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État affectif plus ou moins durable fait d'appréhension et de trouble (première partie)

• Mercredi 11/01/2012 • Version imprimable

Peur, insécurité, méfiance sont  des thèmes porteurs pour des candidats à des élections. Voyez comme Zebulon 1er essaye d’en jouer en France.  A chacun ses têtes de Turc si j’ose, à chacun son fond de commerce.

Cela veut-il dire que la peur ou la crainte sont des réactions systématiquement stupides, que l’insécurité n’existe pas et que la méfiance ne doit pas jamais être de mise ?

Il est des choses qui interpellent réellement. Le problème est que bien souvent, quand nous choisissons l’objet de nos craintes,  nous lui consacrons toutes nos énergies par facilité, bêtise ou malhonnêteté. Et pourtant, nous devrions garder les yeux ouverts pour relativiser toutes ces peurs, pour comprendre les enjeux, pour envisager les solutions.

Ainsi lisant dans le Soir, un article sur le danger de l’islamisme radical[1], nous avons relevé ceci : « La Sûreté relève aussi que cet islamisme radical nourrit l'autre menace qui pèse sur la Belgique : celle de l'extrême droite, certes moins préoccupante, mais qui puise dans le développement toléré de l'islamisme le plus intolérant les arguments de ses discours, fondés essentiellement sur «l'islamisation de notre société ». A lire les analystes de la Sûreté, l'extrême droite et les islamistes radicaux auraient partie liée. » Ce qui rappelle cette évidence que les extrêmes se nourrissent. Mais ce qui est reproché aux extrêmes ici, peut l’être aussi à d’autres ailleurs. Ainsi,  toujours dans le Soir, un article sur les ultra-orthodoxes en Israël  donne une image similaire si l’on prête foi à ces assertions : « Une fillette traitée de pute nazie parce qu’on voyait ses bras, une soldate insultée parce qu’elle s’assied à l’avant d’un bus, et pas à l’arrière, les femmes exclues plusieurs heures par jour de la salle des sports de l’université de Haïfa, des enfants affublés de l’étoile jaune ! Les ultra-orthodoxes imposent de plus en plus leurs règles en Israël. [2]»  « Nous sommes ici au Proche-Orient. La mentalité locale n’est pas celle qui prévaut en Europe occidentale. La stricte séparation du spirituel et du temporel n’a pas cours par ici. » y déclare Reuven Hazan,  Professeur en sciences politiques à l’Université de Jérusalem, ce qui nous semble regrettable.

Ne pourrait-on pas s’inquiéter aussi des propos d’un candidat aux élections outre-Atlantique qui affirme que « Je pense que nous avons un peuple palestinien inventé, ces gens sont en fait des Arabes, et font historiquement partie de la communauté Arabe »[..]. « Ils avaient l’occasion d’aller où ils voulaient, et pour toute une série de raisons politiques ils ont entretenu cette guerre contre Israël depuis les années 1940, et c’est tragique.[3] »  Ce que nous jugeons tragique, ce sont les accommodements avec l’histoire pour des raisons électoralistes et cette incapacité à voir autrement que de manière binaire. Nous pourrions mettre (dans une certaine mesure) la proposition de loi française sur le négationnisme du génocide arménien dans le même registre.

Ou d’un autre comme Rick Santorum que l’on présente comme  un « dur de la droite religieuse connu pour avoir milité pour l'étude obligatoire du créationnisme dans les écoles publiques[4] » qui ne « croit pas non plus au changement climatique, un "canular" des scientifiques. »

Ou plus près de nous, parce que cela démontrera peut-être notre incapacité à faire une Europe réellement démocratique, citoyenne et tolérante.  Enfin, n’est-il pas inquiétant ce passage ? « On n’en croit pas ses yeux : la nouvelle Constitution hongroise, entrée en vigueur le 1er janvier dernier, ne s’appelle pas " Constitution " ou " Loi fondamentale ". Elle s’intitule : " Profession de foi nationale", et met en exergue le premier vers de l’hymne national hongrois, qui est en fait, dans son entier, une prière : " Dieu, bénis l’homme hongrois ". [5]»  Dans la Stampia, Bruno Ventavoli affirme « Les réformes, la modernité, le marché peuvent attendre. Mieux vaut s’en remettre à des mythes non définis comme la pureté, la sacralité de la terre (que les étrangers mondialisés peuvent acheter pour une poignée de forints), ou des hommes forts aux commandes.[6] » Ces mythes tellement faciles à vendre à ceux qui ont peur. Ces mythes tellement faciles à promouvoir parce que personne ne pourra en mesurer l’efficacité[7].

Sans parti pris, nous n’avons essentiellement repris que des positions au caractère religieux. Sans doute, certainement, trouverait-on ailleurs autant de discours de rejet. A ces discours, il faut répondre par une certaine forme de tolérance, sans naïveté, avec une compréhension des rapports en jeu.

En effet, qu’est-ce qui pousse par exemple quelqu’un à encore croire de nos jours au créationnisme ?

Le Collectif .
 

[3] Newt Gingrinch, de même que les autres candidats républicains, courtise l’électorat juif américain en promettant de renforcer les liens des Etats-Unis avec Israël. Cet électorat, s’il ne représente pas une part conséquente de la population, peut cependant faire pencher un certain nombre d’Etats-clé.

http://www.lalibre.be/actu/international/article/705750/les-propos-d-un-candidat-republicain-indignent-le-premier-ministre-palestinien.html

[7] A lire la presse, il semble que la Commission envisage de réagir, mais principalement pour la mise sous tutelle de la banque nationale. Un coup pour rien si cela se limite à cela.


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