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Dialoguer, expliquer, argumenter, le débat doit rester ouvert.

• Jeudi 21/02/2008 • Version imprimable

«Travailler à mon bonheur et à celui de mes proches est un travail à temps plein » argumentait à la radio une publicité pour une boisson matinale. Cela me semblait, sur le moment,  une vision individualiste de l’harmonie dans la société. Ma cellule familiale avant tout. Comme si le reste n’existait pas. Pain bénit pour ma chronique hebdomadaire que pour une fois, je livrerais en retard…

L’exercice de la citoyenneté est autre chose que de se lever, ronchon, le matin des élections, pour aller voter. L’intérêt nécessaire pour la chose publique, qui ne se limite pas à la critique de l’impôt ou à la propreté de son petit quartier, impose à chacun un effort minimum de compréhension et d’empathie. Ecouter, même si l’on n’est pas d’accord. Dialoguer. Concilier autant que faire se peut.

Comme membre d’une association pluraliste, traitant principalement de problèmes environnementaux, je ne me sens ni lié, ni inféodé à aucun parti. Dans ce cadre, mon job consiste à prendre langue avec tous pour tenter de faire avancer les dossiers qui nous tiennent à cœur. S’agissant plus d’une question de personne que d’appareil, il est toujours possible et surtout impératif de discuter avec nos élus démocrates, sans parti pris. Mais à eux aussi parfois de faire le pas de nous inviter.

De manière plus générale, le débat d’idées est primordial et j’ai toujours un regret quand celui-ci s’absente. Dernièrement, une lectrice d’un quotidien populaire s’insurgeait de certaines positions que notre association avait prises, mais à la lecture de son texte, je ne pouvais que constater que nous ne parlions pas du même sujet. Aurions-nous pu nous rencontrer que nous aurions certainement fait des pas l’un vers l’autre. Mais la seule solution que j’ai est de lui répondre par l’intermédiaire de son journal favori. Vous trouverez d’ailleurs ma lettre ci-dessous.

C’est vraiment un message qui me tient à cœur. Que mes concitoyens investissent la chose publique, ne serait-ce qu’à un niveau local. Ils se sentiront concernés. Et s’il y a confrontation d’idées, qu’importe. Chacun saura qu’elles existent. Et les gens raisonnables, et quoique l’on puisse en penser, la plupart d’entre nous sont des gens raisonnables, savent qu’à un moment donné, il est nécessaire de négocier pour avancer.

Horreur et damnation! Comment peut-on se plaindre du bruit?

(En réponse à un courrier d’une lectrice de l’édition du 5 février dernier de Vers l’Avenir)

Dans le courrier des lecteurs, une lectrice se lançait dans une diatribe contre les critiques à l'encontre de Brussels Airport parlant de « comportement totalement irresponsable et allant dans le sens de réelles provocations ». Prenant prétexte d’une conférence à laquelle j’avais été invité comme orateur (organisée dans le cadre d’une réception de Nouvel An par une locale ECOLO. Cela aurait pu être par d’autres partis ou d’autres instances, ce n’est pas la première fois que notre association participait à ce genre d’activités), elle ne pouvait admettre que dans sa commune, des personnes puissent souffrir du bruit. Il semble difficile parfois de nourrir une empathie pour la situation d’autrui et en matière de bruit, il paraît souvent inconcevable pour ceux qui y sont insensibles ou qui n’y sont pas soumis de comprendre la souffrance vécue, ignorants qu’un important pourcentage de la population nourrit une très forte sensibilité au bruit.  

Il n’y a qu’une solution pour cette brave dame qui voue aux gémonies ceux qui se plaignent des nuisances sonores : sommer ces « contestataires hors normes » de s’exiler en Ardenne. Ha serait-elle venue à cette conférence nous écouter, une chercheuse de l’ULB et moi-même qu’elle aurait appris des choses. : les 120 millions que coûteraient à la collectivité les vols de nuit ou les centaines de millions qui sont passés sous le nez de l’Etat en bradant l’aéroport national à une entreprise australienne ou le niveau moyen de bruit similaire à Meise, historiquement riveraine de l'aéroport, et à Grez-Doiceau (cette dernière est quatre fois plus survolée) ou les directives européennes qui visent à « préserver le silence » ou les quatorze kilos et demi de CO² émis pour le transport d’un steak argentin ou l’histoire d’un plan de dispersion, source de toutes les plaintes, créé pour des raisons électorales, voire communautaires ou le fait que les gaz à effet de serre émis par les avions sont deux à quatre fois plus nocifs que ceux d’une voiture. Elle aurait pu trouver les arguments justes pour écrire sa lettre ou peut-être simplement, ne l’aurait-elle pas écrite.

Je pourrais continuer cet inventaire presque à la Prévert, mais ce serait fort long. Il me semble cependant important de rappeler que notre association, couvrant l’ensemble du brabant wallon, a fait plusieurs propositions constructives qui, si elles ne changent rien pour ceux que le bruit des avions ne dérange pas, amélioreront la situation de ceux qui en souffrent et dont la souffrance est respectable. Nous militons aussi, avec l'ensemble des associations riveraines de l'aéroport, pour la suppression des vols de nuit dont l'utilité économique est plus que contestée, mais dont l'impact sur la santé est avéré et nous considérons, avec nos consoeurs, que Bruxelles a surtout besoin d'un aéroport pour les passagers. Ces positions sont d’ailleurs soutenues par de nombreux élus, tous partis confondus.

Et puis ne sommes-nous pas en droit de nous interroger sur le devenir d’une société, qui, malgré sa connaissance de l’urgence climatique, commence à trouver normal un aller-retour en avion pour aller manger une glace à Venise ou acheter des chaussures à Barcelone ou à New York. Contrairement à ce que croit cette lectrice, réfléchir à la place du transport aérien n’est donc pas une futilité et n’est certainement pas contraire à l’intérêt de la collectivité.

Bien entendu, je suis toujours prêt à en débattre avec elle.

Denis MARION

Administrateur à « Trop de Bruit en Brabant wallon », association pluraliste, visant à informer et intervenir dans le cadre de dossiers environnementaux en tenant compte des critères de développement durable et de respect dû au citoyen et en invitant à la concertation les différents acteurs concernés.
www.tropdebruit.be


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    • Trop de Bruit en Brabant wallon, l'Observatoire indépendant de l'environnement en Brabant wallon. (TBBW ASBL), actif particulièrement sur le territoire de la province du Brabant wallon, a changé de nom en 2013 pour s’appeler EPURES, Ensemble Pour Une Réflexion Environnementale Solidaire et ainsi mieux rendre compte de ses activités. En effet, créé en 2004, ce groupement de citoyens et son comité a mis dans un premier temps l'accent sur les nuisances aériennes provoquées par Bruxelles-National mais s'est, depuis, ouvert à d'autres problématiques environnementales, liées ou non au territoire de la province.