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Chronique de campagne : Ami, où as-tu mis ton tamis ?

• Samedi 01/09/2018 • Version imprimable

Sommes-nous à ce point sûr de notre bon droit ? Sommes-nous à ce point convaincus de notre probité ?
Que ne lit-on pas sur les réseaux sociaux à propos de la politique et de ceux qui la font. Les élections communales approchent et certains lâchent les vannes sans retenue…

 « Politicards », « véreux », « profiteurs », j’en passe et des meilleurs. Vous pouvez être épinglé pour vos orientations sexuelles. Vous faites partie d’une soi-disant minorité visible ? Vous en prendrez pour votre grade, même si vous habitez le village depuis cinq générations. Femme engagée en politique ? . On dira de vous « la Machin » ou pire « la mère Machin » quand on ne parlera pas de vos « r….. ».

Croyons-nous sincèrement que ces gens qui se présentent sur une liste, ces candidats qui veulent représenter leur village soient des êtres abjects, odieusement pervers, superbement intéressés par l’argent et le pouvoir. Peut-être vrai pour certains. Il y a certainement l’un ou l’autre qui se présente pour des motifs aussi privés que dissimulés : le pouvoir en place ne lui a pas octroyé la faveur qu’il sollicitait ou lui a imposé une limite perçue comme insupportable, quand bien même le bien commun en sortirait grandi.

Mais n’avons-nous pas aussi dans notre cercle de connaissances des gens particulièrement revanchards, prêts à tout pour assouvir leur vengeance, des collègues avides de pouvoir, des voisins abjects ? Pourtant, la majorité des personnes que nous rencontrons, à moins de manquer cruellement de chance (et là, nous devrions nous poser des questions sur nous-mêmes), ont envie de vivre honnêtement, en paix. Ce n’est pas différent en politique. La généralisation tue.

Ces gens que certains ne se privent pas  d’ injurier quotidiennement et copieusement, sont, et particulièrement pour les élections locales, nos voisins. Ils habitent notre rue ou notre quartier. Nous leur disons bonjour, nous les saluons dans la rue et peut-être taillons-nous une bavette avec eux. Mais pas sur les réseaux sociaux. Là, devant la nébuleuse de l’écran, les distances se floutent et on se lâche un peu lâchement sans conscience de notre nuisance.

Antidote du collectif  :  pas trop de moralisation mais une bonne pincée de Socrate qui garde tout son sel à l’ère du numérique .

Un jour, quelqu'un vint voir Socrate et lui dit :

- Ecoute Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s'est conduit.

- Arrête ! Interrompit l'homme sage. As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois tamis ?

- Trois tamis ? dit l'autre, empli d'étonnement.

- Oui, mon bon ami : trois tamis. Examinons si ce que tu as à me dire peut passer par les trois tamis. Le premier est de celui de la Vérité. As-tu contrôlé si ce que tu as à me dire est vrai ?

- Non ; je l'ai entendu raconter, et ...

- Bien, bien. Mais assurément, tu l'as fait passer à travers le deuxième tamis. C'est celui de la Bonté. Ce que tu veux me dire, si ce n'est pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ?

Hésitant, l'autre répondit : non, ce n'est pas quelque chose de bon, au contraire ...

- Hum, dit le Sage, essayons de nous servir du troisième tamis, et voyons s'il est utile de me raconter ce que tu as à me dire ...

- Utile ? Pas précisément.

- Eh bien, dit Socrate en souriant, si ce que tu as à me dire n'est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère ne pas le savoir, et quant à toi, je te conseille de l'oublier ...

Peut-être que sur les réseaux sociaux, pour faire écran, il faudrait toujours un petit tamis à côté de soi.

Le collectif



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