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De vraies truffes…

• Dimanche 02/12/2007 • Version imprimable

De vraies truffes…

Quelle joie, on n'arrête pas de nous prendre pour des truffes, des gobeurs de tout, d'œufs pas frais et d'histoires frelatées. Au 21e siècle, il semble encore normal que nous soyons de grands crédules. Mais enfin, est-ce de notre faute ? Les discours sont tellement brouillés qu'il est peu aisé de s'y retrouver. Ou alors, ils sont à ce point manichéens que les nuances s'évanouissent et qu'il est reposant d'y adhérer pour des esprits paresseux.

De vraies truffes…

Juste avant que je commence cette chronique, Yves Leterme a rendu son tablier et j'ai retrouvé une vieille orange déshydratée au fond d'un sac à dos. Il y a quand même d'étranges coïncidences en ce bas monde.  Leterme a mis fin à sa mission et comme le rapporte Martine Dubuisson dans Le Soir " Pourtant, en reniant son accord " à prendre ou à laisser " de lundi et en rédigeant ces étonnantes questions, Yves Leterme n'a rien tenté d'autre qu'un coup de com'. Jouant, après 173 jours, au ridicule " c'est pas moi c'est lui ". Sachant sa mission en phase terminale, il n'avait plus qu'un objectif: ne pas avoir à jeter l'éponge en reconnaissant son échec et l'absence de soutien dans son propre camp. " Il prend, je le dis, ses électeurs et les autres pour des truffes.

De vraies truffes…

On travestit, on élude, on refait un peu l'Histoire. Je ne peux manquer de citer Kroll, caricaturiste moins déformant que beaucoup de ses caricaturés : " Et puis, il peut paraître politiquement incorrect de simplement rappeler des choses objectives. Par exemple, il faut rappeler que les communes à facilités, il en existe vingt-sept et pas seulement six et qu'il est étrange d'entendre les Flamands dire que ce système autour de Bruxelles, c'était juste pour permettre aux francophones d'apprendre le flamand… C'est faux ! Est-ce qu'on demande aux germanophones de Malmedy de renoncer à l'allemand ? Idem pour les soldats flamands commandés par des officiers francophones : les Wallons ne comprenaient pas non plus. ". J'ai coutume de raconter à mes amis flamands que la langue maternelle de mes parents était le wallon et que mon arrière-grand-père refusait de parler français à ses petits-enfants. Je ne lui donne pour cela un brevet de vertu. Je constate. Quand j'entends que les francophones ont exploité les Flamands dans les mines, je ne suis pas certain qu'au fond des puits, il y avait une grande différence dans l'exploitation du mineur, qu'il soit wallon, flamand, italien, polonais ou maghrébin. La crasse était la même pour tous et ce ne serait pas un autre arrière-grand-père qui me contredirait s'il était encore de ce monde.

De vraies truffes…

Des discours manichéens aux discours brouillés, il n'y a qu'un pas. Je lisais dernièrement dans la revue d'un club automobile, un article qui promouvait, non plus, comme je l'avais dénoncé dans une précédente chronique, le " magasinage " à Barcelone en un petit aller-retour aérien, mais bien une séance de shopping en extrême orient en 48 heures. Comme les chaines de magasins sont maintenant mondialisées, cela doit être plus chic d'avoir des fringues du " Prise Unique " de Singapour que de celui de Gosselies-sud. L'amusant, si l'on peut dire est qu'à la fin du magazine, on vous assène des conseils pour vivre plus écolo. Savent-ils, à la rédaction, que la même quantité de polluants a deux à cinq fois plus d'effet négatif sur le climat quand elle produite en altitude plutôt que sur le plancher des vaches. Tiens en parlant de Gosselies, Inter-Environnement Wallonie a organisé ce dimanche une action ludique devant l'aéroport de Charleroi. De joyeux drilles, accompagnés d'une bande d'ours polaires et d'un pingouin exilés loin de leur banquise fondante, ont déclaré l'aéroport de Charleroi fermé pour cause de changements climatiques. Ils ont distribué aux voyageurs des tickets de  "Futur airlines-Volez mieux, volez moins!" et des nounours en gomme (bio, bien sûr!). Les animaux portaient une pancarte "Sauvez-nous". Tout ça pour faire comprendre que le vol Charleroi Carcassonne ne devrait pas se prendre comme le tram 90. Et qu'un peu de modération qu'il siée bien avant (et après aussi bien sûr) l'ouverture de la conférence de Bali. (1 )
Et quand l'Europe parle de climat dans son traité, on ne peut pas manquer, comme le Grappe le fait dans une récente pétition, de remarquer  que " bien sûr, le nouveau projet, notamment à travers les traités auxquels il se réfère, est parsemé de déclarations de principe qui vont dans le bon sens. Il y a même une référence au changement climatique. Mais en même temps qu'on y parle de préserver l'environnement et les ressources naturelles en termes très généraux, on y énumère des objectifs concrets en parfaite contradiction avec l'objectif de préservation de l'environnement (2)"


