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Bruit, grèves et amour (du prochain).

• Mardi 12/08/2008 • Version imprimable

Le vent dans les ramures imite la musique de la rivière. Quelques oiseaux jouent les solistes et des insectes donnent le la. Au loin, les cloches de l’église sonnent l’heure. S’il y a bien un grondement d’avion de temps à autre dans le ciel, il évoque plus la note d’orage. De temps à autre, une voiture passe sur la ligne de crête. Un couple d’amoureux se roule dans les foins, sur l’autre versant. A l’orée d’un bois, sous les frondaisons de chênes, j’ai une vue magnifique sur les champs et les prés d’Hurbermont, dans la vallée de l’Ourthe et une ouïe aussi belle à écouter cette composition, pendant que je mange quelques tomates du jardin sur un morceau de pain. Il y a du bruit et pourtant, c’est un silence de qualité…
 
« Pour certains citadins la campagne est intolérable parce que son silence rejoint leur vide intérieur. » disait un humoriste. Est-ce pour cela que certains préfèrent le briser avec des pétarades, des « pprrttt » ou des « vroum, vroum » ? L’été est rempli de ces tentatives d’échapper au vide intérieur. Des Quads agressifs sillonnent les campagnes, cassant les oreilles et dégradant les chemins. Et pour un conducteur respectueux, il y a tant qui vous pousseraient dans les orties. (Les Vététistes ne sont pas en reste). Des installations sonores mobiles sont menées par des durs de la feuille sur les chemins en caillasse pour faire profiter la nature des bits sonores. Les ULM à basse altitude tournent autour des villages et si vous vous plaignez, les pilotes vous traitent de grincheux, eux qui ne supporteraient pas que leurs voisins tondent tout le dimanche.
 
Certes, l’hiver venu, j’use de ma tronçonneuse et comme beaucoup trop de gens, je roule en voiture. De temps à autre, je mets bien en route une scie circulaire ou une foreuse. Mais j’essaye de faire tout cela sur un mode mineur. Parce que le bruit est et restera une des premières pollutions, une forme d’agression dont nous ne nous rendons pas toujours compte des conséquences, il est important que chacun en soit conscient et se comporte en conséquence.
 
Pourquoi s'intéresser au bruit? écrivais-je sur le site de www.tropdebruit.be. Parce ce que le bruit a une valeur symbolique, exemplative du monde tel que nous le vivons : trépidant, stressant, envahissant, fatigant, pollué et polluant. Le bruit n'est en rien innocent. Il est responsable de troubles de santé, de problèmes de société. Mais le bruit, ce n'est pas que cela. Quand il y a quelques années, les groupes de citoyens se sont intéressés au bruit des avions, ils n'avaient conscience que de la partie émergée de l'iceberg: les nuisances sonores. Mais se confronter au bruit, c'est se confronter au système de développement, à la manière de fonctionner de nos sociétés. On ne peut pas s'attaquer au bruit sans remettre en question tout ou partie de certaines activités économiques. On ne peut pas s'attaquer au bruit en faisant l'impasse sur les autres nuisances créées par ces activités. S'attaquer au bruit, c'est par exemple, s'attaquer aux vols de nuit. Mais s'attaquer aux vols de nuit, c'est remettre en question leur utilité, leur raison d'être. Il ne faut pas être clerc pour constater que ce qui est transporté la nuit n'a plus de caractère urgent : les essieux de camion, les pièces d'ordinateur, voire les fruits et légumes, peuvent, s'ils doivent être vraiment transportés par avion, voyager de jour. S'attaquer aux vols de nuit, c'est s'interroger sur le besoin d'importer de la viande d'Argentine ou des haricots du Kenya. S'attaquer aux vols de nuit, c'est s'interroger sur la pertinence de la détaxation du kérosène. S'attaquer aux vols de nuit, c'est mettre en avant les dégâts provoqués par les gaz à effet de serre produits à haute altitude (multiplicateur de 2 à 4), amplifiés par le caractère nocturne de ces émissions. S'attaquer aux vols de nuit, c'est aussi s'interroger sur nos manières de faire, de consommer, parce que ce trafic est favorisé par nos exigences de consommateur ou notre laxisme de citoyen.
 
A l’heure actuelle, les grèves des bagagistes de Zaventem ralentissent le trafic de l’aéroport. L’association flamande des voyagistes parle de prise en otage de leurs clients. Ils font peu de cas du travail pénible de ces travailleurs, dont les moyens de pression sont limités. Ils n’ont d’ailleurs pas plus de considération pour les riverains de l’aéroport, que l’état, les compagnies aériennes et l’aéroport prennent en otage tout au long de l’année. A-t-on introduit une réglementation stricte ? Alimente-t-on le fonds d’indemnisation ? A-t-on seulement isolé une maison aux frais des pollueurs ? Tout au plus des ministres ont-ils songé à mettre des arbres autour de l’aéroport, à déplacer des nuisances ailleurs qu’au-dessus de leur tête ou à multiplier le nombre de riverains. Aucun (à une exception près) n’a pris réellement le mal à la racine. Je manque de considération pour les pauvres touristes qui ont épargné toute l’année pour se payer des vacances ? Peut-être. En ont-ils eux pour la planète ?
 
Nous prenons quotidiennement autrui en otage par nos comportements. En matière de bruit, particulièrement, nous considérons que le bruit que nous faisons est toujours légitime. Chez soi, une radio à plein volume ne peut pas déranger le voisin. La vitesse excessive n’est pas source de bruit. Les riverains des autoroutes n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. La campagne est faite pour être remplie des déchets sonores des citadins et d’ailleurs Beethoven était sourd.
Si vous n’êtes pas d’accord, alors, comme moi, fêtez le 25 Septembre à midi, LE GRAND SILENCE.
 
Denis Marion.