le problème du nombre d'individus se posera forcément un jour ou l'autre. Dans les années 70, on paralit beaucoup du problème de surpopulation qui risquait de poser des problèmes au 21ième siècle. Qui oserait affirmer que c'est la surpopulation qui est le premier problème actuel ?

Les amérindiens, comme beaucoup de peuplades dites primitives, avaient bien compris que pour un territoire donné et compte tenu de l'utilisation qu'ils faisaient de la nature, leur nombre ne devait jamais croitre, ce qu'ils ont réussi à faire durant quelques milliers d'années. Notre civilisation judéo-chrétienne nous a appris à crôitre et à nous multiplier sans jamais penser qu'un jour c'est notre nombre qui nous jouerait des tours. 6 milliards aujourd'hui, est-ce raisonnable ? Assurément non !!!


Re: par Eric Vanderlinden le Mercredi 07/02/2007 à 13:07

Excellent commentaire ! …sur un billet d’humeur souvent remue-méninges.

Effectivement, pour sortir de la langue de bois verte, un petit rappel du Darwinisme.
Chaque espèce évolue en fonction de son milieu et des ressources disponibles...jusqu'à atteindre un "équilibre" de masse qui permet le renouvellement des ressources vitales. Depuis la nuit des temps, dès qu'une espèce épuise son milieu, elle disparaît !

L'homo sapiens industrialisé « sait », mais se souvient-il encore de cette règle environnementale ancestrale de base ?

…moi, je me suis fait un ami ;-)

6, 10, 20 Milliards? Tout dépend du profil d' éco-citoyenneté. Nos empreintes écologiques le révèle bien...3 Planètes seraient nécessaires actuellement si l’humanité épouse le profil économique européen.

Croisez et multipliez! Fut SON commandement, il ne l’a pas limité sur la planète Terre….et l’univers est grand ! Faudra tout de même être un brin plus sage avant de polluer la galaxie de notre « civilisation soit disant si avancée ».


Re: par Anonyme le Vendredi 16/03/2007 à 20:59

Ok, on est trop nombreux… Etes-vous d'accord pour vous supprimer, ainsi que votre famille ? Ou bien avez-vous une idée pour "nettoyer" la surface de la terre ? Genre "race inférieure", ou quelque chose du genre ? Ou bien, pour faire futuriste, "la guerre, seule hygiène du monde"…


par Patrick Martens le Lundi 26/03/2007 à 14:25

Dans une société où le nombre d'employés devient trop élevé, on a le choix entre les licenciements, les départs volontaires ou simplement le non-renouvellement des départs à la pension.

Sur la planète de la même manière, en lieu et place de génocides, de suicides collectifs ou de guerre, il peut exister également une politique des naissance comme celà se passait dans des civilisations soi-disant moins développées que la nôtre mais qui intégraient parfaitement la gestion de leur population et la gestion de leur environnement.

Le premier geste écologique serait-il de ne pas faire d'enfants - futurs pollueurs ?



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    • Trop de Bruit en Brabant wallon, l'Observatoire indépendant de l'environnement en Brabant wallon. (TBBW ASBL), actif particulièrement sur le territoire de la province du Brabant wallon, a changé de nom en 2013 pour s’appeler EPURES, Ensemble Pour Une Réflexion Environnementale Solidaire et ainsi mieux rendre compte de ses activités. En effet, créé en 2004, ce groupement de citoyens et son comité a mis dans un premier temps l'accent sur les nuisances aériennes provoquées par Bruxelles-National mais s'est, depuis, ouvert à d'autres problématiques environnementales, liées ou non au territoire de la province.