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Sommes-nous à un croisement ?

• Mercredi 30/03/2011 • Version imprimable

Lu sur un forum:

« La population humaine est telle que désormais elle a besoin de consommer de plus en plus d'énergie pour produire son alimentation... Nous allons avoir besoin de plus en plus d'énergie et envisager de ne plus recourir au nucléaire sans pour autant affoler les émissions carboniques est une façon innovante d'écrire le testament de notre civilisation. Je ne peux pas l'admettre : nous avons parcouru trop de chemin que pour abandonner là et décroître alors qu'il suffit d'encore quelques dizaines d'années que pour disposer de nouvelles sources énergétiques efficaces : solaire à haute performance, fusion nucléaire et peut-être d'autres options encore hypothétiques de nos jours. Ce serait abandonner le marathon en vue de la ligne d'arrivée ![1] »

 

Entendu dans une réunion citoyenne sur la mobilité :

« Je m’insurge sur la création de zone trente dans les centres de villages. La rue est destinée aux voitures et les enfants ont d’autres endroits pour jouer. A ce train-là, dans dix, quinze, vous imposerez le vingt à l’heure ». 

Clameur de l’assemblée composée de personnes de toutes tendances: « de toute façon, il n’y aura plus de pétrole et nous roulerons tous en vélo ».

 
Dans une réunion sur l’environnement :

« La mobilité consiste d’aller d’un point à un autre le plus rapidement possible. Donc, en voiture ».

« Hé, on parle de mobilité douce ».

 
Dans une réunion sur la convivialité :

« Ce banc est une source de nuisances. Les jeunes, qui ne sont même pas du village, viennent s’y asseoir et font du tapage ».

« Désolé, vous vous trompez. Ces jeunes habitent bien le village »

« Il faut sans doute les parquer, ces jeunes ».

 
Dans une autre, sur un thème similaire :

« Avec l’habitat groupé, vous désirez mettre de la ville à la campagne. D’ailleurs, dans nos villages, il n’y a pas de maisons mitoyennes ».

« Pourtant, cela évite le gaspillage de terrain. Ces espaces inutiles entre les villas devraient être bâtis ».

« Quelle aberration. Ces espaces ne sont en rien inutiles ».

Hasard des lectures et des écoutes, des opinions se télescopent. Certes, elles ne représentent qu’une fraction de la population, mais les plus environnementalistes de ces réflexions ne sont pas spécialement celles d’activistes verts. Nous sommes clairement à la croisée des chemins. Entre ceux qui s’accrochent à des modèles anciens et ceux qui, certes parfois confusément ou sans grande conviction, se rendent compte des besoins de changement, le débat est lancé. La croissance pour la croissance ne constitue pas une civilisation. « Progresser dans le domaine des mœurs, des connaissances, des idées » ne peut se concevoir dans l’exploitation de l’autre ou dans le mépris des générations futures. Il est bien entendu aisé de se lancer dans un discours où l’accent serait mis sur les pertes supposées que nous aurions à subir : perte de confort, de revenu, de sécurité. C’est un discours facile à comprendre dans un monde nourri au biberon de la croissance et de la consommation. Mais éluder les gains, les avantages que des changements pourraient procurer est malhonnête, voire criminel envers les générations futures, ou simplement envers les plus jeunes d’entre nous.

Défendre le tout à la voiture, le tout au nucléaire, le tout à l’individualisme au nom d’une « civilisation » qui a montré à plusieurs reprises ses visages destructeurs n’est pas mon crédo. Nous pouvons bien entendu compter que le changement vienne d’ailleurs, d’autrui, des autorités. Ou ne rien faire tant que les autres n’ont pas fait le premier pas. Ce serait satisfaire à notre paresse coutumière. Pourtant, tout est entre nos mains. Alain de Halleux, réalisateur de «Nucléaire : rien à signaler»[2] parlait dans une interview de cette (effroyable) responsabilité du citoyen[3] dans la poursuite de la filière nucléaire. Ce sont aussi ses choix ou ses combats qui déterminent l’avenir quoique le citoyen puisse prétendre. Et cela est vrai pour tout.

 
Denis MARION
Entrepreneur sans but lucratif. 

[2] Il y dénonce les conditions de travail des personnes qui bossent dans le monde de l'atome.

[3] Deux cent mille Allemands l’ont fait savoir dans les rues. Mais seulement cinq cents Français.


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