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Et les femmes dans tout cela ?

• Mardi 10/01/2017 • Version imprimable

Le collectif présente une chronique de ,

N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant.

Simone de Beauvoir

Je suis particulièrement énervée par le retour du conservatisme dans les sociétés occidentales (mais pas que…) alors ce qui suit vous paraîtra peut-être outrancier, mais de temps à autre, hein, bon. Ras la permanente.

Par exemple, arrêtez, arrêtez de croire que le vote pour Trump est un vote du peuple contre l’establishment… Je ne parviens pas à y croire. [Je ne suis pas une fan d’Hillary Clinton, loin s’en faut]. D’abord, quel peuple ? On en dit, tout et son contraire ? Avec un taux d’abstention extraordinaire, des manœuvres pour détourner ou empêcher le vote, qui a finalement voté ?

Ensuite pourquoi ?

Trump est un milliardaire, peu scrupuleux en affaires, maniant l’injure et l’anathème, détestant ouvertement les minorités, climato-sceptique. Il se présente en tandem avec un vice-président homophobe, créationniste du premier jour au septième, et extrêmement conservateur, avec comme directeur de campagne, le patron d’un journal assez à droite de la droite… avec des annonces du genre : « la contraception rend la femme moche et folle » ou «  la machine et la pilule sont les pires inventions dans l’histoire de l’humanité »[1].

Ces faits sont-ils réels et connus ? Partons du principe que oui.

Voter pour lui, parce que ce serait voter contre l’establishment, cela semble assez stupide. D’autant, qu’il y avait suffisamment d’autres candidats qui incarnent beaucoup mieux cette opposition[2]. Voter pour lui, pour les valeurs que lui et son équipe incarnent, est voter pour un conservatisme des plus rétrogrades. Ou c’est un vote con, ignorant ou c’est un vote conscient pour l’homophobie, le conservatisme, le racisme, la misogynie….

D’ailleurs depuis, il a nommé sa nouvelle équipe de travail et aucun ne figure réellement dans le « Guide des alternatifs patentés »… ou alors à l’extrême droite.

Mais je me fais un film diront certains…

[Certains se sont excités en disant que grâce à ce vote nous (en Europe) avions évité une guerre parce qu’Hillary Clinton était une affreuse belliciste… (sans doute pas plus que n’importe quel président américain…) en se lavant les mains du reste… c’est-à-dire ce que j’ai évoqué plus haut : homophobie, conservatisme, racisme, misogynie… Mais tant que cela ne les touche pas. Un peu comme ils acceptent un bon dictateur arabe qui surveille étroitement son peuple lui évitant tout faux pas, religieux ou démocratique ou un président russe qui n’est pas un modèle de tolérance…]

Mais ce sont les Américains direz-vous…

Alors venons en Europe…

Le parlement français a voté une loi sur le délit d’entrave à l’avortement sur Internet[3]. (On peut discuter de sa validité en termes de liberté d’expression, mais à ce sujet je vous renvoie vers deux  articles : Délit d'entrave : une loi liberticide - Le Figaro et Délit d’entrave à l’avortement : les réacs à l’attaque ainsi que Délit d'entrave à l'IVG : comment les militants anti-avortement détournent le discours de Simone Veil déjà cité.)

Mais comme femme, j’ai été interpellée par des commentaires (belges)  sur l’avortement, à l’occasion de ce vote :

Un parmi tant d’autres

Il y a 70 ans certains ont nié à d'autres le statut d'êtres humains et les ont massacrés. De nos jours c'est pareil on appelle « êtres » ce que d'autres appelaient sous- hommes. La détresse féminine n'est pas en cause ; c'est notre réponse qui l’est, notre confort avant la vie d'autrui, une vie est une source d'espérance. Si la mère ne peut l'assumer c'est à la société à prendre la relève, ils deviendront les pupilles de la nation avec la société pour les aimer. La mère involontaire est une victime qui doit être aidée et soutenue et jamais culpabilisée, elle fait un cadeau au futur, mais ça c'est une société qui croit et soigne son avenir pas celle qui cherche à justifier l'égoïsme de son autodestruction.

