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Quelqu’un payera

• Mercredi 11/05/2011 • Version imprimable

« Pluies d'oiseaux morts : la faute aux gaz de schiste ? » et « Guerre des étiquettes : les lobbys avancent, pas la transparence » sont deux titres qui, à première vue, n’ont pas l’air d’aller bien ensemble. Et pourtant, en lisant ces deux articles, tirés du site d’information « Rue89 », j’ai été frappé par le parallélisme entre ces deux sujets : pour l’industrie, en dire le minimum.

Le problème, explique André Picot, c'est que les données sont " en trompe l'œil " : “ On nous donne les noms des produits, mais pas leur concentration. Ainsi les industriels disent qu'ils injectent 90% d'eau, 9,5% d'agents de soutènement pour empêcher la roche de se réagréger et selon les sociétés pétrolières, entre 0,5% et 2% de produits chimiques ajoutés comme additifs. " Or c'est plus compliqué que ça, car 20% de l'eau injectée (il faut 10 millions de litres par fracturation) ressort, et les entreprises ne communiquent que sur ce qu'elles injectent : " Certains produits ne sont pas dangereux au départ, mais à l'arrivée ils peuvent être mutagènes et cancérogènes. "[1]

Etonnamment, ce que le CIAA [Confédération des industriels de l'agroalimentaire] ne cite pas, dans la même enquête de l'autorité irlandaise, c'est le désir massif des consommateurs européens de connaître l'origine géographique de ce qu'ils avalent (74% d'entre eux y sont favorables). L'origine arrive juste derrière la date limite de consommation dans les informations qu'ils veulent pouvoir trouver sur un emballage alimentaire. Le CIAA, lui, s'y oppose, évidemment. Mais n'allez pas croire que c'est pour pouvoir donner une plus grande marge de manœuvre aux industriels, pas du tout. S'il s'oppose à un étiquetage trop compliqué, c'est pour défendre la compétitivité des entreprises qu'il représente, et pour porter bien haut l'idéal du marché unique.[2]

En dire un minimum, en jouant par exemple sur les mots et la hauteur des caractères, semble la voie la plus appréciée des industriels. Prétextant secrets de fabrication, compétitivité et autres fariboles, ils veulent, exigent de communiquer le minimum, un strict minimum, ne rien dire si ce n’est que chanter les louanges de leurs produits. Rien ne peut troubler la bonne marche des affaires, même s’il faut pour cela cacher les aspects négatifs des produits proposés ou des méthodes utilisées. Ce n’est pas neuf. Mais ce qui était acceptable naguère, ne l’est plus.

Notre conscience environnementale a grandi…un peu. Nous sommes plus conscients des impacts sur notre santé et sur le milieu que nous ne l’étions. Nous comprenons aussi, enfin certains d’entre nous, que le laxisme en la matière se paye toujours, mais que le principe du pollueur/payeur est généralement du vent. C’est la collectivité qui règle la facture.

Le problème est que dans les comptes de résultats de nos sociétés modernes, cela ne transparaît pas. Le PIB ou la croissance peuvent sans problème être en hausse. Pire, les «remèdes» financés par nos deniers contribueraient à cette hausse. Pourtant tout cet argent dépensé pour pallier aux errements industriel (cancers, dépollution, construction de sarcophage de centrale nucléaire, contrôle divers) aurait pu être alloué à d’autres buts, plus propices à l’épanouissement des membres de la société.

 « Ils n’ont jamais reconnu leurs torts ni manifesté aucun remords » disait le journaliste Kosuke Hino des experts nucléaires japonais. Ce constat est également valable pour les cigarettiers, les fabricants d’amiante, les producteurs de graisse abominable, de pétrole non conventionnel, de voitures trop lourdes, de sodas faussement légers, etc… Il est donc essentiel que ces exigences de transparence ne soient plus considérées comme des marques de stupidité, de peur, de faiblesse ou d’ignorance, mais un droit démocratique. Parce que ces gens arrogants ne sont pas prêts à payer la f(r)acture finale.

Denis Marion
Entrepreneur sans but lucratif.