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TOCs d'Egotiques ou Tics d'EgoTOCs

• Lundi 23/11/2009 • Version imprimable

Il y a des chroniques qui traînent dans les tiroirs. La fausse bonne idée de départ. Une petite anecdote qui doit déboucher sur quelques paragraphes pertinents, mais qui n’acceptent pas de se laisser écrire. Puis, un nouveau fait, une nouvelle déclaration redonne de la raison à l’ensemble. Ainsi, des journalistes français s’entretenant de la nomination d’Herman Van Rompuy comme celle d’un « clown » a relancé l’écriture de cette chronique-ci.

Philippe Lançon dans Charlie Hebdo rapportait que Alain Finkielkraut s’indignait de ce rire imbécile que certains avaient eu à l’égard de la taille de SON président. Il parlait du reportage de la RTBF sur la sélection de la « claque » lors des visites de l’EMPEREUR : petite taille exigée. Aime-t-il, vénère-t-il à ce point l’omni-président pour ne pas voir la manipulation ?
Quand il s’agissait de nommer[1] le FILS à la tête d’un gros machin, aucun député de la majorité, encore moins aucun ministre n’a osé la moindre critique. Peur du licenciement ?

Arrogance, petitesse, fausse vision de l’avenir, corporatisme, népotisme, mensonge, celui qui se croit l’égal d’Obama se fâche sur les guignols de l’info, pour crime de lèse-majesté, se fâche avec la presse, divorce temporairement d’avec ses (é)lecteurs du Figaro. Cette obsession de l’image qui conduit à travestir l’histoire, à manipuler les faits se démontre encore avec un autre exemple. « Nicolas Sarkozy raconte sur Facebook comment, en ce jour historique, il s'était trouvé dans cette ville, y allant lui aussi de ses "coups de pioche". Invraisemblable, selon plusieurs témoins. » ai-je lu dernièrement à propos de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin.[2] Quelle idée a-t-on de sa fonction et de son devoir pour être à ce point hâbleur ?

Mais s’il est là et surtout s’il y reste, ne sera-ce pas la faute de l’électeur ? Quand les lecteurs du Figaro cités plus haut le remercient vivement quand son fils renonce à l’épate, sans doute sont-ils prêts à ne pas le « remercier » à la fin de son mandat, à lui offrir un second tour de manège ? Revenir sur sa décision l’aura donc absout. Permettons-nous donc à un tel niveau de pouvoir un droit à « l’erreur aussi manifeste ». Acceptez cela est avaler n’importe quelle couleuvre. Si j’ai pris la France et son Zebulon[3], c’est simplement pour ne pas me fâcher avec des Belges. Mais il y en a certainement « des comme cela » aussi, peut-être juste un peu moins graves, ou un peu moins puissants.

Il serait certes exagéré, inconvenant irais-je jusqu’à dire, d’exiger de nos élus d’être des êtres parfaits, sans reproche, mais il est néanmoins normal qu’ils fassent montre des qualités morales et intellectuelles nécessaires pour mener à bien les missions qui leur sont confiées. La chose politique demande autant de « rigueur » que d’empathie, d’intelligence que de compréhension, d’hardiesse que d’honnêteté. L’image, tel qu’on la conçoit maintenant, ne devrait pas jouer. Et si le charisme est nécessaire, parfois, pour emmener les gens sur un chemin difficile, il ne saurait suffire.

Beaucoup de dirigeants pourraient se satisfaire d’un électorat passif (voire stupide). Le dictateur n’aurait pas à se lancer dans une répression sanglante et le démocrate médiocre n’aurait peut-être même pas à se justifier à chaque élection. Tous deux pourraient exercer leur apostolat sans contrainte. Admettons cependant qu’un électorat éduqué à la chose publique, conscient de ses responsabilités serait certes moins manipulable, mais certainement plus enclin à réfléchir à l’avenir, en comprenant l’enjeu des décisions proposées. L’élu, convaincu de l’importance de sa charge, du service qu’il doit rendre au pays, à la nation, à la communauté, à la tribu (biffez la mention inutile) s’appuierait sur des hommes et des femmes qui pourraient comprendre les décisions prises et les soutenir. Conscient de l’importance de la collaboration avec les citoyens, il ferait par ce biais avancer bien des choses.

Mais l’électeur peut-il reprendre un rôle de citoyen critique, moins enclin à se laisser séduire par les ors même virtuels qu’à comprendre, à apprécier les engagements et décisions politiques. Que faudrait-il pour qu’il puisse jouer son rôle de mandant conscient, actif ? Que faudrait-il pour qu’il abandonne un discours rempli de « ils » pour lui en substituer un rempli de « nous » ? Est-ce la responsabilité de l’éducation, qui préparerait insuffisamment à la citoyenneté ? Est-ce l’influence des medias et leur manière de traiter les faits ? Est-ce l’influence des politiques et de leurs manières ? Ou est-ce simplement le citoyen qui ne parvient pas à développer une citoyenneté ? Vraisemblablement une conjonction de tous ces facteurs et de bien d’autres.

Nous avons besoin de concitoyens critiques, conscients et actifs, même s’ils ne partagent pas les mêmes idées. Nous avons besoin de femmes et d’hommes politiques… pas d’égotiques.
 
Denis MARION.
 
 

[1] Une élection où les bulletins sont déjà validés n’est plus une élection, mais une nomination.

[3] Ainsi l’appelle un humoriste français. Cela doit être pour son côté monté sur ressort, parce que le manège n’est guère enchanté.


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