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Il n’a que ça dans la vie.

• Dimanche 27/01/2008 • Version imprimable

Il y a quelques jours, on me racontait cette histoire. Un jeune homme, en stage dans une entreprise, s’est acheté une belle berline. Son futur beau-père s’étonne de la dépense et s’en ouvre à la mère du garçon. Mais celle-ci ne partage pas l’indignation : « Que voulez-vous, dit-elle, il n’a que ça dans la vie».

Le « N’a que ça dans la vie » est déjà fort peu élogieux pour la jeune fille qui compte partager sa vie. Et si j’osais une comparaison machiste, aux pare-chocs féminins de sa future compagne, le gamin préfère les rondeurs artificielles d’une automobile. Et pourtant, le corps de la femme doit encore faire vendre, à voir le nombre d’hôtesses sur les stands du Salon de l’auto. On croyait révolus ces temps-là. Apparemment non. « Ma mission ici au Salon de l’auto ? Simplement faire acte de présence,…, distribuer des signatures et sourires aux gens. Je suis ici pour promouvoir la marque X » affirmait en 2007 la Miss Belgique de l’époque. Bimbos et Bumpers semblent encore avoir un avenir en commun.

Le « N’a que ça dans la vie » est aussi l’expression d’une certaine vacuité. Comme si une voiture pouvait être un but dans la vie, comme si elle pouvait remplir une existence. Comme tous ceux de ma génération, j’ai sans doute désiré au même âge un moyen de locomotion pour m’affranchir des autres et des contraintes des transports en commun. Certes, je rêvais de jolies Anglaises, je l’avoue, mais c’étaient des jeunes filles au pair. Et j’ai fait plus de retours à pied, la nuit que dans un bolide fendant l’air. Je voyais la voiture plus comme un moyen que comme un but, malgré les quelques excès commis. Pour d’autres, elle était réellement une obsession.

On pouvait croire qu’avec le temps et l’urgence climatique, ce goût pour les chromes et la vitesse se serait calmé. Il n’en est rien et le récent Salon de l’auto l’a montré. Une ruée des acheteurs (même si l’on parle d’une baisse de 10% de la fréquentation) sur le salon du vent. Parce qu’une voiture, c’est avant tout beaucoup de vent. Avant d’être un moyen de transport, c’est un moyen d’être. Si la plupart n’en sont pas aux « N’a que ça dans la vie », l’image reste un élément important pour déterminer le véhicule que l’on va acheter. D’autres éléments aussi sont controversables : le confort, l’espace, la sécurité… Les achats se font sur des bases que l’on croit raisonnables. Un véhicule spacieux pour transporter la famille, mais qui n’est utilisé réellement dans ce but que quelques jours par an, un véhicule imposant parce qu’il semble plus sûr (pour son conducteur), alors que les données objectives des « crashs tests » démontrent que ce n’est pas toujours le cas, sont des exemples courants. Par contre, l’efficacité énergétique ne semble pas être le premier critère de choix. Si la consommation est effectivement un argument pour choisir un véhicule, il est tempéré en Belgique par le nombre de véhicules de société, accompagnés d’une carte « essence ». Il existe pourtant sur le marché des véhicules moins polluants (la voiture propre n’existe pas), mais rien ne les impose réellement.

Surtout, la voiture conserve ses ardents défenseurs. Dans un article du journal de Touring, je lisais récemment ceci « Ainsi, je sens poindre derrière les revendications des écologistes les plus radicaux une forme de dictature du « bien pensant » qui m’exaspère au plus haut point. Pour eux, « l’auto, ma liberté » est un slogan dépassé, une sorte d’horreur post-moderne. Pour ma part, dans le respect et la conscience de ce monde, 2008 pourrait être l’année de la reconquête de cette liberté, de nos jours si durement attaquée ». Le chroniqueur avance quantité de « sophismes » pour étayer son propos. Dire qu’une Porsche qui ne fait que 5.000 kilomètres par an pollue moins qu’une Golf de base qui en fait 20.000 est-il est un argument valide pour en justifier l’achat ? Dire qu’un 4x4 actuel est moins polluant qu’un tacot des années 80 justifie-t-il le fait que ces gros engins inondent et encombrent les rues de nos villes ? Ce dont ce bon chroniqueur oublie de parler est toute l’énergie grise nécessaire à la fabrication et qu’il a été démontré que dans de nombreux cas, conserver son véhicule plus ancien offrait un bilan écologique positif. Ce dont ce bon chroniqueur oublie de parler est que le prix de sa liberté est lourd, ne serait-ce qu’en terme d’infrastructures routières nouvelles que l’on cherche à nous imposer.

Il y a donc encore beaucoup à faire pour que l’on ne dise plus d’un jeune homme d’une vingtaine d’années, que sa voiture est la seule chose qu’il a dans sa vie.

Denis MARION.

Sur la base des chiffres officiels du Ministère de l’Equipement, il est possible de montrer qu’à 50 km/h de moyenne au compteur, la vitesse réelle d’une automobile est en fait identique à la vitesse instantanée d’un vélo (environ 16 km/h). Plus étonnant, même en roulant à une vitesse infinie, un automobiliste ne se déplacerait réellement jamais à plus de 25 km/h de vitesse réelle (incorporant l’ensemble du temps nécessaire à l’acquisition et l’entretien de l’automobile).
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