Un autre :

Pour ce qui est de l'avortement, je regrette mais à partir du moment où la femme vit dans une communauté humaine qui la structure et qui la fait vivre et à partir du moment où cela concerne la postérité d'une communauté humaine, cette question dépasse son être propre et implique la société entière. […]Je rappelle également que dans les organismes pro-life il y a aussi des femmes qui défendent ce point de vue et que ces mêmes organismes ont aussi à cœur l'aide aux personnes en détresse, mais évidemment l'Etat préfère que ce soient les plannings familiaux qui s'en chargent, où nous savons que ce n'est pas l'alternative à l'avortement qu'ils tendent à promouvoir. […]Je rappelle aussi qu'en tant que catholiques, nous avons notre propre vision des choses et qu'il nous importe de devoir interpeller la société sur l'un ou l'autre de ses problèmes. L'histoire ne démontre-t-elle pas que c'est dans la société chrétienne européenne que les femmes avaient le plus de facilité?

Si le premier commentaire est plein d’indulgence et de bonne volonté, même si l’idée d’avoir des pupilles de la nation me semble quelque part archaïque dans son concept, nous restons dans le mantra catholique « Croissez et multipliez-vous », auquel nous devons, caricaturalement, la surpopulation de notre planète, le second assigne clairement à la femme le statut de poule pondeuse pour le bien de « l’entreprise ». Avec un goût certain pour le révisionnisme historique en écrivant « L'histoire ne démontre-t-elle pas que c'est dans la société chrétienne européenne que les femmes avaient le plus de facilité ». En ce sens, je préfère la manière de faire des Mosos[4] par exemple.

Je constate aussi que ce sont aussi souvent les hommes qui commentent en ce sens, moins les femmes.

(Nous pourrions parler également des Polonais. Voyez cet article Avortement en Pologne: le parti conservateur jette l'éponge.)

Dans le même ordre d’idée, par cela est aussi illustratif de la « liberté d’être » sur le choix  de chacun de contracter mariage avec le partenaire majeur de son choix, le positionnement du mouvement français « Sens commun », ouvertement catholique est clairement négatif : un papa, une maman, point barre. Le fait de permettre le mariage entre personnes du même sexe est ressentie comme une humiliation.

Guillaume d’Assy vient de Nogent-sur-Seine, dans l’Aube. Ce cadre dans l’agroalimentaire, l’air bonhomme mais avec une voix parfois timide, est adhérent depuis quelques semaines. Il se présente comme un membre «de cette France qu’on dit silencieuse». Père de famille. Marié. Travailleur: «Celle qui fait son devoir modestement et qui a l’impression de ne pas être assez représentée et de s’être fait humilier par certaines lois qui ont viré à l’acharnement», indique-t-il en parlant de la loi Taubira. Il précise de suite qu’il n’a rien contre les homosexuels mais il se sent attaqué «parce que l’on représente une vision plus traditionnelle et plus classique du mariage qui est malmenée»[5].

Certains ont aussi une indignation sélective… Une campagne de prévention française ouvertement tournée vers un public homosexuel masculin a pu choquer des gens « Je dis quoi à ma fille de 8 ans ? #Vousêtesdesmonstres @MinSocialSante »[6], mais la multitude d’images publicitaires sexistes turlupine beaucoup moins, « et vous lui dites quoi quand une femme est affichée nue ou à moitié juste pour vendre des yaourts ou du déo ? »[7].

Décousus tous ces exemples, trouvez-vous ? Je ne trouve pas. Cela montre cette volonté que certains voudraient à nouveau de plus en plus prégnante d’une structure figée

 où les minorités (et les femmes à ce titre en sont paradoxalement une) doivent se tenir à leur place.

Les femmes à la cuisine avec la marmaille, les homos cachés, les bronzés serviles, etc…

Rien n’oblige personne à prendre un contraceptif, à avorter, à se marier avec quelqu’un du même sexe, à considérer la cuisine comme un lieu de perdition…

Mais rien, non plus,  ne peut obliger quiconque à se faire faire des moutards, à rester cantonnée à la maison, à ne pas aimer une autre femme ou que sais-je…

La citation de Simone de Beauvoir, mise en exergue, reste donc fondamentale.
Parce que ces derniers temps, c’est surtout les cloches qui se font entendre.

Femme qu’insupportent les hommes au bord de la crise de nerf.


 

Quelques sources supplémentaires :



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