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    • Des écrivains, des journalistes, des critiques littéraires et musicaux, venus d’horizons divers, rassemblés par Vincent Engel pour former une équipe virtuelle, sinon vertueuse… voilà ce que vous propose ce blog à part ! Des coups de gueule, des analyses, des comptes rendus, des sensibilités différentes; mais toujours la même liberté.
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    • Professeur de littérature contemporaine à l'Université catholique de Louvain (UCL) et d'Histoire des Idées et de Formes Littéraires à l'IHECS, il a écrit de nombreux essais, romans, nouvelles ou pièces de théâtre. Il est aussi critique littéraire et chroniqueur
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La tête de l’emploi

• Mercredi 14/02/2018 • Version imprimable

Le danger ne vient pas de celui qui mord   mais de celui qui lèche.

(Retrouvé sur Facebook)

Le collectif présente une chronique de .

Etre libre dans un monde qui vous enferme dans un rôle, une tâche, une carrière, est-il possible sans s’affranchir de la société ?

Quelque part, vous pourrez me dire que je l’ai choisie cette vie. Etre femme, cadre, responsable d’une équipe où il n’y a que des mecs et pas un seul qui oserait une remarque déplacée (en fait, si, mais quand cela lui arrive, le rouge lui monte aux joues.) Le salaire n’est pas inconséquent, cela pourrait être franchement pire.

Mais ce n’est pas ma situation qui me préoccupe ; c’est celle de notre société qui n’aime pas produire des êtres libres.

Peut-être suis-je exagérément simpliste, mais je ne peux que m’inquiéter quand j’entends Willy Borsus considérer que la première fonction de l’enseignement est de satisfaire le monde de l’entreprise : «  Je suis contre le tronc commun, c’est une erreur fondamentale  », déplore le Ministre-Président de la Wallonie. «  C’est contraire à ce que l’on attend dans le monde de l’entreprise et ce que j’entends chez les jeunes : le souhait d’aller plus vite vers la formation qu’ils souhaitent  » argumente-t-il. «  C’est vraiment un des points pour lequel j’appelle à une reconsidération.[i] »

Tous les jeunes qui entourent Willy Borsus savent donc à 12 ou 14 ans ce qu’ils veulent faire plus tard. Ce n’est pas le sentiment que j’ai ; mais ce qui me préoccupe plus est le rôle et le poids que l’entreprise doit (ou peut) avoir dans l’éducation.

Dans un récent communiqué l’Union wallonne des entreprises avançait ceci :

Concernant les savoirs de base, l’UWE a quatre demandes :
Il est indispensable de les renforcer (maths, français, langues), afin d’avoir des têtes bien faites. C’est la base de tout. Une fois arrivé en formation qualifiante, il est impossible de revenir en arrière, alors que l’inverse n’est pas vrai : on pourra toujours améliorer plus tard les compétences « métier ». Actuellement, trop d’entreprises nous disent que les jeunes qu’ils engagent ne savent plus lire et comprendre un manuel d’utilisation, et ne maîtrisent plus la règle de trois !
Les savoirs de base doivent inclure des savoir-être tels travail en équipe, responsabilité, respect des autres…
Le tronc commun doit contenir l’esprit d’entreprendre et l’éveil polytechnique, avec une insistance forte sur le numérique (codage, algorithmique, etc.), afin de donner le goût d’une carrière dans l’informatique, de la même manière qu’une formation de base en biologie ou en physique peut susciter une vocation pour des professions scientifiques
[…] Notre volonté n’est pas d’instrumentaliser l’enseignement au profit de l’entreprise. Notre rôle est aussi sociétal. Le cercle est vertueux : la qualité de l’enseignement influence la croissance du PIB, qui est un indicateur de création de valeur pour les entreprises (et donc pour les entrepreneurs et les actionnaires), mais aussi de création de bien-être aussi pour les collaborateurs, leurs familles, et donc la société toute entière[ii]

 

Pour  l’Union wallonne des entreprises, il faut  savoir lire les instructions et calculer un minimum. Je n’appelle pas cela des têtes bien faites, mais des têtes bien pleines.  A déchiffrer leur communiqué, je pourrais faire mienne l’opinion d'Omar Aktouf, économiste et professeur : « On ne nous forme que pour alimenter la machine à multiplier l'argent... » (Consultez la vidéo )

(Mais peut-être suis-je trop sévère à leur égard ? Il me semble, à la lecture, que leur propos et leur objectif rejoignent en grande partie les miens : au-delà des savoirs (et une maîtrise de la langue est quand même indispensable pour pouvoir prendre la parole), ils veulent des individus capables de vivre et travailler en société. Donc des citoyen.ne.s.)

Or, avant d’être acteurs.rices du monde du travail, nous sommes avant tout des êtres humains pensants, des citoyen.ne.s. (Nous ne devrions pas être identifiés par notre métier, mais par notre être, dont nos activités professionnelles ne constituent qu’une partie. Je ne suis pas que cadre dans une entreprise. Je ne suis pas que femme.)

Pour être cette citoyenne, je dois pouvoir exercer mon libre arbitre, affiner mon sens critique et pour cela je dois apprendre, apprendre à apprendre, apprendre à m’ouvrir. Echapper au déterminisme social qui nous conserve dans une case. Cela peut et doit  passer par une remise en cause du conformisme et de la soumission à l’autorité.

Quand je parle de cela, beaucoup me répondent que tout le monde ne peut pas devenir universitaire. Là n’est pas le but de ma réflexion. Mon expérience professionnelle me démontre d’ailleurs que le diplôme universitaire n’implique pas cette capacité de réflexion et de remise en question. Dans l’entreprise, la servilité touche particulièrement les cadres. Et s’ils peuvent sortir de leur zone de confort, ils ne sont pas pour autant capable d’utiliser de nouvelles grilles de lecture. Les outils peuvent être différents, mais le résultat reste le même.  Il y a plus de béni-oui-oui qu’autre chose. Et ce n’est pas la fausse autonomisation qu’offrent les directions qui change la donne[iii].

Il s’agit simplement de donner un bagage favorisant la réflexion. Permettre à chacun d’exercer des choix ou d’appréhender ce que l’on lui propose/impose. Nous devons former des citoyen.ne.s plutôt que des employé.e.s. D’autant qu’est bien malin celui qui peut me dire maintenant ce que pourra faire un.e gamin.e dans 20 ans. Dans un monde sans travail ? Tiffany Blandin l’illustre parfaitement.

En guise de rire jaune, finalement, il ne restera comme tâches accessibles au commun des mortels que celles qui seront trop chères à automatiser, comme nettoyer les latrines (et encore).

Formons d’abord des membres de la cité avant des membres de l’atelier.

.

PS. Naguère réputées sans débouchés, l’histoire, la philosophie et les lettres sont aujourd’hui valorisées par les employeurs allemands[iv].


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