De vraies truffes…

Parce qu'il ne faut pas croire que nous soyons dans la bonne voie. Nous respectons apparemment nos obligations pour Kyoto, mais  non pas en faisant des efforts, mais en achetant pour une part des droits de polluer. Il y a quand même plus propre que cela. Sans doute compte-t-on que nos concitoyens ne retiendront que le chiffre global et non pas la manière d'y arriver. Et aurait-on tort ? Parlant des Etats-Unis, dans un article intitulé "Propagande, tromperie et influence ", George Soros affirmait " ces dernières années, nous avons appris - et nous aurions dû le savoir depuis toujours - qu'il ne faut pas considérer la supériorité de la pensée critique dans le discours politique comme allant de soi. Celle-ci ne peut être garantie que par un électorat qui respecte la réalité et punit les politiciens qui mentent ou pratiquent d'autres formes de tromperie. " (3 )  Ce qui est valable pour les Etats-Unis, l'est vraisemblablement pour l'Europe et ce qui l'est pour les politiciens, l'est aussi pour tous ces grands communicateurs.


De vraies truffes, vous dis-je…

Et finalement, pourquoi pas ? Je viens de lire qu'une truffe blanche pesant 1,5 kg a été adjugée à 330.000 dollars (soit environ 223.000 euros) au cours d'une vente aux enchères, soit un peu moins de 150.000 euros le kilo. Allez, à la grosse louche. Dix millions de Belges à 50 kilos l'unité, cela ferait 75.000.000.000.000 d'euros. De quoi renflouer la Belgique, non ? (4) (DETTE AU 31.10.2007, ETAT FEDERAL, 284.096.643.895 d'Euros)…

Rassurez-vous, je ne verse pas dans le cannibalisme, mais l'occasion était trop belle.

Allez. Volez mieux, volez moins et visitez votre coin.

Denis MARION



(1)    http://tropdebruit.be/news/l-aeroport-de-charleroi-ferme-pour-cause-de-changements-climatiques
(2)    http://www.grappebelgique.be/article.php3?id_article=600
(3)    http://www.lalibre.be/article.phtml?id=11&subid=118&art_id=383678
(4)    http://www.debtagency.be/fr_index.asp (DETTE AU 31.10.2007, ETAT FEDERAL, 284.096.643.895 d'Euros)



Commentaires

Lien croisé par Anonyme le Vendredi 07/12/2007 à 12:07

éditeur visuel : "Etrange... J'ai de nombreux articles qui font plus de 20 lignes et qui sont correctement publiés comme ici."



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    • Trop de Bruit en Brabant wallon, l'Observatoire indépendant de l'environnement en Brabant wallon. (TBBW ASBL), actif particulièrement sur le territoire de la province du Brabant wallon, a changé de nom en 2013 pour s’appeler EPURES, Ensemble Pour Une Réflexion Environnementale Solidaire et ainsi mieux rendre compte de ses activités. En effet, créé en 2004, ce groupement de citoyens et son comité a mis dans un premier temps l'accent sur les nuisances aériennes provoquées par Bruxelles-National mais s'est, depuis, ouvert à d'autres problématiques environnementales, liées ou non au territoire de la province.