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Chroniques d’été : la facture.

• Mercredi 29/06/2011 • Version imprimable

En faut-il de l’énergie pour tenir une conversation par trente degrés à l’ombre (…) .  Il n’y a même pas la musique d’une fontaine pour rafraîchir l’atmosphère.  Seuls quelques bruissements troublent le silence. Allongés sous un arbre,  deux hommes et trois femmes …

 

Le plus âgé, pas trop perturbé par la chaleur :

-          Ainsi, on échange un ingénieur contre un financier.

-          Avec quoi viens-tu ?, l’interroge la plus jeune.

-          Ben oui, Areva… Ils débarquent Lauvergeon[1], une ingénieure des mines !

-          Mais son remplaçant est aussi un ingénieur, si j’ai bien lu.

-          Peut-être, mais c’est la victoire de Proglio[2], président d’EDF, un financier à tous crins. Ne s’est-il pas accroché à Lauvergeon, parce que « ses centrales » trop sûres se vendaient trop chers. Il fallait des centrales au rabais.

Une brunette à bouclette s’étonne alors, 

-          Pourquoi se préoccuper d’une affaire franco-française ? Cela ne nous concerne pas.

-          Ne serait-ce que parce que nous avons une ch… de centrales qui se trouvent à nos frontières, parce que les vents dominants viennent de l’ouest, parce que ce ne sont pas quelques centaines de kilomètres qui nous protégeront.

-          Il ne faut quand même pas paniquer, ricane le blondinet. De toute façon, le risque Zéro n’existe pas.

-          Expression à la con, un truisme trop souvent utilisé pour justifier n’importe quoi, s’énerve une rondelette sympathique à tâches de rousseur et visiblement excédée.  Quand tu apprends à rouler à vélo, il est toujours possible que tu chutes, mais les conséquences pour l’humanité seront limitées. Ce n’est pas le cas avec une usine chimique ou une centrale nucléaire.

-          Tout juste, reprend le plus vieux. Mais j’insiste,  cette affaire franco-française nous concerne. Ce sont quand même les Français, avec les Britanniques, qui ont refusé que dans les « stress tests », il soit tenu compte des chutes d’avions, accidentelles ou attentatoires. Selon certaines sources, aucune centrale européenne n’y résisterait. Ce sont eux qui construisent des EPR, plus sûrs que tout, mais dont les travaux de génie civil mériteraient déjà notre attention[3]. Ce sont eux qui veulent investir une masse de pognon dans une filière obsolète[4].

La plus jeune rejoint le plus âgé, dans son raisonnement,

-          Si je te suis bien, et je suis assez d’accord, il nous faut nous interroger sur tout, chez nous, mais ailleurs aussi. Et pas seulement sur le nucléaire.

-          Mais nous passerions notre vie à cela, s’inquiète la brunette, déjà lasse de ses trois mots.

-          Et puis, poursuit le blondinet, réfractaire, que pouvons-nous y faire ?

-          Tout, assène la rondelette, tout, tout. La marche du monde n’est pas et ne doit pas être uniquement entre les mains du Groupe Bilderberg[5], des agences de notation ou des transnationales.  Reste assis sur ton steak et tes enfants te remercieront pour ce que tu as laissé faire.

-          Mais j’ai élu des gens pour me représenter, s’offusque la brunette. Ils sont payés pour cela. Je ne vais pas faire le boulot à leur place.

-          Quand tu reçois une facture, reprend la rondelette, tu la vérifies avant de la payer. Mieux, quand tu demandes un devis, tu l’étudies pour savoir s’il correspond à ce que tu désires. Fais la même chose, sachant que ce sont tes héritiers qui paieront la note.

Propos recueillis à droite et à gauche par Denis Marion, entrepreneur sans but lucratif.


 


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