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Città Verde : un exemple ?

• Vendredi 12/02/2010 • Version imprimable

Ainsi donc, un ministre refuse la création d’un parc commercial destiné à des grandes surfaces liées à la « Maison ». Ce magnifique projet a été brisé par l’écologie[1], scandent les éminences locales. Les réactions sont telles qu’elles en deviennent exemplatives d’une communication que l’on serait en droit de considérer sans nuance, sans fondement, sans sens de l’avenir.

Il est bien entendu difficile de se prononcer sur le fond d’un dossier dont nous ne connaissons finalement pas toujours l’essence. Cependant, aussi minimale soit l’idée que l’on peut s’en faire, elle ne peut que nous troubler, surtout à cause du battage médiatique.

D’abord, les sorties politiques témoignent chez certains, au moins d’un sens politicien aigu, voire d’un goût pour la trahison, ou pire, et l’on peut en débattre, d’un manque de vision certain.

Ensuite, le traitement de la presse est à ce point divergent, que nous ne pouvons que nous interroger sur son interprétation des faits. Ainsi, et pour prendre un exemple bénin, certains journalistes s’étonnent, naïvement, hypocritement, de retrouver des environnementalistes dans le cabinet d’un ministre ECOLO. Bien entendu, les cabinets PS sont des pépinières CDH et les cabinets MR sont envahis de conseillers PTB.

Heureusement, d’autres essayent d’objectiver le débat. Pascal Lorent, dans le Soir, rappelait quelques vérités[2] :

Il [Philippe Henry] a surtout choisi de ne pas céder à cette facilité qui, désormais, pousse les élus à dérouler le tapis rouge devant les promoteurs. Ceux-ci les bombardent de promesses chiffrées (emplois, compensations) et d’une inauguration en grande pompe. Mais ils sont partis quand les effets pervers de ce type d’investissement se manifestent. Et que ne subsistent que les friches, hier industrielles, demain commerciales.

Les promesses des promoteurs valent parfois celles des politiques. Et quand, en temps de crise, on fait miroiter des centaines d’emplois, ces promesses sont des plus séduisantes.

Huit cents emplois pour la construction et il est certain que les promoteurs ont promis de n’engager que des entreprises de la région.

Mille cinq cents emplois par la suite et ils  ne viendront pas au détriment d’autres, un peu plus loin. Un modèle économique basé, apparemment, sur la vente de produits haut de gamme, loin des préoccupations des personnes de la région, loin des réservoirs de clientèles nanties et finalement si proche d’une concurrence française, semble-t-il meilleur marché. (Cela me rappelle cette étude de la VUB sur la perspective de dix mille emplois de DHL à Zaventem, réduite à deux, trois mille dans les faits.) Un modèle de développement basé sur la pérennité des déplacements (en voiture) compulsifs, oubliant un peu vite une réflexion sur l’avenir, comme celle par exemple que nous  avions eue au sein de notre comité « Calvin & Hobbes » en posant la question « Quel avenir pour notre territoire [3]? »

Les plus détracteurs, qui critiquent ce refus parce qu’il a été fait sur base de réflexions socio-économiques, ont apparemment oublié que le ministre précédent a utilisé les mêmes arguments pour le refuser une première fois. Mais plus loin que cela, en voulant maintenir la séparation entre le socio-économique et l’aménagement du territoire, outre qu’ils vont quelque part à l’encontre du premier article du CWATUP[4], ils entretiennent, dans une logique peut-être électoraliste, cette idée de la prépondérance des exigences socio-économiques à court terme sur une gestion à long terme.

D’aucuns s’inquiètent de l’apparition de chancres « commerciaux » qui apparaîtront sans doute plus vite encore que nos vieilles friches industrielles. Et, même si l’on peut espérer qu’ils ne nécessiteront pas les mêmes efforts de réhabilitation, celle-ci aura néanmoins son coût. En outre, leur multiplication dans nos villes ne sera pas sans conséquence sur la qualité de la vie.

Je ne peux donc qu’être d’accord avec la conclusion de Pascal Lorent, dans son édito cité plus haut :

Face à ce genre de tentation, le gouvernement wallon se doit de refuser tout sous-régionalisme. Et d’afficher une cohérence et une vision rivée sur un horizon bien plus lointain que la prochaine échéance électorale.

 
Denis MARION 
 

[1] Amusant finalement si l’on prend l’étymologie : écologie, du grec "oikos" (maison) et "logos" (discours, sciences, connaissance) .

[4] Le territoire de la Région wallonne est un patrimoine commun de ses habitants. La Région et les autres autorités publiques, chacune dans le cadre de ses compétences et en coordination avec la Région, sont gestionnaires et garants de l’aménagement du territoire. Elles rencontrent de manière durable les besoins sociaux, économiques, (de mobilité, – Décret du 15 février 2007, art. 1er) patrimoniaux et environnementaux de la collectivité par la gestion qualitative du cadre de vie, par l’utilisation parcimonieuse du sol et de ses ressources (, par la performance énergétique de l’urbanisation et des bâtiments – Décret du 20 septembre 2007, art. 1er, al. 1er) et par la conservation et le développement du patrimoine culturel, naturel et paysager.


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    • Trop de Bruit en Brabant wallon, l'Observatoire indépendant de l'environnement en Brabant wallon. (TBBW ASBL), actif particulièrement sur le territoire de la province du Brabant wallon, a changé de nom en 2013 pour s’appeler EPURES, Ensemble Pour Une Réflexion Environnementale Solidaire et ainsi mieux rendre compte de ses activités. En effet, créé en 2004, ce groupement de citoyens et son comité a mis dans un premier temps l'accent sur les nuisances aériennes provoquées par Bruxelles-National mais s'est, depuis, ouvert à d'autres problématiques environnementales, liées ou non au territoire de la province.