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Chroniques d’été : le gros dégueulasse.

• Mercredi 28/07/2010 • Version imprimable

Une série de chroniques construites sur des propos recueillis ces derniers mois.
 
« Dites-moi les petits choux ! demandait mon vieil ami, à froid, sur la terrasse plutôt brûlante d’un café, Que feriez-vous si vous surpreniez un particulier déposer ses détritus en pleine campagne ?
-          Moi, je ne ferais rien. J’aurais trop peur de recevoir un mauvais coup, répondit le courageux de service.
-          Ce ne sont pas mes oignons. A la commune ou à la police de traiter ce genre de délinquance, continua son cousin.
-          Donc, si je vous comprends bien, cela ne vous gêne pas qu’un gros dégueulasse laisse ses crasses au milieu des chemins.
-          Si, si, mais que veux-tu faire ? Ce serait bien que la police soit plus souvent présente pour prévenir ou régler ces incivilités.
-          Parce que tu crois que la police va effectuer des patrouilles sur tous les chemins de campagne pour épingler les jeteurs de détritus ? Tu rêves !
-          En tout état de cause, s’indigne un gars près de ses sous, c’est nous qui payons. Quand il faut nettoyer, c’est avec nos impôts.
-          Bon, tu nous poses la question, mais qu’aurais-tu fait, toi, dans ce cas-là ? demande notre courageux de service.
-          Ben, oui, qu’aurais-tu fait ? enchaine son cousin.
-          Là, dernièrement, j’ai été confronté à cela et je n’ai rien fait.
-          Tu vois bien. Tu n’as rien fait. C’est beau de donner des leçons.
-          Je n’ai rien parce que j’étais à pied. J’étais même trop loin pour lire le numéro de sa bagnole. J’aurais été motorisé, je le bloquais et m’expliquais avec lui.
-          T’as pas les chocottes ?
-          Bah, avec un merlin dans mes mains, j’ai des arguments. Mais bon, ça pas été le cas. Et le soir, la tempête avait emporté tout dans les champs. Tu retrouveras toutes ces merdes dans les récoltes. Enfoiré de gros dégueulasse.
-          Maintenant, faut dire… Ce n’est pas pour prendre sa défense, mais quand même les déchets, c’est quand même une corvée, se plaint l’homme près de ses sous. Les sacs poubelles, ce n’est pas bon marché. Il faut aller au parc à conteneurs pour se débarrasser des tontes de pelouses ou de haies. Il y a des communes qui organisent des broyages à domicile.
-          Je ne vois pourquoi, s’indigne une petite voix, mes impôts payeraient pour vos choix de cultures. Vous n’avez qu’à composter.
-          Oui, mais c’est beaucoup trop.
-          Retournez votre pelouse pour en faire un potager. Faites-en une prairie fleurie. Liquidez vos affreuses haies de thuyas. Vous ne voulez pas que l’administration communale vienne faire votre ménage. C’est fou le nombre de gens comme vous qui s’installent à la campagne, veulent des jardins, puis qui se plaignent. D’ailleurs, je serais partisane d’une taxe sur les pelouses.
-          Mais il y a les personnes âgées et celles sans voiture.
-          Ha oui, les vieux. Ils vous intéressent parfois les vieux, quand il s’agit de justifier des mesures qui pourraient vous être profitables.
-          Je trouve que vous exagérez, s’indigne le courageux de service. Le citoyen fait ce qu’il peut. Il trie ses déchets, va au parc à conteneurs. Je trouve aussi que les autorités et les fabricants devraient faire un effort.
-          Et bien, je ne suis pas d’accord, tonne mon vieil ami. C’est vous qui choisissez ce que vous consommez et donc la masse de crasse que vous devez éliminer. Regardez vos poubelles. Elles sont peut-être triées, mais elles sont pleines, bien pleines. Des tonnes de bouteilles et de canettes, pour vos enfants obèses. Des trucs suremballés. Des barquettes de fruits. Des tonnes de trucs que vous pourriez ne pas acheter ou pas comme ça.
-          Mais avec toi, tout est simple. Et puis les enfants…
-          C’est vous qui les éduquez ou non, vos gosses, ou le marketing de Coca ?
-          Faites vos choix, reprend la petite voix. Vos poubelles sont des témoins de votre façon de vivre. Assumez-les. Allez voir au parc à containers au mois de septembre tous les jouets de plein air jetés, tous ces trucs en plastoc qui n’ont pas tenu deux semaines.
 
Moi, pendant ce temps-là, je comptais les papiers qui jonchaient le sol.
 
Propos recueilli par Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif.

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